Bigflo & Oli : "Notre rap est sincère"

Pour la sortie de leur premier EP, Konbini est allé à la rencontre de deux frères-rappeurs : Bigflo & Oli. Un duo en route vers le succès. 

Bigflo & Oli

(Crédit image : Luca Bresch)

Bigflo & Oli, c’est deux frères toulousains âgés de 17 et 21 ans qui, en un mois à peine, se sont retrouvés sous la lumière. Après un clip aux 800 000 vues  en compagnie de Kyan Khojandi et un freestyle remarqué au Before du Grand Journal, ils viennent de sortir leur premier EP, Le Trac. Une invitation à découvrir leur monde, une porte ouverte vers une insolente sincérité.

Dans ce premier essai, Bigflo & Oli oscillent brillamment entre jeu de mots et profondeur du propos. Une recette musicale qui fait mouche et bouscule les stéréotypes en cours dans le rap. Interview d’un tandem dont on risque d’entendre parler de plus en plus.

Konbini | Comment vous sentez-vous à la sortie de ce premier EP intitulé Le Trac ?

Oli : On est super heureux, c’est notre premier projet. C’est surtout le résultat de beaucoup de travail. On rappe depuis tout petit, on vient de la scène à la base. C’était notre première expérience en studio. J’ai l’impression d'avoir mis un enfant au monde (rires).

Bigflo : J’ai un peu le trac quand même, ce n'est pas pour rien que l’EP s’appelle comme ça. On se demande si ça va plaire à ceux qui nous connaissent déjà, si d'autres vont nous découvrir, si ces gens vont venir voir nos concerts. On n'a sorti que trois clips sur Internet avant ça : c’est pas grand chose. Cinq titres, c’est déjà beaucoup pour nous.

Big Flo & Oli - "Le Trac"

Big Flo & Oli - "Le Trac"

K | À la fois compositeurs, instrumentistes et paroliers, vous avez un contrôle total sur vos chansons. Qu'est-ce que vous cherchez à exprimer ?

Bigflo : Depuis tout petit, on aime raconter des histoires qui peuvent toucher tout le monde. On est très observateurs.

Oli : "Observateur", c’est le mot. C’est ce qu’on essaye de retranscrire par notre musique. Après ce qu’on veut dire dépend de l’histoire que l'on raconte ! On s’inspire beaucoup du quotidien.

Le rap ça reste une joute verbale

Bigflo : Notre rap c’est quelque chose de sincère. Bigflo et Oli, Florian et Olivio [leurs vrais prénoms, ndlr], c’est la même chose : on ne voulait pas se créer d'alter egos et décréter que comme on est des rappeurs, il fallait que l'on soit plus voyous ou nonchalants.

Dans la vie, on n'est pas comme ça. On a donc décidé de rapper comme on est dans la vie. On n’avait pas non plus envie d’être moralisateurs et de donner des leçons. C’est d’ailleurs ce qu’on nous a reproché avec "Monsieur Tout Le Monde".

Les gens disaient : 

C’est bien beau de rapper sur ça mais vous ne donnez pas de solution !

Ce n'est pas notre rôle, on est là pour raconter des histoires. C’est du storytelling. Quand je me mets dans la peau de "Monsieur Tout Le Monde", je prends une écriture différente que lorsque je parle de moi. Je fais ça pour toucher plus de monde. Au final c’est le personnage qui parle directement, pas moi.

| Il y a une évolution entre vos premiers clips et cet EP. Dans un de vos premiers morceaux, "L’Héritage", vous cherchiez à faire une démonstration verbale et stylistique. Comment est-ce que vous voyez cet EP ?

Oli : Dans le morceau "L’Héritage", ça kick, ça rappe, ça clash.  On était vraiment dans une démarche freestyle, on voulait faire nos preuves ! Pour autant on ne voulait pas s’enfermer dans un rap sans texte, avec que du flow et de la poudre aux yeux. Elle est là l’évolution pour l'EP.

Bigflo : On voulait en mettre plein la vue, je pense, montrer que l'on savait rapper avec style et vitesse. Aujourd’hui on cherche un juste milieu entre ce qu’on sait faire et ce qu’on veut faire. C’est le cas avec cet EP.

Oli :  Un peu comme une ouverture vers notre monde, notre univers.

Bigflo : D’ailleurs avec "Monsieur Tout Le Monde", certaines personnes qui nous suivent depuis le début ont été assez surprises, parce que jusqu’ici, Bigflo & Oli c’était surtout du freestyle. Mais avec cette chanson, on voulait dire : "ok, on sait aussi faire ça !".

K | À 18 et 21 ans, vous avez déjà fait la première partie de vos idoles IAM, un clip avec plus de 800 000 vues en un mois, un passage au Before du Grand Journal. Comment en êtes-vous arrivés là ?

Oli : J’ai l’impression d’avoir pris mon temps. On a commencé à rapper à 9 et 12 ans. On a fait beaucoup de scène ces dernières années. Ce n’est pas comme si du jour au lendemain, on s’était réveillé rappeurs.

Bigflo : Oli trouvait même, à un moment donné, que ça n’allait pas assez vite ! En 2011, les Rap Contenders ont été un tremplin. Notre premier clip, on l’a lancé il y a presque trois ans et on ne s’attendait pas à avoir autant de visionnages. Je me rappelle avoir dit à mes potes : « Bon allez les gars, si on fait 50.000 vues, on organise une grosse soirée. » Et on les a faites en un jour ! Ça a été la même chose avec les autres. Maintenant qu’on en a la chance, on va tout donner.

Oli : Notre jeunesse, c’est à la fois une force et une faiblesse. On aime en jouer ! On pense toujours à demain, on est toujours dans le taff. Le jour où on a signé avec notre maison de disque, j’étais déjà entrain de me dire : « Ok : l’EP, on le commence quand ? » et maintenant, je pense déjà à l’album.

(Crédit image : Quentin Bruno)

(Crédit image : Quentin Bruno)

K | Vous avez étudié la batterie et la trompette au conservatoire, comment cela vous a t-il aidé ?

Oli : On s’en est servi comme une force. Il n’y a aucun paradoxe entre avoir étudié au conservatoire et faire du rap. C’est peut-être atypique, mais pas contradictoire. On a eu la chance d’avoir une éducation musicale ouverte.

Bigflo : Notre mère, elle écoute Nostalgie tous les matins, la journée j’étais avec mes potes violoncellistes qui écoutaient que du classique et le soir on écoutait Skyrock tous les deux ! On a absorbé tout ça. Ce bagage musical nous suit dans notre rap. Pour l’anecdote, j’ai fait écouter un sample à des potes une fois et le premier truc qu’ils m’ont dit c’est : "T’as samplé Schubert !".

K | Dans votre titre "Gangsta", vous jouez des stéréotypes du rap. Qu’est-ce que vous pensez du rap français aujourd’hui ?

Bigflo : Ce morceau, il  n’est pas anti-rap gangsta. On l’a plutôt écrit pour des potes qui écrivent des textes dans cette veine là, assez loin de leur quotidien finalement. Le message de "Gangsta", c’est d’assumer ce que l'on est.

Oli : Notre but avec cette chanson c’était aussi de prouver que notre quotidien tranquille ne nous empêchait pas de faire du rap. Il y a tellement de choses différentes aujourd’hui dans le rap français, il y en a pour tous les goûts.

Bigflo : Tu ne trouveras pas la même chose en écoutant un morceau de Booba, d’Orelsan ou d’Oxmo Puccino. Chacun a son monde, son univers.

Oli : Même si le rap ça reste de la joute verbale. Il y en avait au Moyen Âge, il y en aura toujours.

K | Et pour finir, le dernier moment artistique qui vous a le plus touché ?

Oli : On a partagé la scène avec Manu Chao il y a quelques semaines. Il nous a invités à faire un remix avec lui dans une grosse salle de Toulouse. C’était une belle rencontre, un bel échange et ça m’a prouvé que, même à un niveau comme le sien, un musicien ça reste un gars avec une guitare qui kiffe la musique.

Bigflo : Pour le coup, c’est le même mais pour d’autres raisons. On a un père qui est argentin, qui était là ce jour là et on a chanté avec Manu Chao, "La Vida Tombola". C’est une chanson qu’on a beaucoup écoutée avec notre père qui est fan de Maradona.

Il nous a emmenés voir un match France/Argentine avec Maradona comme entraîneur et on a écoutait cette chanson pendant tout le trajet. Et là, on la jouait avec Manu Chao, dans notre ville avec notre père dans la salle. C’était très émouvant.

Bigflo & Oli seront en concert à La Boule Noire le 29 avril et le 10 juillet à La Rochelle. En attendant, ils dévoileront mercredi leur prochain clip, plus intimiste, "Gangsta".

Par , publié le 22/04/2014