Kid Wise annonce sa rentrée avec une reprise de Bon Iver

La rentrée des Kid Wise s'annonce chargée. Si le groupe indie pop toulousain a décidé de reprendre "Heavenly Father" de Bon Iver, c'est pour mieux faire patienter ses fans avant la sortie d'un nouveau clip et surtout d'un nouvel album. Nous les avions rencontrés avant leur concert aux Vieilles Charrues. 

"Heavenly Father", c'était l'occasion pour nous de rendre hommage à Justin Vernon, un artiste fétiche du groupe, et d'apporter notre touche à l'harmonie minimaliste de ce très beau nouveau morceau.

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Quelques heures avant leur concert aux Vieilles Charrues, ce sont des Kid Wise tout excités à l'idée de jouer au plus gros festival de musique en France, que nous avons rencontrés. Un événement d'autant plus important qu'il s'agit de leur plus grande scène depuis leur formation en 2012, et qu'à l'autre bout du site de Carhaix le maestro Stromae s'apprête à enjouer les foules. "Ça fait un peu peur mais c'est un énorme honneur que d'être ici", nous confie Augustin Charnet, meneur du groupe au chant et au clavier.

Depuis l'émulation autour de leur deuxième EP, Renaissance, sorti en septembre dernier et surtout de leur clip, Hope, les Kid Wise ont bien grandi et beaucoup de choses ont changé dans leurs vies respectives. "Avant on était juste un groupe entre copains, mais c'est devenu une priorité dans nos vies. Depuis décembre, on a consacré tout le temps qu'on pouvait à notre premier album", raconte Clément Libes, violoniste du groupe. "C'est un projet d'avenir maintenant dans le sens où on peut peut-être essayer d'en vivre et qu'on met toute notre énergie dedans", renchérit Augustin.

Kid Wise. De gauche à droite : Leo Faubert (batterie, choeurs), Théophile Antolinos (guitare), Augustin Charnet (chant, claviers), Vincent Dinis (guitare) et Clément Libes (violon, choeurs, arrangements). Crédit Image : Claire Dorn.

Kid Wise. De gauche à droite : Leo Faubert (batterie, choeurs), Théophile Antolinos (guitare), Augustin Charnet (chant, claviers), Vincent Dinis (guitare) et Clément Libes (violon, choeurs, arrangements). Crédit Image : Claire Dorn.

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Et pour cela, toute la troupe a dû composer en fonction des obligations de chacun. Si Clément a quitté le conservatoire de Bruxelles pour revenir quelques mois à Toulouse, que Nathan Davrinche-Hamet à la basse a également arrêté ses études, tous les membres du groupe ont dû trouver un équilibre entre cette envie de créer et leurs cours.

"J'étais à la fac de lettres, je m'ennuyais et quand je savais qu'ils étaient en studio et que moi j'étais en cours, je me disais, je vais m'en aller, je veux être avec eux. J'ai quand même réussi à avoir mon année mais c'était horrible !", nous confie un des deux guitaristes, Vincent Dinis.

Pour Léo Faubert, batteur et benjamin de la bande, l'enjeu était de taille : il fallait au moins décrocher le bac ! "Ça a été super compliqué, mais passé cette étape je peux désormais me concentrer définitivement sur Kid Wise". Une fin d'année scolaire donc bien chargée pour le sextet dont le point culminant a été la finalisation de leur premier album, L'innocence, courant juillet et qui devrait sortir en janvier prochain.

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"L'innocence, un miroir sur nous-mêmes"

"On ne s'est pas fixé de limites de format, c'est un album de 10 titres qui dure 1h15", introduit le chanteur au sujet de leur nouvel opus. "Notre moyenne sur l'album c'est six minutes par chanson, on ne respecte pas trop les normes habituelles", complète Vincent. Un album "très pluriel" expliquent-ils, où les morceaux ne se ressemblent pas mais sont liés par une ligne directrice :  l'innocence, nom donné à l'album.

Les membres racontent alors comment l'attente de leurs fans, des médias et des labels est devenue une sorte de pression au point où ils n'arrivaient plus à composer de musique qui leur plaisait. C'est donc avec cette volonté de retrouver l'ingénuité de leurs premiers morceaux qu'ils ont créé l'album, comme l'explique Clément :

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Après Hope, on a perdu une certaine innocence. Avant, quand on faisait de la musique c'était plus une blague, un délire entre potes et puis on a fait ce clip et il y a eu des répercussions, on a dû prendre de la maturité.

Dans l'album, on recherche l'innocence par les textes, par des chemins harmoniques qui sont pareils sur certaines chansons, par des thèmes mélodiques, des textures, avec un point culminant et un épilogue, il y a donc un parcours dans tout l'album avec différents tableaux, qui sont des mises en abyme parfois. L'innocence c'est donc un miroir sur nous-mêmes.

Augustin Charnet (chant, claviers) lors du concert de Kid Wise aux Vieilles Charrues. (Crédit Image : Anaïs Chatellier)

Augustin Charnet (chant, claviers) lors du concert de Kid Wise aux Vieilles Charrues. (Crédit Image : Anaïs Chatellier)

"Cet album est fait d'instantanés de vie"

L'univers des Kid Wise reste ainsi fondamentalement le même et se nourrit toujours des contrastes et des questionnements de l'adolescence. Plus matures et peut être moins naïfs que pendant leurs débuts, les membres de Kid Wise expliquent comment "cet album est fait d'instantanés de vie".

"On n'arrivait pas à composer quand on voulait composer mais on y arrivait quand on faisait complètement autre chose", explique Clément. Ils racontent alors tour à tour plusieurs anecdotes dont certaines ne sont pas très "décentes", se coupant les uns les autres, pour mieux se charrier ou se remémorer ces bons moments.

S'ils ne veulent pas tout avouer, ils lâchent quand même quelques anecdotes. "Au jour de l'an, vers 5h du matin" commence Clément. "Après que t'as cassé ma baie vitrée", précise Augustin, "j'étais dégouté parce que ma mère rentrait le lendemain, mais on a quand même fait le refrain d'un des morceaux, donc ça allait mieux". Clément poursuit : "Tous ensemble on chantait Alone with the dark puis Morning in the dark, ce moment-là où tu ne sais plus si c'est le jour ou la nuit, t'es juste perdu dans une...". "Enfin t'es bourré quoi", résume Vincent.

Clément Libes (violon, choeurs, arrangements) un concert des Vieilles Charrues. (Crédit Image : Anaïs Chatellier)

Clément Libes (violon, choeurs, arrangements), lors du concert aux Vieilles Charrues. (Crédit Image : Anaïs Chatellier)

Clément raconte aussi ce moment où, alors qu'il s'ennuyait dans sa petite chambre étudiante à Bruxelles et qu'il devait bosser Paganini, il s'est mis à écouter Steve Reich. "Je me suis dit que j'allais faire un exercice de style en faisant comme du Steve Reich mais avec de la musique électronique. Pour déconner, j'ai envoyé ça à Augustin et il m'a dit, je garde ça pour Kid Wise, ça a fait la base d'un autre morceau".

Mais l'instantané de vie qui, pour eux, a le plus de sens est celui de Mohammad Mousavi, un artiste iranien qu'Augustin a découvert un peu par hasard grâce à Nils Frahm, pianiste allemand, qui avait posté une vidéo de lui sur Internet. Admiratif de son talent, le groupe a ainsi décidé de lui laisser carte blanche pendant cinq minutes au milieu d'une de leurs compos.

Mohammad fait des morceaux incroyables qui cartonneraient ici. Mais il habite en Iran où tu n'as pas le droit de faire de la musique qui n'est pas traditionnelle ou religieuse. Donc là-bas tu as des sortes de "merdes" sponsorisées par l'État et si tu fais un concert de rock tu peux aller en prison.

Il est passionné de musique mais il vit dans un régime où tu n'as pas même le droit de tenir la main de ta copine en public. Il pète un câble car il aimerait juste faire de la musique, il n'a même pas de guitare, il doit s'en faire prêter une pour jouer parce qu'il a pas assez d'argent. C'est cet instantané de vie qu'on a voulu raconter.

Silhouette de Théophile (guitare), Nathan (basse) et Léo (batterie). (Crédit Image : Anaïs Chatellier)

Silhouette de Théophile Antolinos (guitare), Nathan Davrinche (basse) et Léo Faubert (batterie). (Crédit Image : Anaïs Chatellier)

Pour Clément, ce morceau est ainsi "une fenêtre vers un mode de vie différent, avec des problématiques complètement autres, une sorte de frisson". C'est d'ailleurs ce genre de musiciens que le groupe aimerait produire avec son propre label, Maximalist Records, créé il y a peu de temps. "Ce serait le rêve !" s'exclame Léo. "Ce n'est pas le but tout de suite, mais si un jour on a la possibilité financière et les moyens humains, on aimerait produire un tas de groupes !" s'empresse d'ajouter Augustin.

"On veut faire aussi bien que Hope, voire même plus"

Pour l'instant, s'ils sont les seuls artistes de leur label, cela leur a permis d'être totalement libres quant à la direction artistique qu'ils voulaient adopter pour leur premier album.

On ne voulait pas être des employés d'une boîte avec un patron et c'est le cas quand tu signes dans un label.

Alors en attendant la sortie de l'album Innocence, Kid Wise devrait dévoiler un nouveau clip en octobre prochain, le premier depuis le succès de Hope. "Le script est très beau, ça va le faire", se rassure Augustin avant d'ajouter : "On a quand même un peu peur, on veut faire aussi bien que Hope, voire même plus. En tout cas, on va essayer d'adopter le même processus et d'être super détendus sur le tournage".

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Vincent Dinis (Crédit Image : Anaïs Chatellier)

Kid Wise sera en concert le 20 septembre au Metronum de Toulouse, le 14 octobre au Point FMR à Paris mais aussi à Rodez, Amiens, Dunkerque, Roubaix et Villefranche-sur-Saône. Pour plus de détails, rendez-vous sur leur site Internet.

Par Anaïs Chatellier, publié le 02/09/2014