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Avec "Brown Sugar", les Girls Do It Better ravivent la flamme du R'n'B

Depuis 2014, les Girls Do It Better nourrissent Paris de leurs soirées hip-hop et de leur élégance féline. À présent, elles dévoilent leur tout premier projet musical – et nous prouvent qu'en matière de R'n'B, les Françaises n'ont rien à envier à leurs voisines américaines.

© Girls Do It Better

Lil' Felisha, Khenndrah et Rainbow. (© Girls Do It Better)

Elles s'appellent Khenndrah, Yamiko, Rainbow, Lil’ Felisha, Bibi Seck ou Echo, elles sont DJ's, productrices ou chanteuses, et elles forment ensemble le crew Girls Do It Better. Elles sont jeunes (entre 19 et 26 ans), elles sont talentueuses, et elles ont fait de Paris leur terrain de jeu.

Un terrain joyeux et coloré, qu'elles ne cessent de galvaniser en organisant des soirées hip-hop, en capturant l'effervescence de la jeunesse parisienne ou de la Fashion Week aux côtés des New-Yorkais de chez V Files, et en défilant chaque jour dans leurs tenues flamboyantes, qui sont tantôt composées de doudounes Fila et de TN, tantôt de talons hauts et de manteaux JOUR/NÉ.

Passionnées par la musique, ces jeunes femmes déterminées viennent aujourd'hui de dévoiler leur tout premier projet musical : "Brown Sugar." Un titre reminiscence du R'n'B de la fin des années 1990, qui évoque la puissance féminine, et disponible sur l'EP "Market Crash" du producteur français Nxxxxxs. L'occasion pour nous de discuter avec Khenndrah, l'une des cofondatrices des Girls Do it Better, pour en savoir plus sur ce crew 100 % féminin – avec lequel il faudra désormais compter.

"Soutenir des femmes qui prennent des risques"

Comment est né Girls Do It Better ?

Girls Do It Better est né début 2014. L'idée, c'était d'avoir un collectif composé uniquement de femmes, dans le but de se soutenir mutuellement dans nos activités professionnelles, qui touchent à plusieurs domaines artistiques.

Peux-tu me présenter les filles qui composent Girls Do It Better ?

Aujourd'hui, nous sommes une petite dizaine dans le collectif, et ça ne fait que s'accroître tous les jours car nous aimons recruter de jeunes artistes. Yamiko et Bibi Seck sont DJ's et productrices ; Rainbow, Echo et Lil' Felisha sont chanteuses ; et en ce qui me concerne, je joue sur les deux tableaux (chanteuse et DJ).

Vous vous faites appeler Khenndrah, Yamiko, Rainbow, Lil’ Felisha, Bibi Seck ou Echo... Pourquoi s’être créé d'autres identités, de nouveaux personnages ?

Ce ne sont pas tellement d'autres personnalités, ou de nouveaux personnages ; je dirais que c'est simplement une partie de nous-mêmes que nous souhaitons mettre en avant artistiquement. On peut dire que ce sont les meilleures versions de nous-mêmes !

Vous avez toutes une image et un look très forts. Qui sont les femmes qui vous inspirent au quotidien ? Je crois que vous avez été pas mal bercées par la culture hip-hop US des années 1990/début 2000…

On est toutes nées entre 1990 et 1997, du coup effectivement, les années 1990 et 2000 influencent beaucoup notre quotidien. Sans citer d'artistes en particulier, il s'agit surtout d'une culture dans laquelle on a baigné, et qui fait aujourd'hui partie de notre ADN.

Les femmes qui nous inspirent au quotidien ne nous paraissent pas inspirantes par rapport à leurs manières de s'habiller, mais à leur manière de se comporter. Nous aimons beaucoup les artistes engagées, et ce peu importe leur style. C'est important pour nous de soutenir des femmes qui prennent des risques, et qui soutiennent les autres femmes à travers le monde.

"En 2016, la femme française est d'ici et d'ailleurs"

Pour beaucoup, la femme française est incarnée par Jane Birkin, Brigitte Bardot ou Charlotte Gainsbourg. Pour vous, c’est quoi la femme française ?

Pour nous aussi c'est le cas, et on aime beaucoup cet aspect de la France : simple et chic. En revanche, ce n'est sûrement pas la représentation de LA femme française. En 2016, la femme française est d'ici et d'ailleurs, c'est indéniable.

Cette année aux États-Unis, il y a eu beaucoup d’artistes qui ont, à travers leur art, réaffirmé la valeur de l’identité noire, je pense notamment à Beyoncé, Kendrick Lamar, Solange ou Alicia Keys… Est-ce que c’est une dynamique dans laquelle vous vous inscrivez, en tant que jeunes femmes noires et brown ?

Solange est l'une des premières de notre génération à avoir revendiqué ses origines africaines à travers sa musique, ses clips, etc. – contrairement à sa grande sœur Beyoncé, qui a plutôt suivi le mouvement. En ce qui concerne cette dynamique, évidemment, on y est très attaché. Le fait que les stars américaines en parlent ouvertement aujourd'hui, on trouve ça génial. Mais ça ne nous concerne pas pour le moment.

En France, on a aussi énormément de problèmes à cause de notre couleur de peau, je pense notamment à Adama Traoré, à Zyed Benna et Bouna Traoré, ou encore mes frères du Luth qui se font malmener tous les jours par les forces de l'ordre... Bref, on ne peut ni le nier ni fermer les yeux face à la souffrance de notre propre peuple, alors oui effectivement, c'est un sujet qui nous tient à cœur.

Le morceau "Brown Sugar" en parle d'ailleurs de façon plus légère. On a aussi choisi nos tenues en fonction de ça : dans le clip, on peut nous voir en Gueras Fatim, la marque d'une femme noire très talentueuse, ou encore en JOUR/NÉ, une marque française en partie créée par des femmes. C'est le cœur de notre collectif.

"Mettre en avant la youth generation du monde entier"

Justement, comment est né ce projet de musique et de clip ?

On travaille beaucoup avec NxxxxxS depuis les débuts du collectif, surtout sur notre résidence au Social Club (RIP !). Un jour, on traînait sur son SoundCloud et on a entendu le morceau : ça nous a tout de suite inspirées avec Rainbow et Lil' Felisha ! On lui a envoyé une démo qu'il a faite écouter à Espiiem, le fondateur du label Orfèvre, et c'est là qu'ils nous ont proposé de réaliser le morceau pour l'EP "Market Crash" !

Vous venez également de lancer votre média, The Northside Issue. Tu peux m'en dire plus ?

Yamiko, qui a créé le collectif Girls Do It Better avec moi, a également créé son propre média avec deux photographes. Nous sommes quatre au total. L'idée de The Northside Issue est de mettre en avant la youth generation du monde entier (en commençant par l'Europe) à travers des photos uniquement en argentique, et des vidéos. C'est un analog media qui allie parfaitement le charme des photos retro à la dynamique moderne des artistes actuels.

La musique, la mode, la photo, la vidéo… on ne vous arrête plus ! Y a-t-il d’autres domaines que vous aimeriez conquérir, dans un futur plus ou moins proche ?

Non, je ne pense pas... En tout cas, pour le moment, ce sont les domaines qui nous ont toujours fait rêver et donné envie. Donc on pense faire plus de vidéos et rester dans ces domaines-là le plus longtemps possible !

© Girls Do It Better

© Girls Do It Better

Retrouvez les Girls Do It Better sur Instagram et Facebook.

Par Naomi Clément, publié le 09/11/2016