Get Your Gun : "Beaucoup disent qu'on sonne comme les débuts de Nick Cave"

Get Your Gun, c'est une poignée de Danois versés dans une folk brut et obscure et bercée par une voix profonde. Avant de les (re- ?)découvrir sur scène jeudi 30 octobre à Paris, voici quelques mots recueillis en entretien. On navigue en eaux troubles, quelque part entre Nick Cave, la noirceur de la country et le Danemark, ce "si petit pays".

(Crédits image : Vytenis jurevičius)

Andreas Westmark, ce grand boute-en-train (Crédits image : Vytenis jurevičius)

Deux pleines pages dans Libération et la première partie d'Archie Bronson n'ont pas donné envie aux Danois de Get Your Gun de déposer les armes. La formation, balayée par une mélancolie nordique et des réminiscences rock, se déploiera se jeudi à l'International comme les cavaliers de l'Apocalypse.

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Les frères Westmark, Andreas, 24 ans, leader-chanteur-guitariste et Simon, 20 ans, batteur (rejoints sur cette tournée par le bassiste Mark Kühn, 26 ans) sont les auteurs de The Worrying Kind, un album où la tension procurée par les lignes de guitares se révèle palpable comme un frisson qui parcourt le dos.

Une invasion de riffs étourdissants, de psalmodies, de confessions mélancoliques, sombres et puissantes. Les ondes de leurs singles "Black Book" ou "Call Me Rage" feront d'Halloween la messe noire tant attendue qui se jouera de nos émotions sans relâche. Une expérience qui respire l'aura de Nick Cave, d'une base rock pur et dur transformée en folk pleine d'amertume.

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K | J'ai beaucoup écouté votre album The Worrying Kind mais avec une certaine perplexité au début, ne sachant comment vous définir. Vous empruntez à la fois au rock de Nick Cave, un tantinet au stoner, au folk et à la noise...Mais au delà des genres, qu'est-ce qui selon vous définit réellement votre son ?

Andreas (chanteur-guitariste) : C'est une sorte de rock très noir, lent et noisy avec beaucoup de répétitions afin de donner une espèce de cadence. C'est vrai, on touche un peu au stoner rock tandis que beaucoup de gens disent qu'on sonne comme les débuts de Nick Cave. Pourtant quand on a commencé à jouer ensemble on n'avait aucune idée du style que l'on voulait et où cela nous mènerait. La réalité est que lorsque l'on a commencé à composer, on ne savait pas quel chemin emprunter. Une chose est sûre, c'est du rock lent, lourd et sombre.

Simon: On joue avec les répétitions, ce qui ajoute une cadence et une tension voulues. Lent, lourd...mais allant de soi.

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K | J'ai réutilisé une expression qui revient pas mal à votre sujet :  "Nordique Mélancolie", c'est cliché ou cela vous semble-t-il bien vous coller à la peau?

Andreas : Si, définitivement. Notre musique est très noire et on met toute notre attention à ce que cela soit aussi noir qu'intense. On veut créer ce lien entre un rock puissant et fort ainsi qu'une intensité personnelle qu'on souhaite y amener. Car tout est une question de tension. Une tension quasi-psychanalytique entre les parties lentes et celles plus lourdes. Cette ambiance vient certainement de nos origines danoises. Il n'y a pas tellement de gens chez nous, c'est un petit pays pour le rock que l'on joue. Lorsque tu ne joues pas au football ou autres, tu es un peu à l'écart.

Cette idée de ne pas rentrer dans les codes classiques de notre société doit avoir eu un effet sur nous, même si on ne se sent pas pour autant exclus de notre pays. Au contraire, cette sensation forme presque un tout. C'est difficile de se regarder avec assez de recul... mais je crois que l'on ne sonne pas comme un groupe venant d'une métropole. Si l'on venait de Copenhague, on ne sonnerait pas comme aujourd'hui. On vient d'une petit ville du nord du Danemark, elle doit faire partie de nous en quelque sorte.

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K | Vous vous produisez en concert le 30 octobre à Paris, c'est une des dernières dates de votre tournée pour l'album. Comment abordez-vous la scène ?

Andreas: On avait vécu un avant-goût de cette tournée en venant aux Transmusicales de Rennes l'année dernière puis en jouant avec Archie Bronson en juin dernier au Nouveau Casino [de Paris, ndlr]. A l'époque des Transmusicales nous étions une jeune formation. Nous avions à peine un EP et maintenant nous revenons avec un album. Simon, qui est âgé d'à peine de 18 ans devait réaliser son deuxième concert... et encore !

Depuis, on a tourné en Russie, dans notre pays, et surtout en Scandinavie, dans plusieurs grands festivals là-bas... en fait de la Belgique à la Norvège. La plupart du temps dans l'Est et le Nord, alors maintenant que l'album est bien accueilli en Finlande on a envie de voir comment cela peut évoluer ailleurs.

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K | Revenons à votre disque. Vous avez aussi des tentations folk sur cet album avec les chansons "Sea of Sorrow" ou "The Worrying Kind" : tu peux nous en dire plus ?

Andreas : J'aime vraiment la country et je pense que les gars et moi on est tous des fans de ce genre, tout comme on est de grands fans de Nick Cave. Ce qui est fou, avec cette musique, c'est qu'elle recèle souvent les paroles les plus tristes que tu n'aies jamais entendues derrière une musique simple, balancée à la guitare folk et quelques airs délicatement sombres. Ce que je veux dire, c'est que la musique n'est pas forcément triste. Mais le fond est extrêmement noir. Il y a beaucoup d'honnêteté dans la country et la folk. Il y a aussi beaucoup d'histoires et ça me plait également d'en raconter.

K | Du coup, quels sont vos artistes folks du moment ?

Andreas : J'écoute pas mal cet Américain qui fait de la folk : Timber Timbre, c'est excellent.

Simon/batteur : Je suis assez fan du projet solo de Rowland S. Howard [Pop Crimes, ndlr]. C'était le guitariste de Nick Cave dans le groupe post-punk australien The Birthday Party.

K | Ces titres plus folk, plus "calmes", sont-ils là pour donner un équilibre à The Worrying Kind ?

Andreas : Non, on ne sentait pas forcément le besoin de contrebalancer certaines ambiances lourdes, on n'a pas réfléchi à un équilibre particulier sur cet l'album. C'est naturel. Comme tout est dans la tension, même les chansons calmes en regorgent ! Comme le dernier morceau, "Tender Lies". Et tu sais, on n'a jamais été un "one, two, three, four rock band" ! Le titre qui nous définit peut-être le mieux est "The Worrying Kind". C'est le plus long de tout l'album et l'on ressent toute cette tension qui explose à la fin.

Get Your Gun, tellement Danois

Get Your Gun, si Danois

K | Justement, quel est votre secret pour créer cette ambiance si singulière ?

Andreas : Principalement car on ne change pas régulièrement nos cordes. On utilise trois cordes au plus. Sincèrement, cela a l'air idiot, mais ça impacte beaucoup. Et il y a aussi cette idée d'explorer une chose, un élément musical, un thème qui m'appartient. J'aime approfondir, au lieu de passer à quelque chose d'autre, de plus frais.

De ce fait, tu t'engouffres tellement que tu y plonges aussi avec la musique. Cela devient difficile. D'ailleurs, cette atmosphère se crée davantage en réaction aux sonorités et à la tension dont regorgent les compositions que par les structures et les breaks. Et honnêtement, c'est simple. Bien sûr, on pense toujours à ce que l'on fait techniquement, on veut jouer correctement quand on enregistre, on est pas un jam band non plus. Mais on ne s'accroche pas à la technique au point de ne rien lâcher jusqu'au dernier détail. Ce n'est pas le but.

Le but n'est pas que ce soit parfait, mais plutôt sous pression. On joue de nos instruments jusqu'à prendre le meilleur. C'est pourquoi parfois on aime qu'une chanson s'en aille d'elle même. Mais c'est paradoxal : la musique en elle-même est l'idée de perdre le contrôle, alors que tout est sous contrôle.

K | Tout comme vos paroles ?

Andreas : Oui, voilà. Parfois je sais exactement de quoi va parler un titre et parfois je ne sais vraiment pas. Je le découvrirai plus tard ou dans une autre situation. Dès la première phrase il arrive que je sache où cela va me mener. Parfois les meilleures paroles sont celles qui ne sonnent pas juste de prime abord. Alors j'essaie de ne pas réfléchir, mais simplement d'utiliser mon inspiration et juste de trouver cet espace d'insécurité intérieure et de l'ouvrir aussi longtemps que cela peut me prendre afin décrire les textes de mes chansons.

J'aime lâcher des éléments pour que les gens puissent ensuite construire une histoire d'eux-mêmes. Je n'aime pas le faire à leur place. Ce que j'écris a bien sûr du sens pour moi, mais tout n'est pas personnel ou significatif. Dans Get Your Gun, le sujet principal des paroles reste l'existence en général, comme dans le titre "The Worrying Kind".

K | "The Worrying Kind", d'ailleurs, renvoie à une image très défaitiste. Peux-tu nous décrypter le titre ?

Andreas : La frustration que concentre notre société moderne me fascinait pendant l'écriture de cette chanson. Cette chanson est à propos de tout ce dont on doit s'inquiéter. Autant pour moi personnellement que pour chacun d'entre nous ! On n'a jamais été un groupe politique, les faits de société nous inspirent à la façon d'un fléau permanent.

Tout ce qui nous entoure, je n'en ai pas vraiment conscience mais inconsciemment cela respire dans mes textes. Ce titre, ce qu'il révèle, c'est un sujet universel. Que je ressens ainsi, c'est presque un concept. Je pense qu'on a tellement de choses auxquelles s'inquiéter. Certaines sont là, à stagner depuis longtemps, d'autres sont tabous. Je pense que le plus gros tabou de notre société est l'éducation. J'ai l'impression que l'on ne peut pas parler sans être jugé de tout ce qui nous oppresse, de cette agressivité que l'on à l'intérieur de nous. On ne doit pas en parler et tout laisser de côté.

K | Dans la vidéo de "Black Book", l'atmosphère est brumeuse, mais aussi calme et grandiloquente, avec des images fortes en symbolique. Quelle place occupe l'image pour Get Your Gun ?

Andreas : Je suis plus naturellement à l'aise avec l'image que le son. Même si je n'ai pas de bagage technique en la matière, j'aimerais vraiment en faire plus. Cela coûte cher, certes, mais l'impact est tellement fort qu'il m'attire. Tout comme le rôle de l'image en live. Lorsqu'un live peut être à la fois écouté et regardé, c'est tellement plus prenant. Des études parlent même d'individus se faisant tromper par l'image lorsqu'ils écoutent tel ou tel son. Les scientifiques étudient ce lien. Je trouve que c'est fascinant. La musique peut accentuer le pouvoir du visuel, c'est une expérience cinématique et à la fois psychologique tellement géniale !

Pour la vidéo de "Black Book", on a fait un brainstorming. On voulait vraiment quelque chose qui reflète des sensations et impressions, on ne voulait pas d'une histoire sensée, mais des scènes très fortes qui reflètent cette tension. Certaines images se répètent et d'autres non. Elles sont venues dans cet ordre, sans que ce soit intentionnel. Au final, c'est devenu presque un récit sans storyboard. J'aime beaucoup le résultat et les espaces trouvés. C'était assez épique. L'expérience me prouve qu'à l'avenir j'aimerai tenter quelque chose de plus intimiste pour un prochain clip.

Get Your Gun sera en concert à l'International de Paris jeudi 30 octobre. Leur premier album The Worrying Kind est sorti le 11 avril 2014 chez Empty Tape. Retrouvez les Danois sur Facebook ou Bandcamp (où leur disque est en streaming intégral).

Article écrit par Tiphaine Deraison

Par Konbini, publié le 29/10/2014

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