Vidéo : John Cale crée le premier orchestre composé de drones

En septembre dernier, le musicien John Cale a créé, en collaboration avec l'architecte Liam Young, le premier orchestre de drones. Un documentaire revient sur les coulisses de cette performance.

Un drone pendant le concert (Crédit image : The Creators Project)

Un drone pendant le concert (Crédit image : The Creators Project)

C'est au Barbican, à Londres, que l'événement "LOOP>>60Hz : Transmissions from The Drone Orchestra" a eu lieu les 12 et 13 septembre derniers. Créée à l'initiative de John Cale et Liam Young, cette performance met en scène le premier orchestre de drones jamais conçu auparavant.

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Pour John Cale, un drone est une "tapisserie maussade de sons impies, se glissant dans les oreilles de l'auditeur et – avec de la chance – les transportant à un endroit qu'ils n'ont plus envie de quitter", a-t-il confié au Barbican.

Intéressé par le travail de Liam Young, qui est à l'origine de l'expérience "Electronic Counter Measures", l'ex-Velvet Underground contacte l'architecte. Ensemble, ils imaginent comment enlever la dimension militaire des drones et leur donner une portée créative en les associant à de la musique.

Après deux années de recherches, les deux collaborateurs ont fini par trouver le lieu parfait grâce à l'équipe du Barbican qui a choisi de leur faire confiance, comme le raconte Young à The Creators Project :

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Il a fallu du temps pour trouver l'endroit idéal. [Les drones] tournent à des vitesses incroyables. Leurs hélices peuvent couper la tête de quelqu'un si on les laisse faire. Cela demandait quelqu'un avec une certaine vision et un certain courage pour nous laisser tenter l'expérience. Et c'est vraiment la première fois que ces engins ont volé au-dessus d'un public.

Des drones en costume

Les 15 drones utilisés ne sont pas seuls en scène. Ils accompagnent les musiciens et servent à transporter la voix de Cale dans différents endroits de la salle. De plus, ils ont été programmés pour effectuer des chorégraphies.

Ils sont même vêtus de costumes plutôt insolites : des plumages bleus, une tenue disco faite de 4000 faux ongles ou une autre composée de 500 bijoux pour téléphone portable. Un documentaire de "The Creators Project" revient sur les coulisses de cette performance :

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Le but était de rendre les drones autonomes. Mais le système automatisé a cessé de fonctionner. Une équipe de pilotes a dû prendre le relais. Nita Scott, manager de Cale, a conçu les directions de vol, les entrées et les sorties. La productrice Keri Elmsly s'est installée dans la fosse pour coordonner les mouvements des engins.

Le problème des batteries se posait également. Avec le poids supporté par les drones, elles se déchargeaient en dix minutes. Des techniciens ont donc été chargés de les faire tenir pendant les 80 minutes du concert. Selon Young, "il y a une impressionnante infrastructure dans les coulisses. On ne voit que les drones dans les airs mais ce n'est qu'une partie d'un très large système technologique."

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Il s'agit de donner une personnalité et une spécificité à ces objets. Pour John Cale, "si vous avez un drone, c'est un mystère, si vous en avez deux, c'est une histoire d'amour et s'il y en a plus c'est une bataille familiale". Le musicien, qui a abordé différents styles musicaux dans sa carrière, n'en est pas à sa première expérimentation. Il avait déjà réglé ses instruments sur le vrombissement de moteurs de réfrigérateurs.

Pour la performance, il a modifié certains de ses morceaux tels que "Gravel Drive" ou "December Rain" en s'adaptant à la technologie :

J'ai changé les arrangements, je les ai rendus plus forts, plus urbains et plus froids. Cela permet aux voix d'être mises en avant et de rendre le chant plus émouvant.

Voir comme un drone

"LOOP>>60Hz" est une expérience reliée au projet "City of drones", commandé par The Space et développé également par Cale et Young aidés des artistes de FIELD. Sur ce site, les internautes peuvent explorer un paysage abstrait à travers les yeux d'un drone qu'ils contrôlent grâce à leur souris. Le voyage, rythmé par des compositions de John Cale, revient à naviguer entre les bâtiments et se perdre indéfiniment.

Selon Ruth Mackenzie, le PDG de The Space, les drones ont encore une connotation très négative et il faudra sûrement du temps pour que les gens les identifient comme des objets ordinaires. On ne sait pas encore si les drones seront réutilisés pour des projets artistiques mais Young veut continuer à les exploiter :

Ils sont emballés dans du papier à bulles dans mon studio pour le moment mais on ne peut pas enfermer un animal comme ça. On doit les laisser sortir et leur trouver un nouvel endroit où ils pourront s'exprimer.

Par Fanny Hubert, publié le 24/11/2014

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