Comment Homeland s'est fâchée avec l'Iran, le Liban, le Venezuela et maintenant le Pakistan

Alors que la saison 4 d'Homeland vient de s'achever, elle fait déjà polémique au Pakistan. Ce n'est pas la première fois que la série suscite de vives réactions. Retour sur les multiples controverses d'un show très à l'américaine.

La saison 4 d'Homeland s'est achevée le 22 décembre dernier sur la chaîne Showtime et a déclenché la colère du Pakistan. Les diplomates pakistanais reprochent à la série de donner une très mauvaise image de leur pays et surtout de sa capitale Islamabad, comme le rapporte le New York Post.

C'est dans cette ville que se passe principalement l'action de cette dernière saison et que l'héroïne Carrie Mathison traque les terroristes. Seulement, Islamabad est montré comme un endroit très hostile alors que ce n'est pas le cas selon le porte-parole de l'ambassade pakistanaise, Nadeem Hotiana :

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Islamabad est une ville calme, pittoresque avec de belles montagnes et une végétation luxuriante. Dans Homeland, la ville est montrée comme un endroit infernal et une zone de guerre où on entend des cris et où les bombes explosent laissant des cadavres éparpillés partout. Rien n’est plus éloigné de la vérité.

Et il faut savoir que le tournage n'a pas lieu au Pakistan mais à Cape Town en Afrique du Sud.

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"Une insulte aux sacrifices des Pakistanais en guerre contre le terrorisme"

L'autre reproche des Pakistanais envers la série américaine est l'utilisation erronée de l'ourdoue, langue officielle du pays. Les accents ne seraient pas bons et les habitants parleraient trop comme des américains, ce qui participe au non-réalisme des situations.

Plus grave, les insinuations sur les relations entre le Pakistan et les terroristes ont du mal à passer :

Les insinuations répétées sur l’agence de renseignement pakistaine qui protégerait plus les terroristes que les civils pakistanais sont non seulement absurdes mais constituent également une insulte aux sacrifices des milliers de Pakistanais chargés de la sécurité du pays et qui sont en guerre contre le terrorisme.

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Le Pakistan rappelle qu'il est pour la démocratie et qu'il n'a jamais cautionné les dictateurs qui dirigeaient auparavant le pays. Et surtout, qu'il ne méprise pas l'Amérique et ses valeurs. "Dénigrer un pays partenaire et proche allié des États-Unis fait du tort à la sécurité du territoire et du peuple américain", ajoute Nadeem Hotiana avant de dire qu'il suffisait seulement de faire des recherches pour ne pas commettre de telles erreurs.

Les diplomates se sont plaints directement aux producteurs du show, qui n'ont pour l'instant fait aucun commentaire.

À chaque saison sa polémique

Adaptée de la série israélienne Hatufim, ce n'est pas la première fois que la série aux 31 Emmy Awards se retrouve au centre d'une polémique. Le début de la saison 2 notamment avait rendu furieux le Liban. L'épisode 2 intitulé "Beirut is back" ("Beyrouth est de retour") avait fortement déplu au ministre du Tourisme libanais, Fadi Abboud, qui voulait déjà porter plainte, comme l'avait souligné Le Figaro

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L'image véhiculée par cet épisode faisait de la ville un endroit dangereux et rempli de clichés. Pourtant, Beyrouth est une destination désormais touristique et réputée qui veut gommer les périodes sombres de son histoire. Fadi Abboud déclare à ce sujet :

Je dépense des millions pour des campagnes dans les médias occidentaux destinées à effacer l'association subconsciente entre l'évocation de Beyrouth et celle de la Kalachnikov et de la guerre. Un épisode comme celui-ci, regardé par des millions de téléspectateurs, anéantit tous ces efforts alors qu'il ne repose que sur des mensonges.

Un article d'Hela Khamarou pour l'Obs s'applique à démonter un à un les clichés véhiculés par cette deuxième saison. Non, Beyrouth n'est plus en guerre comme le montrent certaines scènes. L'héroïne Carrie Mathison (Claire Danes) se sent obligée de porter un voile et de se teindre les cheveux en brun alors que seulement 25% des Libanaises sont voilées et qu'elles cherchent plutôt à correspondre aux standards de la beauté occidentale. Et non, le quartier d'Hamra n'est pas en ruines.

Encore une fois, la journaliste suggère aux créateurs de la série de faire des recherches.

Homeland beyrouth

Carrie Mathison (Claire Danes) brune à Beyrouth. © Showtime

Saison 3, nouvelle polémique. Cette fois-ci, c'est l'Iran qui n'est pas très content. Une scène montre Brody (Damian Lewis), en Iran, qui se déclare responsable de l'attentat perpétré contre la C.I.A à la fin de la saison 2. À cette nouvelle, les habitants se réjouissent et font de Brody un héros.

Seulement, cette image peut véhiculer une mauvaise opinion des Iraniens, comme l'explique à The Wrap Fawaz Gerges, spécialiste du Moyen-Orient et professeur en relations internationales à Londres :

Dépeindre l'Iran et les Iraniens comme des terroristes, des êtres violents et sournois, renforce l'image que les Iraniens se font de l'Amérique qu'ils voient comme une nation hostile et qui n'est pas digne de confiance.

Le Venezuela n'avait pas apprécié non plus que la "Tour de David" située à Caracas soit montrée comme un squat géant rempli de trafiquants de drogues.

Les États-Unis vs le reste du monde

En plus de ces polémiques, Homeland a été accusée de nombreuses invraisemblances par le correspondant de guerre Fred Kaplan par exemple. Selon lui, il est impossible d'envoyer un sms au Pentagone comme le fait Brody dans un épisode. Il est également fortement improbable que Brody, qui n'est qu'un marine, réussisse à convaincre un secrétaire d'État qui agit sous les ordres présidentiels, et qu'il ait accès à une salle gardée du Pentagone où une opération est en cours.

Il y a une tendance de la part d’Hollywood à réduire le reste de l’humanité à ce que l’on pourrait appeler les autres, que ce soit avec les Russes, les Chinois, les Vietnamiens [...]. C’est une tendance très destructrice", ajoute Fawaz Gerges.

En effet, l'Amérique n'est pas vraiment connue pour être subtile et adepte de la vraisemblance. Elle se place souvent seule contre les autres pays dans les nombreuses fictions qu'elle réalise et qui provoquent inévitablement des réactions souvent outrées. Cela a récemment été le cas pour les films The Interview qui a tant déplu à la Corée du Nord, et Exodus jugé raciste et inexact. En 2012, Zero Dark Thirty n'avait pas non plus fait l’unanimité, Kathryn Bigelow étant accusée de faire l'apologie de la torture.

Du côté des séries, 24 heures chrono a fait couler pas mal d'encre notamment à cause de sa représentation de la torture et des méthodes peu orthodoxes de son héros Jack Bauer. Récemment, la série Alice in Arabia, qui devait être diffusée sur ABC, a été annulée car jugée raciste. L'histoire racontait l'enfer vécu par Alice, kidnappée par sa famille saoudienne et obligée de porter le voile. Le pitch a suffi à enflammer Twitter et à faire reculer la chaîne. Autre exemple, la série The Pacific produite par Steven Spielberg et Tom Hanks n'avait pas plu à la Turquie.

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Des images du 11 septembre visibles dans le générique d'"Homeland" rappellent le fort traumatisme causé par cet événement sur l'Amérique © Showtime

Homeland n'est pas si tendre avec les États-Unis

Ce côté manichéen des États-Unis dépeints comme les sauveurs de l'humanité face aux autres pays, les méchants, est à nuancer quelque peu pour Homeland.

Tout d'abord, les créateurs de la série montrent que l'Amérique se trompe souvent et est loin d'être au-dessus de tout soupçon. Une attaque américaine de drone tue des enfants dans la saison 1. Au début de la saison 4, une bombe est lancée sur une tente où se déroulait un mariage, assassinant des civils.

Rappelons enfin qu'Homeland est une fiction donc un divertissement. Même si l'histoire peut évidemment s'inspirer de faits réels, les créateurs n'ont jamais prétendu réaliser un documentaire.

L'intérêt réside aussi dans les histoires secondaires et les relations de Carrie avec Brody, Quinn, ses difficultés à gérer ses émotions et son nouveau rôle de mère qui ont livré des scènes remarquables qu'il serait dommage d'oublier.

Par Fanny Hubert, publié le 29/12/2014

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