(Crédit Image : Anaïs Chatellier)

Irma : "Mon nouvel album est beaucoup plus personnel"

Trois ans après le succès planétaire de la chanson "I know", Irma est de retour avec un deuxième album, Faces, qui sort le 2 juin. Dans la lignée de son premier album Letter to the Lord, l’artiste révélée par la Toile offre un nouvel opus aux sonorités toujours aussi pop, mais cette fois-ci beaucoup plus intime, nourri par son année passée à New York et par tous ces "visages" qu’elle a rencontrés. Interview.

Irma (Crédit Image : Anaïs Chatellier)

Irma (Crédit Image : Anaïs Chatellier)

Tu as grandi au Cameroun, est-ce que ça a influencé ta musique ?

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Oui carrément même si ça ne s’entend pas vraiment. Ca a surtout influencé ma musique dans sa diversité, parce que là-bas on écoute vraiment de tout, aussi bien de la musique locale que de la musique occidentale. Pour Faces, je suis allé chercher beaucoup de rythmiques de l’Ouest du Cameroun. Cet album est d’ailleurs beaucoup plus personnel que le premier. Il y a un artiste camerounais qui s’appelle Richard Bona qui m'inspire particulièrement. Il est monstrueux, il chante en Douala, il a une voix magnifique. C'est un de mes artistes référents.

Quelles sont tes autres influences musicales ?

Il y a trois artistes qui ont été des prises de conscience musicale : Michael Jackson, Jeff Buckley et Eric Clapton. Mais il y a aussi Jacques Brel qui est une des personnes qui m’a artistiquement et humainement influencé. Je passais des heures à écouter Brel en interview ! C’est un artiste que je trouve inspirant. Il y a aussi Katie Thompson, celle qui m’a fait découvrir la pédale et bien sûr Taratata. Et pour cet album je suis revenu à ces artistes-là.

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C’est pour ça que tu chantes surtout en anglais ?

En fait, j’ai toujours eu une éducation musicale anglo-saxonne, même si on écoutait de tout à la maison. Et quand j’ai commencé à composer, ça s’est fait naturellement. Mais je rédige beaucoup en français aussi. Je pense qu’il y a une question de pudeur aussi, mais l’envie de chanter en français viendra, c'est sûr.

(Crédit Image : Anaïs Chatellier)

(Crédit Image : Anaïs Chatellier)

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Et au Cameroun, les gens te connaissent ? Tu as déjà fait des concerts là-bas ?

Non jamais. Je voulais d’ailleurs y présenter l’album, mais finalement j’irai en milieu de tournée. Mais la première fois que je suis montée sur scène c’était là-bas, mon père m’avait fait une surprise, dans un bar où il avait l’habitude d’aller écouter des musiciens de jazz. Il avait fait écouter mes chansons à des musiciens qui les avaient mémorisées. J’ai donc chanté et joué mes premières chansons au Cameroun même si ce n’était pas du tout une scène pro. Quand j’ai signé chez My Major Company, je voyais que sur Facebook ou sur les réseaux sociaux j’avais un gros soutien qui venait de mon pays. 

Tu as justement commencé à être connue en postant des vidéos de reprises sur Youtube en 2007, est-ce que tu peux revenir sur cette période ?

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En fait, je faisais écouter toutes mes chansons à ma sœur jumelle et à Julie, une amie que j’ai rencontrée quand je suis arrivée à Paris. Et j’avais vu sur Taratata une reprise de M et Camille qui chantaient "Au suivant" de Brel et j’avais adoré. J’avais fait une reprise et je n’arrivais pas à lui envoyer le morceau par mail parce que le fichier était trop lourd, donc je l’ai mise sur Youtube en me disant que de toute façon personne n’allait cliquer sur le lien d’une inconnue.

J’avais reçu quelques commentaires à l’époque de gens qui me disaient qu'ils aimaient bien. J’ai trouvé ça incroyable que des gens à l’autre bout du monde m’envoient des messages, c’était les débuts de Youtube. Du coup, j’ai continué à poster régulièrement des vidéos. Puis, quelques mois après, j’ai eu un gros coup de boost parce qu’à cette époque Youtube mettait de totals inconnus en avant et une des mes compos s’était retrouvée en Homepage de plusieurs pays dans le monde. Du jour au lendemain, des producteurs ont commencé à m’envoyer des messages pour me contacter.

Je crois qu’à ce moment-là tu disais que c’était un milieu qui te faisait un peu peur…

Bah c’est pour ça qu’il y a eu des propositions que je n’ai même pas considérées parce que ça m’effrayait  un peu. J’avais envie de continuer à m’amuser avec la musique et j’avais l’impression qu’en signant, ça allait me casser ce délire-là.  Mais quand j’ai rencontré Michael Goldman, j’ai senti que ça n’allait pas être comme ça, que je pouvais continuer à m’amuser, être moi-même. Il m’avait contacté en laissant un message Youtube et quand il m’a expliqué le concept de My Major Company, ça m’a tout de suite plu, car se sont les internautes qui misent sur un artiste. Il fallait avoir minimum 70 000 euros pour que l’album soit produit et pour moi ça a mis deux jours !

Et c’est la chanson "I know" qui t’as réellement fait connaître, je crois que tu étais toute jeune quand tu l’as écrit…

Je devais avoir 12 ans ! J’étais au Cameroun et j’apprenais la guitare. C’est vraiment le moment où j’ai ressenti l’urgence d’écrire, j’avais envie de m’exprimer et je n’avais pas d’autre moyen que de chanter. En tant que gamine, j’avais l’impression d’être dans un pays qui n’intéressait pas le reste du monde alors que je voyais beaucoup de misère et de différences sociales. Il y avait un côté laissé-pour-compte. J’ai eu la chance d’avoir une enfance heureuse, mais je voyais autour de moi cette injustice. J’ai quand même retouché un peu les paroles, qui étaient parfois maladroites, la mélodie aussi.

Pour ton deuxième album, tu es partie à New York pour t’inspirer, pourquoi avoir choisi cette ville ?

Je ne sais pas trop mais j’avais besoin de partir dans un endroit où je n’avais pas de repères, où j’allais me retrouver face à moi-même. A New York, j’y étais allé quelques fois pour le travail mais jamais assez longtemps pour capter cette énergie dont on parle tant. Au contraire, au début, je m’étais sentie oppressée.

J’y allais vraiment dans l’optique de redécouvrir la ville comme un enfant, avec un regard neuf, éviter d’être blasée par tout. Et il y avait des choses que je trouvais tellement belles que j’ai commencé à me promener avec une caméra et à filmer tout, les arbres, les couchers de soleil. Petit à petit, je me suis dirigée vers les gens et leur demandais qui ils étaient. Certains se sont prêtés au jeu. Il y en a que je vais utiliser pour mes clips. Mon but c’était de mettre toutes mes chansons en images car c’est vraiment le coté visuel qui a inspiré mes textes.

Il y a justement ce couple de SDF qui t’a inspiré pour une de tes compos, Hear me out, tu peux nous en dire plus ?

C’est un moment important de mon voyage à New York, voir ce couple se réveiller un matin dans la rue heureux d’être ensemble. Il y avait vraiment ce contraste avec la dureté de la situation dans laquelle ils étaient. Ils m’ont dit que ça faisait quelques jours qu’ils étaient dans la rue et ça m’a vraiment donné une claque parce que je me suis dit que, quelques jours avant, ces gens-là étaient encore dans la société. Et nous on passe devant tous les matins alors qu’on ne s’intéresse pas à eux. Prendre le temps d’aller vers les gens, je n’ai pas connu meilleure sensation que cela.

Dans le clip de la chanson Hear me out, on voit pourtant des enfants.

Oui je l’ai illustré avec des enfants parce que ça avait un côté encore plus dur. Des enfants qui supportent ça sur leurs petites épaules. D’ailleurs, le tournage n'a pas été pas facile. Toutes les scènes ont été tournées dans un studio, ce n’était donc pas vraiment la réalité, mais des événements basés sur des choses que j’ai vues ou entendues. Cette chanson reflète bien l’esprit de l’album dont je parlais tout à l’heure : la vision de l’enfant.

A l’inverse, il y a Trouble maker qui est beaucoup plus pop, plus joyeuse et pleine d’énergie.

Pour le coup, cette chanson est arrivée vraiment à la fin alors que l’album était sur le point d’être envoyé. J’ai retrouvé de vieux enregistrements que j’avais faits à New York et quand j'ai réécouté cette chanson, je me suis dit qu’il fallait que je l’enregistre. J’ai voulu la mettre presque tout de suite sur Youtube parce que pour moi c’était un truc à part, un cadeau que je voulais faire à ceux qui me suivent. Cette chanson retransmet bien cet état d’esprit dans lequel j’étais à NY où j’étais très décomplexée, j’assumais mieux mon corps, j’aimais mieux ce que je pensais. Dans ce clip, je voulais donc danser, montrer qui je suis, ce que je n’avais jamais vraiment osé faire avant.

Tu as collaboré aussi avec Matthieu Chedid pour Catch the wind, ça s’est passé comment ?

Oui, il fait un solo de guitare ! En fait, je l’avais pas mal suivi sur sa tournée de 2010, ça a été vraiment un parrain, un peu comme Diam’s d'ailleurs, dans un tout autre registre. Il m’a vraiment appris la scène. Dans mes rencontres j’ai eu beaucoup de chance. Quand j’ai écrit cette chanson, j’avais envie d’un solo donc j’ai tout de suite pensé à lui, en me disant que de toute manière il n’aurait jamais le temps. Et c’est fou parce qu’il avait un jour de repos à Paris avec sa fille et il m’a proposé d’aller enregistrer dans son studio !

Tu parlais de Diam’s, quand tu avais fait ses premières parties, c’était aussi le moment assez polémique où elle commençait à porter le voile, tu en avais pensé quoi ?

J’ai été frappé par le décalage entre la personne que j’ai rencontrée et ce qui se disait dans les médias. Parce qu’on avait l’impression qu’elle avait complètement pété les plombs. C’était un peu le cas, elle le dit elle-même qu’après avoir vendu son million d’albums, le succès lui est complètement monté à la tête, et a provoqué un burn out. Elle a voulu retourner à quelque chose de plus humain. Elle s’est rattachée à la religion, comme on peut se rattacher à autre chose. Mais je pense que c’est une des personnes les plus humaines et les plus belles que j’ai rencontrées.

Pochette du nouvel album Faces de Irma (Crédit Image : Vincent Thomas)

Pochette du nouvel album Faces de Irma (Crédit Image : Vincent Thomas)

Une idée pour ton prochain album ?

Aucune idée mais j’ai envie d’aller en Amérique latine pour le faire ! Peut être au Venezuela et il y aura sûrement des sonorités de là-bas.

Irma est actuellement en tournée dans toute la France et sera en concert au Trianon le 3 Juin et au Zénith de Paris le 19 Mars 2015.

Par Anaïs Chatellier, publié le 02/06/2014

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