Kidult : No Gallery, No Master - le dernier projet du Parisien

Après une bande-annonce divulguée au cours de la semaine qui vient de s'écouler, le graffeur parisien Kidult a dévoilé son dernier court métrage No Gallery, No Master

Kidult

Crédit Image Ian Cox (2012)

Tout comme le graffiti, mon travail est public, non privé. No Gallery No Master a été crée pour faire en sorte de pouvoir choisir comment mon travail est vendu et distribué. Le tout selon des critères spécifiques.

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Cette phrase mise en exergue sur le site uniquement dédié à cette nouvelle phase créative de l'artiste parisien Kidult illustre plusieurs évolutions contemporaines de ce qu'on appelle le graffiti. À nous de décortiquer ce qu'il y a derrière les éléments de langage.

No Gallery No Master : Kidult et l'utilisation du brulot

Mais avant la critique, un rappel des faits. Kidult, graffeur de la scène parisienne, pourfendeur auto-proclamé du capitalisme galopant, a fait depuis quelques années du graffiti un instrument de contestation. S'évertuant à vandaliser les façades des enseignes faisant une utilisation mercantile de l'expression artistique, le créateur semble représenter une ligne dure du mouvement : celle du "tout-vandal", du refus de compromission avec les galeries et le monde de l'art, de la volonté d'inscrire encore et toujours son activité dans la rue, terreau du graffiti, gage d'honnêteté créative.

Enfin c'est ce qu'il dit.

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Kidult s'est attaqué au magasin Maison Martin Margiela de Bruxelles

Sauf qu'un malaise pointe le bout de son nez quand on regarde de plus près les créations de l'artiste parisien. D'abord, si Kidult est un artiste critique (il est difficile de contester la chose), force est de constater que celui-ci s'arme des mêmes techniques que le phénomène publicitaire qu'il dénonce à grand renfort de phrases pompeuses, passé maître dans l'art du marketing viral.

C'est probablement un mal nécessaire pour médiatiser ces créations et ainsi faire passer son message. Cela méritait tout de même d'être rappelé.

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Et si la vidéo No Gallery, No Master publiée il y a quelques jours de cela sur son compte Vimeo est assez dans le goût de ce qu'il a toujours fait (montage agressif alternant vidéos "d'actu" et séquences d'actions, voix off rocailleuse), le prolongement de la réalisation sur le net est assez troublant. Comme une façon d'avoir un pied dehors, un pied dedans. Du bricolage quoi.

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KIDULT "NO GALLERY, NO MASTER" from LIFE on Vimeo.

Kidult : maître du bricolage et du storytelling

Car la nouveauté avec ce projet No Gallery NoMaster est que le graffeur s'apprête à vendre son art (des extincteurs - et Kidult oblige les acheteurs seront sélectionnés avec soin - histoire que la précieuse oeuvre ne tombe pas entre des mains ne sachant pas l'apprécier).

Capture d'écran de la vidéo

Alors, ouais, selon lui c'est un système en vase clos puisque tout ce qu'il gagne il le réinvestit dans son art et dans des actions de grande ampleur. Et puis ok, il le vend en direct sans passer par l'intermédiaire des galeries et du marché de l'art. On peut saluer l'essai mais le symbole est bien là.

Même inscrit dans une démarche contestataire, Kidult va vendre. Un des plus bruyants contestataires dans le monde du graffiti (on ne dit pas que c'est le seul, juste qu'on l'entend beaucoup) : voici le Parisien se ranger du côté du marché. Même s'il a probablement ses raisons.

Dans une succincte vidéo, Kidult explique la raison de son entrée "en catimini" sur le marché et la manière dont il va procéder

Deux remarques conclusives : de nos jours, le graffiti change à toute vitesse et il faut être sacrément myope pour ne pas le remarquer. Et dans ce contexte trouble, tout le monde essaie de concilier la nécessaire revendication de l'underground et l'appât (compréhensible) du gain. Levi Strauss appelait ça du "bricolage". Nous juste l'esprit du temps.

Par Tomas Statius, publié le 18/12/2013

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