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Quincy Jones s’est lâché : 10 punchlines marquantes de son interview événement

Publié le

par Jérémie Léger

Michael Jackson et Quincy Jones lors de la 26 eme cérémonie des Grammy Awards en 1984.

À 84 ans, Quincy Jones n’a pas peur de l’avenir et est encore plein de vie. Sur certains sujets, on peut même dire qu’il n’a pas la langue dans sa poche. Michael Jackson, The Beatles, Jimi Hendrix et toute la musique actuelle en prennent pour leur grade.

Michael Jackson et Quincy Jones lors de la 26e cérémonie des Grammy Awards en 1984.

Que l’on jette la première pierre à celui qui ne considère pas Quincy Jones comme un grand monsieur de la musique. Jazz, blues, pop, rock et même hip-hop, il a touché à tout en plus d’avoir projeté sur le devant de la scène certains des plus grands artistes de tous les temps.

À l’aube de son 85e anniversaire, le légendaire homme-orchestre en avait visiblement gros sur le cœur et la patate. Lui qui accordait un long entretien au magazine américain Vulture s’est laissé aller à un immense élan de nostalgie. Savoureuse de A à Z, cette discussion féroce s’avère être une véritable mine d’or : des révélations tantôt croustillantes tantôt piquantes ont coulé à flots.

Michael Jackson, roi de la pop mais voleur

Connu pour avoir été producteur du roi de la pop, l’homme aux 28 Grammy Awards n’a pas manqué d'évoquer de vieux souvenirs pas très plaisants. Il a notamment accusé Michael d’avoir plagié le titre "State of Independence" de la reine du disco Donna Summers avec l’un de ses titres les plus mémorables, "Billie Jean". À noter d’ailleurs que les deux morceaux, sortis à quelques mois d’intervalle, sont tous les deux produits par Quincy Jones.

"Je n’aime pas dire ça publiquement, mais Michael a volé beaucoup de trucs. Il a volé beaucoup de chansons. Écoutez "Billie Jean" et vous verrez qu’il est très similaire au titre "State of Independance" de Donna Summers. Il était très machiavélique."

Comme si cela ne suffisait pas, Michael Jackson était aussi radin, selon les propos du producteur : "Greg Phillinganes a écrit une partie de la chanson "Don’t Stop ’Til You Get Enough", il devait recevoir 10 %, mais Michael ne lui a jamais rien donné", confie-t-il.

Au début, il n’aimait pas les Beatles

C’est Quincy Jones qui l’a dit, ou du moins qui l’a pensé la première fois qu’il a rencontré le groupe en studio. À cette époque, Paul McCartney avait seulement 21 ans et selon le producteur, il était le pire bassiste de l’Histoire :

"À mon avis, les Beatles étaient les pires musiciens au monde. Paul était le pire bassiste que je n’ai jamais entendu. Et Ringo, ne m’en parlez pas. Je me souviens avoir été en studio avec George Martin et Ringo une fois. Ils avaient pris trois heures pour parfaire une chanson de seulement quatre mesures, mais ils n’y arrivaient pas. J’ai donc fini par faire jouer sa partie par le batteur de jazz Ronnie Verrell. Il a plié ça en quinze minutes et c’était nickel."

Jimi Hendrix ? Une poule mouillée

S’il n’a pas souhaité adouber les Beatles à l’époque, c’est à se demander quels artistes avaient alors la considération de Quincy Jones à la grande période du rock. Jimi Hendrix ? C’est validé, mais non sans une petite piqûre acerbe.

"Il était censé poser sa guitare sur mon album. [Gula Matari, sorti en 1970, ndlr], mais Jimi Hendrix s’est dégonflé. Il était nerveux à l’idée de jouer avec Herbie Hancock, Toots Thielemans, Hubert Laws et Roland Kirk. C’est vrai que ces enfoirés faisaient peur. Toots était l’un des plus grands solistes de l’Histoire. Tous ces gars étaient les mecs les plus badass de mon album et Hendrix ne voulait pas jouer avec eux."

Qu’importe le sentiment éprouvé par Hendrix, puisque c’est malheureusement en septembre de la même année qu’il a disparu des suites d’une asphyxie. Pour Quincy Jones, dans le rock, il y a seulement au sujet d'Eric Clapton et son groupe Cream qu’il n’y a rien à redire. Pour ce qui est des musiciens à son sens sous-estimés, on trouve The Brothers Johnson, James Ingram et Tevin Campbell.

Sa liaison avec Ivanka Trump

Eminem a mis en scène l’assassinat d’Ivanka Trump, la fille de Donald Trump, dans un morceau issu de son dernier album Revival. Sachez que Quincy Jones avait l’habitude de fréquenter cette dernière régulièrement. Une de plus à son tableau de chasse, lui qui très récemment déclarait sortir avec 22 femmes à travers le monde.

"Je sortais souvent avec Ivanka. Il y a douze ans, Tommy Hilfiger, qui travaillait avec ma fille Kidada, m’a dit un jour : 'Ivanka veut dîner avec vous.' J’ai dit : 'Pas de problème.' Ivanka était une vraie garce, elle avait les plus belles jambes que j’ai vues de ma vie. Mais un mauvais père."

La musique d’aujourd’hui est dénaturée

Si ce n’est pas votre cas, vous connaissez forcément quelqu’un qui a du mal à vivre dans l’ère du temps et qui ne cesse de scander sa maxime préférée : "C’était mieux avant." Pour Quincy Jones., c’est un peu ça. Amoureux de la musique, il a en effet du mal à comprendre comment les artistes de nos jours peuvent oublier si facilement l’héritage de leurs aînés, et en a profité pour donner une petite leçon aux personnes visées.

"Les producteurs ignorent maintenant tous les principes musicaux des générations précédentes. Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne : vous êtes censés utiliser tout ce qui vient du passé pour avancer.

Si vous savez d’où vous venez, il vous sera plus facile d’arriver là où vous voulez aller. Vous devez comprendre la musique pour toucher les gens et devenir le son qui changera leur vie. Les artistes pop aujourd’hui n’ont plus le savoir et la connaissance musicale mais ils s’en fichent. […] Les producteurs ne font rien de nouveau, ils sont feignants et avides de fric."

En ce qui concerne le hip-hop, même combat. Pour lui, ce style, tourne en rond : "Le rap, c’est toujours les mêmes phrases encore et encore et encore. L’oreille doit avoir une mélodie taillée pour elle, il faut garder l’oreille en alerte, car notre cerveau ne fait plus attention à la musique si elle ne change pas. De cette manière, la musique reste étrange", explique-t-il. Pour dire à quel point il en a gros, même la scène jazz, qui pourtant est l’un de ses genres de prédilection, en prend pour son grade :

"De nos jours, l’esprit authentique du jazz est mort. Les gars l’ont laissé tomber pour courir après l’argent. Je n’ai jamais fait de musique pour ça, même 'Thriller'."

Mais Quincy Jones a beau défoncer bien comme il faut tous ces genres musicaux, il y a tout de même quelques artistes contemporains auxquels il reconnaît un réel travail de recherche artistique :

"Bruno Mars. Chance The Rapper. Kendrick Lamar. J’aime la sagesse de Kendrick. Il a les pieds sur terre. Chance aussi. Et le disque d’Ed Sheeran est génial. Sam Smith – il est tellement ouvert sur son homosexualité. J’aime ça. Mark Ronson aussi, c’est quelqu’un qui sait vraiment comment produire."

Et malgré un lot de critiques cinglantes, il y a au moins une chose dont il est persuadé : "Tout ce que j’ai fait est ma plus grande innovation musicale. Je suis fier de tout ce que j’ai fait. Absolument tout." Bien que l’on puisse difficilement lui donner tort, on a bien envie de lui sortir une célèbre citation de Kendrick Lamar, justement : "Sit down, be humble !"

U2 est-il toujours au top ?

Actifs depuis l’an de grâce 1976, Bono et son groupe U2 jouissent encore aujourd’hui d’un succès incommensurable auprès d’un public issu de toutes les générations. Il y a quelques mois, la formation rock irlandaise sortait d’ailleurs son quatorzième album studio Songs of Experience. Mais le groupe est-il toujours au top de sa forme ? Sur cette question, Quincy se contente de soupirer en secouant la tête. Un silence qui en dit long :

"Je ne sais pas trop. J’aime Bono du plus profond de mon cœur, mais il y a trop de pression sur son groupe. Il fait quand même de belles choses tout autour du monde. L’une des meilleures choses que j’ai pu faire, c’est de travailler avec lui et Bob Geldof sur "We Are the World".

Des regrets concernant sa mère

Sarah Jones souffrait de graves problèmes psychiatriques. Des problèmes qui l’empêchaient d’avoir une vie familiale stable, car elle était contrainte de jongler entre la maison et les hôpitaux. Un milieu médical qui, d’après le producteur, ne l’a pas soignée à cause de sa couleur de peau. Quelque chose qu’il regrette encore aujourd’hui.

"Je pense à ma mère tout le temps. Elle est morte dans un HP. C’était une femme brillante qui malheureusement n’a jamais reçu l’aide dont elle a eu besoin. Ses troubles auraient pu être guéris, mais ma mère n’a pas bénéficié du traitement nécessaire parce qu’elle était noire. J’aurais espéré être plus proche d’elle."

Sa plus grande ambition

Quincy Jones a beau avoir 84 ans, il vit pour la musique. Conscient de l’évolution perpétuelle du marché musical, il a lancé récemment, en décembre 2017, la première plateforme mondiale de vidéo à la demande par abonnement entièrement dédiée au "jazz and beyond". Un bébé qu’il a baptisé Qwest TV.

"Qwest TV. Tout le monde est excité à ce sujet. Ça va être le Netflix de la musique. On y retrouvera la meilleure musique de tous les genres du monde. Si les enfants veulent entendre quelque chose de génial, ce sera parfait pour eux. Je ne peux pas croire que je sois encore impliqué dans des choses comme ça. J’ai arrêté de boire il y a deux ans et j’ai l’impression d’avoir 19 ans. Je n’ai jamais été aussi créatif. J’en perds mes mots – Quelle vie !"

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