Grâce à JR, un regard géant prend la mer sur un porte-conteneurs

Après avoir recouvert le dôme, la coupole et le sol du Panthéon de 4000 portraits d'anonymes, le photographe de rue français JR voit encore plus grand avec ce nouveau projet.

Samedi 5 juillet à l'aube, Le Havre voyait partir un de ses porte-conteneurs habillé de la plus grande oeuvre jamais réalisée par JR. 2 600 bandes, soit sept kilomètres de papier imprimés, sur près de 160 conteneurs, pour un collage photographique de 5 000 mètres carrés. Ce nouveau projet grandiose venait clôturer le premier festival Terre d'Eaux, dans l'estuaire de la Seine.

Et si l'oeuvre a vu le jour, c'est notamment grâce à une centaine de dockers, qui pendant une vingtaine de jours, sur leur temps libre, ont prêté main forte au street-artist. Pour un travail inédit entre artiste et dockers, comme l'explique JR à l'AFP :

Le port est un terrain de jeu incroyable. (...) C'est un labyrinthe géant dont eux seuls ont la clé, c'est un travail d'équipe total.

C'est ainsi que le regard imposant de cette femme s'est construit, avec un travail de numérotation minutieux pour que les conteneurs, tels des pixels, s'assemblent pour un voyage jusqu'à Tanger avant d'emprunter le Canal de Suez, traverser la mer de Chine puis arriver à destination, en Malaisie.

"Women are heroes"

Ce regard géant est celui d'Elizabeth Kamanga, une mère de famille kényane originaire de Kibera, le plus grand bidonville d'Afrique de l'Est, au sud de Nairobi.

Une oeuvre qui s'inscrit donc dans la lignée de "Women are heroes", puisque la photo a été prise lors de ce projet en 2009. En effet, pendant plusieurs années, le photographe français a recouvert les murs de favelas, de villages et autres bâtiments, transformant ainsi ces lieux souvent plus connus par les événements dramatiques qui s'y sont déroulés, en galerie d'art.

Ce long périple international avait alors un but bien précis : souligner la dignité des femmes. Un beau projet résumé à travers un reportage du même nom, présenté par la Semaine critique au Festival de Cannes en 2011 et qui reprend vie et mouvement avec cette nouvelle oeuvre éphémère.

Le lauréat du très convoité prix américain Ted Prize en 2011 résume ainsi son projet à l'AFP :

J'ai choisi cette histoire et ce regard car pour moi, ils symbolisaient un peu le combat de toutes les femmes que j'ai pu croiser dans le monde.

Par Anaïs Chatellier, publié le 07/07/2014