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Disparition de HR Giger, l'artiste qui a donné corps à Alien

Publié le

par Constance Bloch

L'artiste suisse Hans Ruedi Giger, concepteur de la créature des films Alien, est décédé des suites d'une chute à l'âge de 74 ans. Il laisse derrière lui un univers à la teinte bien particulière.

HR Giger, maître de l'art biomécanique, père d'Alien et de la Mutante, concepteur de pochettes d'albums terrifiantes et tisseur de cauchemars.

Ce matin, la télévision suisse SRF a annoncé la disparition de Hans Ruedi Giger, l'un des artistes suisses les plus effrayants, à l'âge de 74 ans. Il est connu du grand public pour avoir donné vie à l'une des créature les plus monstrueuses du cinéma de la fin du XXème siècle. C'est en effet sous ses pinceaux qu'est né le fascinant Alien du film culte de Ridley Scott sorti en 1979, pour lequel il reçoit d'ailleurs l'Oscar des meilleurs effets spéciaux un an plus tard.

Mais HR Giger a bien plus d'une corde à son arc. Plasticien, graphiste, illustrateur et sculpteur... Avant cela, en 1975,  il est approché pour travailler sur  l’un des films non réalisés les plus célèbres du cinéma : l’adaptation du roman de SF Dune de Frank Herbert par le cinéaste Alejandro Jodorowsky. Il travaille sur le projet pendant deux ans avant qu'il ne soit finalement abandonné en raison d'un budget démentiel. Mais le style du jeune Giger n'a laissé personne indifférent et il est vite remarqué pour l'aventure Alien.

Né à Coire, en Suisse, le 5 février 1940, c'est dès son plus jeune âge que HR Giger se passionne pour les créations fantastiques et surréalistes. Après le lycée, il choisit d'embrasser des études d'architecture et de dessin industriel et exerce quelques années en tant que décorateur d'intérieur. Se sentant très vite à l'étroit dans ce métier, il décide rapidement de tenter sa chance et devenir artiste à temps plein. Il se lance alors dans le cinéma à travers plusieurs courts métrages documentaires restés confidentiels.

En parallèle, il développe un univers peuplé de créatures fantasmagoriques et cauchemardesques, et signe des oeuvres mêlant organique et mécanique à la lisière entre deux mondes. Une nouvelle forme d'art qu'il qualifiera de biomécanique, et qui s'inspire directement du mysticisme des peintures de Gustave Moreau, de l'architecte Hector Guimard et du surréaliste Hans Bellmer.

Hormis le premier volet d'Alien, la participation de Giger à d’autres films se limite au médiocre Poltergeist 2, sorti en 1986 et il travaille aussi sur une attraction de Disneyland, Captain EO, qui ouvre également en 1986, en créant la Spider Queen et sa planète biomécanique. L'un de ses travaux les plus célèbres reste celui qu'il effectue dix ans plus tard pour le long métrage La Mutante réalisé par Roger Donaldson. Il crée ici une créature aussi fascinante que mortellement dangereuse, pour une série B encore mythique aujourd'hui.

Aperçu du bar Giger (Crédits image : Panoramio)

Plasticien, graphiste, illustrateur et sculpteur... son œuvre lui a offert une reconnaissance internationale. De nombreuses rétrospectives lui ont été consacrées, et en Suisse, un musée (en ligne par ici) lui est dédié depuis 1998 à Gruyère et en face duquel un café est entièrement décoré de sculptures biomécaniques. Des sièges, au bar, en passant par la voûte.

Dernièrement, l'artiste a été consulté de nouveau par Ridley Scott pour participer à l'esthétique globale de Prometheus, et il a été interviewé pour le film Jodorowsky’s Dunedirigé par Frank Pavich, qui revient sur l'échec d'adapation de Jodo dans un documentaire qui s'annonce tout bonnement génial.

Une empreinte dans la musique

Le maître est également révéré dans le monde de la musique : c'est à lui qu'on doit nombre de travaux passés célèbres, notamment dans le monde du metal. Mais le Suisse commence raisonnablement par travailler pour les sages Emerson, Lake & Palmer, pour qui il réalise la pochette de l'album Brain Salad Surgery en 1973.

Sa patte sombre et son style "biomécanique" ne le quitteront jamais vraiment : Giger pose son empreinte dans la discographie du tentaculaire Magma avec Attahk en 1978, mais aussi de Deborah Harry avec la dérangeante pochette de son album solo KooKoo.

KooKoo, la pochette réalisée par Giger pour Deborah Harry

Finalement, il pose largement les pieds dans le plat dans un genre musical tout à fait approprié à son style frissonnant : Giger réalise de nombreux travaux pour des artistes de metal. Parmi ses faits d'armes les plus notables, le visuel de l'album To Mega Therion du groupe suisse Celtic Frost et qui représente un démon utilisant un crucifix comme lance-pierres.

Mais le regretté artiste a également signé le design du pied de micro d'un métalleux : celui de Jonathan Davis, chanteur des Californiens de KoRn. Luxe nécessaire, le leader ne l'a d'ailleurs jamais quitté depuis.

Il a également réalisé la pochette de l'album Heartwork de Carcass, un disque qui préfigure le death metal à la suédoise et apporte une renommée au groupe dont il ne s'est plus départi. Peut-être l'étrange visuel conçu par Giger pour orner ce disque y est-il pour quelque chose.

Article écrit en collaboration avec Theo Chapuis

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