1968, Paris, France — French singer and songwriter Serge Gainsbourg. — Image by © Tony Frank/Sygma/Corbis

Hey Gainsbourg, sais-tu à quel point le hip-hop US t'a samplé ?

Voilà vingt-cinq ans que Serge Gainsbourg nous a quittés. Cher facteur, merci de bien vouloir lui remettre cette lettre, pour qu'il sache à quel point le hip-hop US s'inspire de ses œuvres, jusqu'à tout récemment. Ce n'est pas une nouveauté, mais il est important de le rappeler, à travers des exemples fraîchement publiés.

Serge Gainsbourg.

Serge Gainsbourg.

Salut Serge,

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Désolé de te déranger, tu dois sûrement être posé, bien entouré, un bourbon au ginger ale dans une main, une Gitane dans l'autre. Mais il faut que je te montre quelque chose.

Voilà maintenant vingt-cinq ans, un 2 mars 1991, que tu nous as quittés. Et même si tu nous avais prévenus que tu t'en allais, ta voix, elle, continue de subsister.

Inutile de te rappeler que tu étais un génie, un précurseur, un artiste incontournable, tant par tes frasques que tes textes, tant par ton personnage que ta musique. Tu semblais n'avoir aucun tabou lorsque tu écrivais, lorsque tu chantais ; désinhibant les langues, révolutionnant la chanson française.

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Tu as été un homme d'influence, qui a embrassé toute une époque et dont le puissant baiser continue aujourd'hui de parcourir le corps de la musique hexagonale, s'exportant jusqu'à l'international.

Serge, toi qui as inspiré de nombreux artistes (et qui en as pompé des tas, de Beethoven au Nigérian Babatunde Olatunji), sais-tu que même les rappeurs américains te reprennent ? Sais-tu à quel point le hip-hop US a samplé bon nombre de tes œuvres ? Le hip-hop, que tu as à peine connu, ayant été spectateur de ses balbutiements, de ses premiers pas, avant de quitter ce monde à l'aube de la démocratisation de la discipline. Mais le hip-hop, lui, te connaît bien. Et son rap te remercie.

Vois et écoute ça

Ton influence est illustrée en deux étapes. La première : un documentaire vidéo, réalisé par Gasface. Il met à l'honneur un homme que tu connais bien, un ami que tu as rencontré à Londres alors que tu n'étais pas encore aussi connu du grand public, un auteur-compositeur-interprète et arrangeur avec qui tu as travaillé sur l'album Melody Nelson : Jean-Claude Vannier.

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Lui aussi, sa musique continue d'être reprise. Beaucoup de morceaux sur lesquels vous avez collaboré sont utilisés dans l'industrie musicale, certains ayant été samplés par le hip-hop d'outre-Atlantique. Vois un peu :

La seconde étape pour démontrer ton influence aujourd'hui : une "audiobiographie", finement concoctée par DJ Green Giant. Un mix qui met à l'honneur la chanson française samplée par le hip-hop US.

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Une bande-son de 40 minutes, qui montre à quel point la maison construite par l'équipe de production composée de Alain Goraguer, Michel Colombier, Jean-Claude Vannier et toi-même a récemment été squattée par des artistes rap tels que Dr. Dre, Prince Paul, Madlib, Curren$y ou Eminem... – Nas ou encore Busta Rhymes les avaient précédés.

Pour la liste des titres de cette mixtape, rendez-vous sur ce thread Reddit 

L'une des reprises les plus flagrantes et les plus récentes est celle d'Eminem et Dr. Dre, sur le titre "Crack a Bottle". Ce morceau ne te concerne pas, puisque les deux artistes ont samplé un titre de Mike Brant, "Mais dans la lumière", produit par ton ami Jean-Claude Vannier. Mais ne t'en fais pas, toi aussi tu es largement concerné.

Que ce soit par Busta Rhymes ou Guilty Simpson, inspirés par ton "Homme à la Tête de Chou" ; Method Man & Redman, apôtres de ton "Requiem pour un Con" ; ou encore De La Soul, plus branchés "Ah ! Melody"... Les exemples abondent. Je te laisse découvrir les oeuvres, dont tu es l'auteur, qui ont déteint sur le rap US.

Sache qu'ici-bas, l'existence de ta musique est éternelle, aussi éternelle que ton repos. Un repos que je te souhaite de savourer en paix, Lucien Ginsburg.

Article publié originellement le 8 août 2014

Par Rachid Majdoub, publié le 02/03/2016

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