Entretien : le retour de Breton aux affaires

Breton est de retour. Avec un deuxième album en cours de finition et un passage prévu sur Paris dans quelques semaines, on a décidé de reprendre le fil de leur histoire. Entretien.

breton

Doit-on encore présenter Breton ? Brûlant de frénésie tel un amok, ce collectif de surréalistes londoniens découpe et recoupe les genres musicaux à travers un DIY assumé. Leur premier album sorti en mars 2012, Other's People Problems, est une petite bombe pop. Brut, spontané, honnête, innovant, vulnérable, voilà comment on pourrait le dépeindre.

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Exilés à Berlin cet été pour l'enregistrement de leur nouvel album, c'est lors de leur passage au déjanté festival breton Au Pont du rock qu'on a pris de leurs nouvelles. Avec leur chanteur Roman Rappak aux commandes des réponses.

Konbini | Pourquoi avoir quitté un moment la fan page Facebook pour un Tumblr ?

Roman Rappak : Parce que ce qui est cool sur Internet, c'est que tu peux diffuser des informations que seules les personnes intéressées - celles qui auront fait un effort de venir sur le Tumblr, auront vues.

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K | Vous avez enregistré à Berlin. C'était comment ? 

C'était incroyable! On en parlait entre nous avant d'y aller. On se disait que le pire pour un groupe était d'avoir un album sans âme, sans histoires. Là, le fait d'avoir composé dans cette bâtisse qui abritait autrefois une radio communiste a été plus instinctif, organique, spontané.

Pourquoi ? Parce ce qu'il y avait différentes chambres et chacune avait son athmosphère, son bruit, sa texture. Par exemple dans une pièce disposée au sous-sol, il y avait une partie avec du béton et du sable. Et quand je marchais dessus en chantant, l'athmosphère s'en trouvait bouleversée.

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Breton s'essaye à la musique, au couteau 

K | Les lieux influencent donc la musique ?

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Oui. Pas seulement les lieux mais aussi les histoires, les univers. Avant, les voix ne pouvaient pas être enregistrées aussi clairement : on ne capturait pas seulement la voix mais aussi l'environnement et inévitablement les accidents. Maintenant tu peux faire ça plus facilement. Avec Garage Band, tu peux corriger ta voix si tu étais fatigué ou trop excité pendant l'enregistrement. Pour autant, je trouve ça important de recréer ces ambiances naturelles.

K | Comment est-ce que tu penses la musique ? 

C'est une manière de donner un sens à un tout. Une caractéristique commune à tout le monde, c'est d'être perdu, de ne pas comprendre ce que tu fais ni de savoir où tu es. Des gens deviennent médecins, avocats, drogués : chacun doit trouver un sens à sa courte existence. On est des milliards et on va mourir un jour.

Plus tu y penses et plus tu réalises que certaines personnes font des enfants ou prennent de la meth pour y échapper. Mon monde a un sens parce que je suis dans Breton. Dès que quelque chose m'intéresse, me fait peur ou m'embête, j'ai la possibilité de mettre cette idée en forme dans une chanson ou une vidéo.

Du coup, l'album va rassembler tout ce que j'aime, tout ce que je déteste, tout ce que j'adore, l'ensemble condensé en 45 minutes. Je peux y communiquer des choses que je ne pourrais pas exprimer dans une interview, un e-mail ou une discussion ordinaire.

Je n'ai jamais gardé de journal intime, mais un album en est un. Tu écris des choses et tu y reviens plusieurs semaines après, accompagné d'idées nouvelles. Tu essayes d'analyser tes propos mais tu n'y arrives pas. C'est pour ça que c'est toujours une révélation quand quelqu'un qui a écouté tes morceaux te fait remarquer que tu parles de telle ou telle chose en particulier ou que tu as peur de telle chose.

Finalement, un album, c'est un livre ouvert à la fois pour me comprendre et pour comprendre tout le monde.

K | Comment un groupe peut-il être original en 2013 ?

L'originalité n'est pas de faire du nouveau, sinon tu t'éloignes de tes premières idées car elles ont déjà été exploitées avant. Il n'y a pas d'idées originales, juste des idées évoluées. Pour avoir un son original, tu vas dans une chambre, tu trouves un chemin et tu essaies de t'y tenir. Sinon, tu prends le risque de sombrer dans la mode, une mode qui peut vite s'essouffler.

 Breton - Little Knives

Et quand tu dévoiles enfin tes créations, tu te rends compte que c'est loin de tes balbutiements : il y a une telle évolution qu'il s'agit vraiment ton monde, de ton univers personnel.

K | Est-ce que Breton a été créé pour briser la routine ?

Oui. Je ne voudrais pour rien au monde vivre comme avant. Quand on a formé le groupe, on se disait que ce serait fou si on pouvait jouer devant 10 000 personnes. C'est cliché mais c'est quelque chose qu'on a imaginé. Du coup, aujoud'hui, je pense que jamais Breton ne deviendra une routine.

K | Avec du recul, est-ce que la perte de votre laboratoire [leur ancien studio de création, lieu de vie et dortoir, ndlr] était un mal pour un bien ?

C'est exactement pareil lorsque tu rompes avec une fille, c'est triste. Puis tu prends du recul. Quoi qu'il en soit, l'histoire de Breton est ponctuée d'accidents et de mini-chaos. Rien ne se passe sans raison. J'ai digéré tout cela depuis.

K | De plus en plus de groupes mélangent la vidéo avec la musique sur scène, notamment Breton. Pourquoi ?

C'est une évolution logique de ce que l'on peut faire avec un concert. Ce n'est pas nouveau en soi, on faisait ça dans les années 60, mais c'est une manière de s'exprimer plus facilement en utilisant tous ces médiums. Un concert c'est un moment dans lequel, pendant une heure, je peux tout oublier, m'échapper. C'est donc logique de vouloir utiliser toutes les méthodes d'expression disponibles. La vidéo en fait partie.

K | Où en est l'idée de tourner un documentaire sur la musique ?

On a essayé de ne pas se dépêcher. Tous les deux mois on rencontre une personne qui est incroyable et qui doit faire partie de ce documentaire. Du coup, dès qu'on aura toutes les interviews et qu'on sera prêts, on le sortira. Mais pour l'instant, on veut prendre notre temps et ne surtout pas le mélanger avec la sortie du deuxième album.

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Par Solenn Cordroc'h, publié le 05/10/2013

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