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Coachella, Chanel, Beyoncé : Ibeyi revient sur sa folle année

Depuis la sortie de leur premier album début 2015, Naomi et Lisa-Kaindé Díaz ont su s'imposer comme les déesses d'une musique franco-cubaine ensorcelante. En pleine tournée mondiale, les sœurs jumelles nous ont accordé un moment pour discuter de leur ascension fulgurante (et bien méritée).

© Ibeyi/Benjamin Marius Petit

Naomi et Lisa-Kaindé Díaz poursuivent leur conquête du monde. (© Ibeyi)

Il peut s'en passer des choses en un an. Surtout pour des jeunes filles talentueuses. En quelques mois, Naomi et Lisa-Kaindé Díaz, plus connues sous le nom d'Ibeyi, sont parvenues à envoûter le monde de leur musique hypnotique et de leurs chants incantatoires.

Car à travers leur premier album Ibeyi, sorti en février 2015, les deux sœurs ne délivrent pas que de la musique : elles célèbrent aussi l'histoire cubaine et africaine, puisqu'elles chantent en yoruba, une langue que les esclaves du Nigeria et du Bénin ont transmise oralement sur l'île communiste. Le titre "River" tiré de ce disque est d'ailleurs un hommage à la déesse Oshun, l'orisha (c'est-à-dire une divinité afro-américaine originaire d'Afrique, et plus précisément des traditions religieuses yoruba) des eaux des rivières.

Avec son caractère mystique et son clip captivant, "River" est indubitablement le morceau qui a poussé le duo franco-cubain sur le devant de la scène internationale. C'est aussi celui qui est parvenu aux oreilles de Beyoncé, qui a décidé de convier les jumelles sur son Lemonade.

Et comme une bonne nouvelle n'arrive jamais seule, Naomi et Lisa-Kaindé ont, dans la foulée, fait leurs premiers pas à Coachella et ouvert le défilé historique de Chanel à Cuba. Bref, un début d'année bien mouvementé sur la planète Ibeyi. Jointes par e-mail, les deux artistes sont revenues pour Konbini sur leur succès et leur ressenti.

"Un kaléidoscope d'émotions"

Konbini | Dans quelle partie du globe vous situez-vous, à l'heure où vous m'écrivez ?

Ibeyi | On arrive à peine de La Havane. On est à Miami pour jouer demain soir, un concert sold out.

Beaucoup de choses vous sont arrivées depuis la sortie de votre premier album il y a un an. Y a-t-il un moment que vous avez particulièrement adoré ?

Il y a une multitude de moments, un kaléidoscope d'émotions, tant en studio que sur scène, en tournée ou pendant les tournages de clips.

Cela fait un an et demi que l'on joue partout dans le monde, de l'Europe au Japon, de l'Australie à l'Amérique latine, et nous avons fait quatre tournées un peu partout aux États-Unis... C'est une aventure qui nous à emportées là où nous n'avions jamais pensé aller. On s'est laissé porter par la vague.

Le 3 mai dernier, vous défiliez pour la collection Croisière de Chanel, à La Havane. Comment est née cette collaboration ?

Chanel nous a proposé de chanter à La Havane pour le premier défilé de cette ampleur jamais réalisé à Cuba. Nous sommes franco-cubaines et nous chantons notamment en yoruba, la langue que les esclaves du Nigeria et du Benin ont transmise oralement sur l'île, de génération en génération, à travers des chants religieux et des traités de divination. Ibeyi, c'est un trait d'union musical entre la France et Cuba. L'invitation de Chanel faisait sens !

Ça a dû être un moment particulier pour vous, de participer à un évènement si grandiose, et qui plus est dans le pays de votre père... Qu'avez-vous ressenti ?

Ce qui nous a fait le plus plaisir, c'était de chanter l'un de ces chants ancestraux et qu'il soit vu et écouté par des gens qui n'en connaissent pas l'existence. C'est notre véritable joie. Joie aussi d'être accompagnées par un pianiste génial, Aldito López Gavilán, et un orchestre symphonique, en direct, en pleine ville, avec les Cubains aux balcons... C'est inoubliable.

"Coachella ne ressemble à aucun autre festival"

Ce n'est pas la première fois qu'un créateur vous sollicite, puisque vous avez participé au défilé d'Agnès b l'année dernière à Paris... 

Son équipe nous a téléphoné et nous sommes allées chanter à capella sur son défilé, parce qu'on admire Agnès b. Elle soutient les artistes dans toutes les disciplines – le graff, la photo, le cinéma, la musique... –, qu'ils soient connus ou inconnus. Elle est généreuse, discrète et très vivante.

Et Coachella, c'était comment ?

Le public est majoritairement hipster, jeune, blanc, riche... et en shorts. Coachella ne ressemble à aucun autre festival dans lequel nous avons joué. Rien à voir avec Glastonbury par exemple.

On en a profité pour voir les concerts de Joey Badass, A$AP Rocky, Gallant et The Last Shadow Puppets.

Qu'est-ce que ça fait d'être l'un des rares groupes français à se produire dans l'un des plus prestigieux festivals américains ?

Quand on joue à Coachella, on a un peu la sensation de se retrouver entre les Oscars, les Grammy Awards et les Golden Globes... Ça fait que, backstage, on croise Taylor Swift, Lorde, Usher ou Seal. C'est surréaliste.

En tous cas, c'est un des meilleurs caterings de festival qu'on n'ait jamais eu ! [Le catering est la "cantine" des artistes, ndlr.]

Trying to shake the stress backstage before our set, while listening to #JoeyBada$$ #hmlovescoachella

Une vidéo publiée par ibeyi (@ibeyi2) le

"Beyoncé écoute 'River' en boucle avec sa fille"

En ce début d'année, votre présence dans Lemonade de Beyoncé a également été remarquée... Comment êtes-vous parvenues à figurer dans ce film-album ?

Il faudrait lui demander à elle pourquoi elle nous a choisies ! Ce qu'elle nous a dit, c'est qu'elle écoute "River" en boucle avec sa fille.

Comment est-elle au travail ?

Elle nous a impressionnées dans la scène où elle chante a cappella et qu'une danseuse classique traverse le plateau.

Il faisait nuit et très frais, on avait tourné dix heures de suite dans la journée, elle a refait plusieurs prises et elle avait toujours cette même intensité dans la voix et le regard... On avait la chair de poule.

Vous pouvez nous raconter plus en détail comment s'est passé le tournage de Lemonade ?

Non, on ne peut pas, on a signé des clauses de confidentialité.

C'est quoi la suite pour vous, après ce début d'année bien rempli ?

On termine la tournée en octobre au Brésil et on rentre en studio à Londres en novembre. On aura défendu ce premier album pendant deux ans sans s'arrêter, on a besoin d'un peu de vacances. Et après, on sera prêtes pour se plonger dans un nouveau disque.

Une vidéo publiée par Beyoncé (@beyonce) le

Par Naomi Clément, publié le 10/05/2016