"J'marche pas en arrière", un sublime court métrage entre rêve et tragédie

Réalisateur de la série Lascars, Barthélemy Grossmann nous dévoile en exclusivité son nouveau projet : J'marche pas en arrière. Un court métrage aussi beau que tragique, qui offre son second rôle à la mannequin néerlandaise Doutzen Kroes. Rencontre avec un artiste qui a la rage au ventre.

Jimmy, le nouveau héros de Barthélemy Grossmann, contemplant la cité des anges

Jimmy, le protagoniste de J'marche pas en arrière, contemplant la cité des anges

C'est l'histoire de Jimmy, un jeune banlieusard qui décide un jour de s'envoler vivre ses rêves. Ses rêves à lui se résument essentiellement à écrire, jour et nuit, à faire des films. Et à percer dans le milieu, surtout. Alors Jimmy abandonne tout : sa cité, ses amis, sa mère, et part à l'abordage de Los Angeles et de son mythique Hollywood Boulevard. Où il finira par se perdre, dévoré par le désir incoercible de réussir.

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J'marche pas en arrière est signé Barthélemy Grossman, qui se retrouve pour l'occasion de part et d'autre de la caméra : incarnant le personnage de Jimmy à l'écran, il endosse également le rôle de scénariste et réalisateur.

Long d'un quart d'heure, ce court métrage s'avère aussi sublime qu'abouti, grâce, entre autres, à des dialogues bien pensés, une lenteur intelligente et de superbes photographies. Sur la forme, il nous rappelle un Drive ou un Only God Forgives ; sur le fond, il nous renvoie directement à une tragédie grecque.

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Barthélemy Grossmann, 32 ans et d'origine suisse, n'en est pas vraiment à son coup d'essai. J'marche pas en arrière est le troisième objet qu'il porte et réalise, mais fait déjà état d'une grande maturité, acquise à la suite d'une série de projets fructueux.

Il y a 13 m2, bien sûr, son tout premier film sorti en 2007 et applaudi par la critique. Il faut aussi noter Lascars, adapté de la série d'animation de Boris Dolivet et diffusé sur Canal+. Plus récemment, le jeune homme participait à la réalisation d'un film indépendant à 20 millions de dollars aux côtés de Harvey Keitel, Mads Mikkelsen, Noomi Rapace et Elliot Gould. "Une expérience très enrichissante... malgré l'abandon du film", qui ne verra jamais le jour en raison de son budget colossal.

"Mahamadou, c’est ma muse"

Pour son nouveau court métrage, Barthélemy Grossmann a une fois de plus mis en valeur sa banlieue chérie, et ses acteurs fétiches : Mahamadou Coulibaly, Nassim Si Ahmed et Alexandre Achdjian, que l'on retrouvait déjà dans Lascars. "C’est ma famille, ce sont des acteurs exceptionnels, commente-t-il, avec un grand respect. Pour moi le plus important c’est l’humain, et eux je les aime, ils m’auraient suivi en enfer. Mahamadou, c’est ma muse."

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À leurs côtés, on retrouve également l'une des actrices-mannequins les plus célèbres de la sphère mode : Doutzen Kroes, qui interprète ici la petite amie de Jimmy. "J'ai beaucoup aimé le personnage de Jimmy'", nous confie l'ancien Ange de Victoria Secret. Et d'ajouter :

J'ai ressenti du respect pour lui, exactement comme lorsque j'ai rencontré Barthélemy la première fois. J'ai toujours choisi mes projets avec mes tripes. Quand j'ai vu le résultat, j'étais tellement fière ! Je suis vraiment reconnaissante de faire partie de cette aventure.

La mannequin et actrice Doutzen Kroes, dans "J'marche pas en arrière"

Doutzen Kroes dans J'marche pas en arrière

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Un récit autobiographique

Lorsqu'on y regarde de plus près, J'marche pas en arrière a des allures d'autobiographie. Tout comme Jimmy, qu'il incarne lui-même, Barthélemy Grossmann a tout plaqué pour partir vivre son rêve, étreindre le succès :

J’ai arrêté mes études à l'âge de 15 ans, quitté ma famille pour venir à Paris et tenter de faire du cinéma [...] Comme Jimmy, j’ai longtemps vécu dans des motels à écrire nuit et jour, avec l’espoir de faire des films. Les étoiles, la ville qui brille, les billboards avec leurs affiches de films sont là pour te rappeler que c’est possible. [...] Les thèmes présents dans ce film, je les étudie et les vie depuis de nombreuses années.

Je dirais que ce film est un mélange de plein de choses : des choses vraies, mais aussi des choses fantasmées ou réécrites de manière plus métaphoriques : je ne compte pas me suicider [comme Jimmy dans le film, ndlr]... en tout cas pas avant d’avoir gagné un Oscar ! (rires)

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Alexandre Achdjian, Mahamadou Coulibaly et Nassim Si Ahmed, acteurs fétiches du réalisateur

"Aller au bout de mon art"

Le titre de ce court métrage prend ainsi tout son sens, et à vrai dire, on n'aurait pu trouver mieux. Avec J'marche pas en arrière, Barthélemy Grossman cristallise sa terrible envie de réussir, de "percer" dans cette immense et complexe industrie que constitue le 7ème art :

Au-delà du cinéma, j’aimerais laisser une trace sur cette Terre, servir à quelque chose pour les générations futures et pas simplement consommer sans rien laisser. C’est ma hantise de mourir avant de n’avoir pu aller au bout de mon art.

Certains films m’ont sauvé la vie quand j’étais jeune et que j’avais besoin d’exemple. Le cinéma est une arme puissante qui peut changer le destin des spectateurs. Ce sont ces films-là qui m’intéressent, et je fais tout pour m’en approcher. [...]

J’ai toujours été fasciné par les gens qui partent de rien et qui arrivent au sommet, c’est tellement difficile de réussir en étant exigeant et en respectant ses valeurs et une ligne éditoriale propre. J’aime cette citation qui dit : "Il vaut mieux viser la perfection et la manquer que viser la médiocrité et l’atteindre."

Peut-être pourrait-on compléter son propos par cette maxime bien connue de tous : "Quand on veut, on peut." Mais à quel prix ?

Jimmy

"Il vaut mieux viser la perfection et la manquer que viser la médiocrité et l’atteindre."

Toutes les photos de cet article sont tirées de J'marche pas en arrière de Barthélemy Grossmann.

Par Naomi Clément, publié le 22/09/2015

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