Julien Chièze vs Julien Tellouck : chronique d’une guéguerre du jeu vidéo (2/3)

Ils ont le même prénom, et malgré ce qu’ils en disent, beaucoup en commun. Mais se détestent. Alors que l’industrie du jeu vidéo garde son titre de première industrie culturelle au monde, les journalistes qui la commentent, la scrutent, eux, n’hésitent pas à se tirer dans les pattes. Quelques gamineries, pas mal d’hypocrisie. Et sur tous les fronts, deux Julien sur un ring pixelisé. Une enquête en trois parties par Nico Prat, dont la première est consultable ici.

Encore une fois : un journaliste peut-il décemment être payé par l’éditeur d’un jeu pour en faire la présentation ? Réponse évidente : non. Il n’en a pas le droit, et sa parole, sa réputation (et le portefeuille de son public) sont en jeu. Dans les faits, la question pose problème, d’abord parce que la frontière est floue. Et ne concerne pas uniquement le patron de Gameblog.

Jean Zeid : "Qui est journaliste ? Il faudrait le savoir. Je ne demande pas à avoir les noms, mais là, il y a la question du milieu qui se paupérise. La plupart des sites sont dans la panade. Du coup, les joueurs doutent, et s’interrogent".

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Chièze confirme:

Le jeu vidéo se porte bien, mais ses relais, non. Avant, Playstation Magazine était vendu à près de 60 000 exemplaires par mois. Aujourd’hui, ces chiffres font rêver tout le monde. La presse peut bien se porter, mais un seul mauvais numéro va mettre tout le magazine en péril. Depuis au moins deux ans, les revenus publicitaires baissent. C’est compliqué, donc ça crée une radicalisation. Et des tensions.

Tellouck, l’autre Julien, es-tu journaliste ?

À quelques pas des locaux de Game One, à Neuilly, on se pose dans un café avec Julien Tellouck.

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Le mec, lui aussi, souriant, nous dit que la chaîne vit de belles heures (ce qu’infirme Médiamétrie, qui pour la période allant de septembre 2014 à février 2015, montre que la chaîne a perdu 17% de ses téléspectateurs, peinant à convaincre avec sa nouvelle grille), a adoré The Order mais comprend totalement la polémique sur la durée du jeu. Quelques heures à peine, ce qui, quand tu as déboursé plus de 50€, est une excellente raison de faire la gueule.

The Order, c’est d’ailleurs l’un des grands débats récents ayant agité la presse vidéoludique. Les gamers voient immédiatement en ceux qui ont aimé des gens "achetés".

(Crédit Image : Julien Tellouck)

Julien Tellouck (Crédit Image : Julien Tellouck via Wikimedia)

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Mais le café refroidit. Venons-en aux questions qui nous trottent dans la tête : Tellouck, l’autre Julien, est-il journaliste ?

Je suis un animateur qui fait un travail journalistique. Je dois divertir les gens, c’est ça mon métier. Pour moi, le plus important, c’est le bénéfice téléspectateur : qu’il apprenne quelque chose et soit content. On livre des infos, on vérifie à chaque fois auprès de trois sources.

On fait donc un travail journalistique, ce n’est pas le bal des rumeurs. Certains le font, mais je ne vais citer personne. J’ai quand même vu des news sur la PS Vita qui annonçaient "une heure treize de batterie", alors que c’était l’heure. Nous on ne fera jamais ça.

L’équipe de Gameblog appréciera. Animateur effectuant un travail journalistique donc. Joe Hume s’en amuse : "Si Pascale Clarke n’a pas sa carte de presse, ça me ferait chier que Tellouck en ait une". Ok, mais encore une fois, où se situe la limite ?

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En matière de déontologie, Tellouck insiste :

Nous on est une chaîne de télé avec une régie pub, on ne nous achète pas de temps d’antenne, ni de note. Ils peuvent acheter des pubs, mais c’est le quotidien d’une chaîne de télé.

Sauf que la limite, encore une fois, difficile de la placer précisémment. Surtout quand on tombe sur Internet sur une pub virale pour le Sony Mobile Xperia, vraie publicité en forme de sketch, intitulée "Agression de Julien Tellouck sur le plateau de Game One", tournée avec ce dernier, sur le plateau de Game One, avec le logo de Game One.

"Il a un poste pour lequel il n'est pas fait : réd' chef"

Au début simple animateur, lecteur à l’antenne des textes écrits, préparés et corrigés par ses équipes, il aurait pris, selon plusieurs collaborateurs, davantage de place et d’importance au fil des années, entretenant ainsi la confusion des genres.

Il devait porter à l’antenne un contenu, rien de plus, déclare un ancien collègue. Nikos, il fait pareil. Il est animateur. Mais il a pris de plus en plus de pouvoir, et du coup, il a un poste pour lequel il n’est pas fait : celui de réd’ chef. Et puis franchement, c’est plus cool de dire qu’on est journaliste et réd’ chef plutôt qu’animateur. Donc forcément, quand il fait des ménages, ça pose souci.

Quand tu décides de faire ça, si tu es animateur, c’est ton métier. Quand tu es journaliste de jeu vidéo, c’est un problème. Des journalistes politiques qui animent le meeting d’un parti en particulier, je n’ai pas l’impression que ce soit la norme.

Quand on pose la question des ménages à Tellouck, il nous répond, les yeux dans les yeux, "jamais". Ce qui amuse énormément Julien Chièze, mais beaucoup moins un éditeur contacté, qui, en off, nous confirme avoir travaillé avec l’animateur (le journaliste ?).

Toujours le micro éteint, un ancien collaborateur de Game One nuance :

Il a des accointances avec des éditeurs. En gros, c’est clair : quand ta page Facebook te rapporte plus d’argent que ton talent, tu as passé la ligne. Et il me l’a dit clairement : "Si demain parler de cuisine me rapporte plus que parler jeu vidéo, je le fais, aucun souci" [il le fera d’ailleurs en animant des émissions pour Darty, dont une seule est encore visible sur la toile, consacrée à la chaîne du froid, ndlr].

Chez Game One, cela pose des problèmes, mais "il a une telle notoriété apparente, que personne ne dit rien. C’est le souci des chaînes du câble : il leur faut une tête d’affiche qui donne envie de venir voir ce qu’il se passe".

Les ménages, les potentielles liaisons dangereuses ? Personne ne l’embête avec ça, pas un internaute pour gueuler, ou si peu, car, selon cette même personne, "Game One est une chaîne de télé, il y a donc un contrôle. Avant, il y avait un forum Game One, mais c’est fini. Sur le web, la merde passe sans problème. Gameblog, dans le nom, il y a un concept communautaire. Sur Game One, il ne peut rien arriver". La chaîne thématisée doit faire face à une rude concurrence (les blogs, les sites, les YouTubeurs). Dès lors, l’exposition est bénéfique. Un visage est une marque, une marque doit se vendre. Au risque de froisser ?

Soirée de lancement pour le jeu Call of Duty. Un gros évènement, au Palais de Chaillot à Paris, avec vue sur la Tour Eiffel. Julien Tellouck devait déclarer haut et fort que Call Of Duty était meilleur que Battlefield 3, qui sortait en même temps. Sauf que la rédaction de Game One était loin de valider ce point de vue. "Mais bon, je suis Tellouck je dis ce que je veux et tant pis pour les gens qui bossent avec moi".

Ailleurs, on se souvient du moment où les choses, au sein de l’équipe, ont changé. L'ancien collaborateur se souvient : "Tellouck a vraiment basculé le jour où Facebook a lancé ses pages fans. Il a créé la sienne. Le jour où il a compris ce que cela lui apportait en visibilité et en égo, il a craqué. Tu sais, on n’a pas de mesure d’audience, ou si peu. Il se rattache à ça. Il a son audience en direct".

Enfin, un ancien stagiaire maison en rigole encore au téléphone :

Tellouck passe plus de temps à gérer sa page Facebook qu’à bosser. Je l’ai déjà vu pourrir un mec sur Twitter pendant une journée, et hurler qu’on lui a piraté son compte à la fin de la journée. C’est un truc de gosse. Et c’était déjà Chièze. Je pense qu’ils se détestent parce que c’est les deux mêmes. Ils sont trop proches pour s’aimer, clairement.

Ambiance.

La même chose pour moins cher

Julien Tellouck, comme Julien Chièze, a ses détracteurs. Un moindre mal qui va, tout naturellement, avec une certaine exposition. On ne peut pas plaire à tout le monde, c’est aussi simple que cela. Pourtant, également interrogés à ce propos, Bertrand Amar et Jean Zeid, officiant respectivement sur NRJ et France Info (deux radios aux audiences conséquentes) n’apparaissent nulle part dans la liste des personnalités à abattre.

Joe Hume (qui, pour être totalement transparent, voit ses chroniques Ouï FM hébergées chez Gameblog), analyse les choses très simplement :

Amar et Zeid sont très intelligents. Ils savent se placer au-dessus de la mêlée, prendre du recul. On ne peut rien leur reprocher. Je pense que ce sont des mecs qui ont senti le vent tourner, cette radicalisation. Ils ont plus de recul et ont su se placer en temps que sages.

Le terme "radicalisation" revient régulièrement. Le milieu du jeu vidéo est en pleine mutation. Première industrie culturelle, brassant des milliards (2,7 milliards d'euros en 2014 en France), elle voit pourtant une à une ses publications fermer, ses développeurs mettre la clé sous la porte, et les quelques uns encore debout, se battre pour quelques pièces.

Bruno Pennes est le fondateur et rédacteur en chef de JV Le Mag. Il confirme, c’est le bordel :

Aujourd’hui, l’argent est ailleurs : sur les mobiles et dans les pubs télé, comme celle de Clash Of Clans. Tu as déjà lu un truc sur ce jeu dans un magazine ? Non. Quelques gros éditeurs mettent encore des pubs dans la presse, et presque jamais sur le web, puisque 50% des gens ont Adblock, qui permet de ne pas afficher les publicités. L’argent qui reste, ils le mettent donc dans le marketing, par exemple pour les YouTubeurs. Une grosse partie de l’argent est dans très peu de mains.

La crise est là, et avec elle, son lot de tensions. Bertrand Amar confirme : "Les éditeurs deviennent eux-mêmes des médias : regarde le Nintendo Direct, ils s’adressent directement au consommateur. Du coup, tu vas moins chercher la news sur un site. Si tout le monde vivait confortablement, les gens se tireraient moins la bourre".

Il ne croit pas si bien dire. Dans ce contexte un brin chaotique, et même si tous nos interlocuteurs insistent pour ne pas faire de nos deux héros une généralité, les coups bas sont légion. Bertrand Amar écrit pour Télé 7 Jours depuis plusieurs années. Julien Tellouck souhaite en faire de même, et appelle donc la rédaction pour proposer ses services. Il affirme pouvoir faire aussi bien qu’Amar, mais pour moins cher.

Bertrand commente sereinement, et fait claquer sa plus belle langue de bois :

Les sales affaires des uns et des autres, je ne m’en occupe pas. Je suis dans l’industrie du jeu depuis deux décennies, et je pense qu’une réputation met des années à se construire et peut être détruite en un tweet.

Un tweet justement : quelques heures après la publication du post du rédacteur en chef de Gamekult attaquant Julien Chièze, Tellouck, encore lui, annonce fièrement à ses 100 000 abonnés que tout cela lui a donné envie de s’abonner à Gamekult, et ajoute une capture d’écran de la confirmation de l’inscription. Une claque en 140 caractères qui a depuis été supprimée.

Un journaliste de Game One se marre: "Chièze, c’est son propre boss. S’il veut poster un truc, personne ne lui dira non. Tellouck, la direction peut. Mais il est malin: “je vais m’abonner à Gamekult”, il dit du bien de Gamekult, mais aucun mal de Gameblog". Julien vs Julien, encore une fois.

D’ailleurs, Chièze ne manque pas d’anecdotes sur Tellouck :

J’étais avec Jean-Marc Dupire [ancien directeur des programmes de Game One, ndlr], en salle de maquillage, avant un débat. Tellouck est entré dans la salle, tremblant, hurlant qu’il allait détruire ma carrière. Jean-Marc a été obligé de le sortir de la salle, en le poussant. Il hurlait "DORITOS", comme un fou. Il m’attendait dans le couloir en hurlant "DORITOS DORITOS". La direction l’a obligé à présenter des excuses.

Une autre semaine, c’est Carole Quintaine, blogueuse, qui est invitée à participer à un débat auquel Tellouck ne doit même pas assister. Pourtant, il la fait déprogrammer. La demoiselle fut sa compagne, ainsi que celle de Chièze, une information que nous avons hésité à publier, et qui n’aurait aucune importance si cette histoire personnelle n’avait donné lieu à quelques attaques de Julien Tellouck sur Twitter, du genre "on essaye lamentablement de me clasher sur Twitter, j'ai vérifié sur Google images, c'est une ancienne actrice porno qui achète ses followers", un tweet daté du 19 février 2014.

"Le Morandini du jeu vidéo"

Petit à petit, on nous dresse le portrait d’un animateur tyrannique ayant pris les commandes sans que personne ne semble s’en rendre compte. Dans une maison ayant, en plus, connu son lot de chamboulements. Game One appartenaît à Canal + à la fin des années 90, et à Infogrames, éditeur devenu Atari par la suite.

Quand Messier a coupé les budgets, Canal s’en est débarrassé, et ne restait qu’Infogrames, ce qui posait pas mal de problèmes déontologiques. Beaucoup de journalistes sont partis ou ont été invités à le faire. Il fallait donc de nouveaux visages, et Tellouck est entré sur casting.

Un employé de la chaîne raconte :

S’il pense que qui que ce soit peut lui faire de l’ombre, il le saque autant que possible. Il y a eu des projets d’émissions à un moment. Game One Music HD [chaîne dont nous ignorions l’existence, ndlr], devait être dynamisé, et les dirigeants voulaient donc des programmes courts pour apporter du contenu.

Tellouck disait "j’ai pas le temps". Mais quand on a commencé à proposer des choses et à les développer, il est revenu à la charge. Tellouck voit qu’on avance sans lui, et au bout du quatrième pilote, pète un câble. Il propose une idée, intitulée Marcus vs Julien, encore son nom en avant, et grille tout le monde.

En interne, on nous dépeint une ambiance électrique. Un beau foutoir, pour dire ce qui est. "Tellouck est arrivé chez Game One en 2002 en CDI. Et des CDI, il n’y en a plus des masses à la rédaction. Tout le monde est intermittent là-bas. Et tu es rarement embauché sous l’intitulé de ton vrai métier. Pour ne pas payer a minima selon la convention collective, ils te considèrent comme assistant de production. Pour Tellouck, c’est normal, et si tu te plains, d’autres veulent ta place". Tout le monde confirme : quelque chose ne tourne pas rond.

Bizarrement, pourtant, l’opinion semble s’arrêter à Julien Chièze. Ce dernier a sa vision ("Personne ne tape sur Tellouck, mais la mode peut changer. En vrai, il n’intéresse pas les Gamers, c’est un passe-plat") mais n’en reste pas moins la cible de tous. Parfois à juste titre, certes.

Il y a d’abord le discours de Julien Chièze, très précis, très… télévision : "Creux, formaté, ajoute un gamer. Il parle comme un homme politique. Un membre de sa famille bossait d’ailleurs dans le cabinet de Morano. Tu n’es pas détesté parce que tu montres ta tête à la télé, tu es détesté parce que tu racontes des conneries sans nom".

"Internet a aujourd’hui une tendance à l’appauvrissement"

Il y a aussi le contenu même de Gameblog. Ce même joueur déplore :

Les contributeurs peuvent écrire ce qu’ils veulent sur Gameblog, résultat, des articles vraiment scandaleux font leur apparition, des trucs sur le sexisme, des articles plagiés, et ils se dédouanent en disant “ce n’est pas nous”. Pour lui, le site est un menu de restaurant : tu ne goûtes pas à tout, mais il y a de tout. Comme ça, il se défausse du contenu. En général, quand il fait un mea culpa, il signe "la rédaction".

Loin de nous l’idée de juger d’un contenu. Après tout, Gameblog aime faire des tops, et les lecteurs apprécient la lecture, de toute évidence, puisque le site marche.

Bruno Pennes, rédacteur en chef de JV, souligne une problématique mélangeant ligne éditoriale et argent :

Si NRJ12 est plus regardé que France 4, il y a une raison. La faute des journalistes ou des gens ? Je ne sais pas. Mais si tu mets les pieds là-dedans, tu n’en sors jamais. Si tu publies quinze Top 10 pour un article de fond, tu ne seras pas catalogué comme un site sérieux, et c’est normal. Prendre le pognon en te disant que tu t’en fous de tes lecteurs, disons que c’est un parti pris. Choquant. Peu noble. Mais c’est un parti pris.

Le patron du magazine va plus loin :

Il y a une vraie guerre d’opinion sur Internet. Les premiers liens sur Google sont les plus cliqués. Tu en viens à voir des tweets déplorables du genre "regardez le design de cette manette", et dans le tweet, l’image est floutée et t’oblige à cliquer sur le lien. Internet a aujourd’hui une tendance à l’appauvrissement. Je décris plein de médias, pas que Gameblog.

Gamekult essaye d’aller contre cette tendance, et c’est tout à leur honneur. Ils payent correctement, font de vrais contrats en plus. C’est une vraie exception et j’espère que ça durera. Tout ne me plaît pas, évidemment. Pour moi, Chièze et Tellouck sont des entreprises qui vendent leur image. Ils fédèrent une communauté.

Chièze, on avait fait un débat sur Metal Gear avec lui. On s’est écharpé, il m’énervait. Mais après l’émission, on a discuté. On n’a pas les mêmes personnes en face de nous quand les caméras tournent. J’avais discuté une autre fois avec lui, et je lui disais que faire une news sur la forme supposée du nouvel iPhone, ça n’intéressait pas les lecteurs. Il me disait que si, ils aimaient ça. Oui, mais les internautes aiment peut-être aussi la tartiflette, tu ne vas pas pour autant en parler sur ton site.

Et de conclure :

Il faut faire attention à ne pas dévier de sa ligne éditoriale juste pour faire du clic.

Si l’on peut s’énerver de ces vidéos dans lesquelles il "parle trois minutes d’un jeu puis 17 minutes de lui”, ou sa photo qui apparaît partout, tout le temps ("Je suis parti seul au Tokyo Game Show, alors qu’à la base on devait être deux. J’ai donc fait toutes les vidéos, et au bout d’un moment il y avait ma gueule partout sur le site. Même moi je trouvais ça too much"), on peut aussi s’interroger sur de plus grosses dérives. Comme par exemple Spootnix.

La suite : Julien Chièze vs Julien Tellouck : chronique d’une guéguerre du jeu vidéo (3/3)

Par Nico Prat, publié le 16/04/2015

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