L'industrie de la musique enregistrée n'est pas en crise

Une étude de chercheurs issus de la respectée London School of Economics va à l'encontre des lieux communs sur l'état du secteur de la musique enregistrée. De son déclin à l'influence néfaste du téléchargement illégal. 

musique enregistrée

Non la musique enregistrée n'est pas en crise. Non on ne peut pas conclure à une corrélation entre téléchargement illégal et baisse des revenus dans le secteur. Non des mesures punitives ne vont pas remédier à la situation.

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Le rapport publié par les chercheurs Bart CamtmaertsRobin Mansell et Bingchun Meng du département Média et Communication de la London School of Economics est comme un bol d'air frais dans une atmosphère qui empeste les fausses évidences.

Un secteur qui ne perd pas tant d'argent

Le premier point que soulèvent les trois chercheurs concerne l'assertion constamment relayée par les labels d'une perte de vitesse inéluctable du secteur. Contrairement à ce qui est admis, c'est plutôt le constat d'un "rééquilibrage" des revenus de la musique enregistrée que le texte met en exergue.

Certes les disques rapportent moins mais cette baisse est compensée par l'augmentation de la part des ventes de places de concerts, ou des revenus de l'editing, comme le montre le graphique ci-dessous.

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Évolution des revenus du secteur de la musique enregistrée en millions de dollars (Crédit Image)

Après avoir vécu une forte croissance entre 1998 et le milieu des années 2000, le chiffre d'affaire global de l'industrie phonographique a stagné (voire un peu baissé) pendant quelques années pour reprendre du poil de la bête au tournant de 2010. Pas d'urgence ni de situation catastrophique donc.

Le fait numérique

Parmi les transitions notables que vit l'industrie, le tournant numérique sur lequel les chercheurs se sont concentrés, remarquant une augmentation substantielle des revenus du digital : de la vente d'albums en MP3, à l'écoute en streaming.

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Pourcentage des revenus du "numérique" dans le total de la musique enregistrée (Crédit Image)

Tout ça pour aboutir à une conclusion massive (et qui vaut le coup d'être soulignée) : pour la première fois depuis 1999 la vente de musique a augmenté. Et le numérique y est pour quelque chose.

Contre les fausses évidences

Le dernier pan du rapport concerne quant à lui les pratiques de partage des internautes et appelle à une redéfinition du concept de "copyright" et notamment la révocation de son indexation individuelle.

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Ainsi les auteurs évoquent plusieurs éléments :

  • Il n'y pas un "seul" auteur valable d'une oeuvre d'art. Certaines initiatives ont pour dessein la reconnaissance collective de la paternité de l'oeuvre.
  • Il existe des manières de produire et de distribuer du contenu en ligne qui ne reposent pas sur la propriété privée des oeuvres.
  • Le téléchargement n'est pas forcément un "danger" mais plus une innovation dont le secteur doit tirer parti. Plus qu'une pratique "déviante", les chercheurs identifient le tout comme une transition sociétale, vers la culture du "partage".
  • Reste donc à l'industrie phonographique à s'adapter à ce nouvel élément. Et comme l'a prouvé l'exemple du Sud-Coréen Psy (cité par les chercheurs), les revenus de la vente de musique ne sont pas les seuls débouchés pour un artiste. Loin de là.

Et enfin, comme d'autres avant eux, les chercheurs remarquent une "non corrélation" entre le téléchargement illégal et l'état du secteur. Ils rappellent un élément fondamental : ceux qui téléchargent le plus sont aussi ceux qui rapportent le plus d'argent au secteur par leurs achats de chansons ou de places de concert.

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Par Tomas Statius, publié le 07/10/2013

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