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De quoi le gabber est-il le nom ?

Publié le

par Théo Chapuis

La politique ? Ils s’en branlent. Ils veulent juste se défoncer et faire la fête.

Nike Air, ecstasy et musique : à la découverte du gabber, ce genre musical de la fin des années 80 qui fait à nouveau parler de lui à la faveur d'expositions et d'articles de presse.

La politique ? Ils s'en branlent. Ils veulent juste se défoncer et faire la fête (Crédits : Vice France)

La scène techno hardcore de Rotterdam se porte à merveille au début des années 90. À sa tête, Rob E. Fabrie, mieux connu sous le nom de DJ Waxweazle. Avec son pote DJ Paul, il enflamme le Parkzicht, un club de Rotterdam spécialisé dans cette techno extrémiste.

Leur groupe se nomme Holy Noise et intègre deux chanteurs (MC Alee et MC Ruffian) et deux danseuses. Ils enchaînent quelques tubes locaux dont "Get Down Everybody" ou le plus fameux encore "James Brown Is Still Alive".

Pas de mal à être gabber

Si ces hymnes techno sont les racines du gabber, les habitués des boîtes néerlandaises en veulent encore plus. Toujours plus. Selon eux, le style est encore trop happy et pas assez hardcore - on a tous des amis qui parlent comme ça. Nous sommes en 1991-92 et ces types-là signent l'acte de naissance du hard house, très vite rebaptisé gabber.

À la base, gabber est un mot yiddish. Il signifie "ami" ou "pote" mais est très utilisé par les Néerlandais. Il désigne ce mouvement musical lorsque DJ KC The Funkaholic invente le terme sans le savoir en répondant dans une interview :

Ils ne sont qu'une bande de gabbers qui prennent du plaisir.

Le DJ Paul Elstak lit l'article, relit cette réponse plusieurs fois, s'interroge... Puis compose ce morceau fondateur : "Gabber zijn is geen schande", c'est à dire "Il n'y a pas de mal à être gabber" dans la langue de Bob Sinclar. C'est à partir de cet instant que les fans se nomment gabbers entre eux. Ça ne s'invente pas.

C'est la grande époque des soirées Thunderdome, une franchise venue originellement d'un festival organisé en 1992 à lapatinoire du Thialf de Heerenveen, aux Pays-Bas évidemment. Au fur et à mesure des années, Thunderdome devient une véritable institution. De par ses soirées, mais aussi ses compilations, ses fringues et son esprit.

Gabber against racism

Le problème, c'est que les gabbers sont vite infiltrés par des skinheads d'extrême-droite. Puisque les gabbers sont de joyeux types arborant des sapes Lonsdale, des Air Max et des crânes rasés, le grand public ne fait pas la distinction et c'est toute la scène musicale qui subit cette mauvaise presse dès le milieu des années 90.

C'est l'heure pour certains labels comme Mokum Records d'entrer en résistance, matraquant le slogan United gabbers against racism & fascism. Peine perdue, le genre s'essouffle à l'aube du nouveau millénaire. Victime d'assignations en justice, les parrains de Thunderdome lâchent l'affaire et la vague gabber prend fin... pour l'instant.

Le retour du gabber

Dans la deuxième moitié des années 2000, un nouvel engouement pour le gabber se fait sentir. Aujourd'hui, le mouvement est vite assimilé à cette génération fucked up comme seules les années 90 en ont le secret. On note dans un article d'Echo62 que les gabbers "seraient très nombreux partout où sévit le cocktail chômage, ennui et pauvreté". Une autre façon d'écrire qu'ils sont en général vus comme de parfaits bouseux.

Sexy.

En atteste leur look : survêtements, Nike Air, bombers, lunettes rondes... Puis leur style capillaire faisant la part belle aux crânes rasés, aux fronts-hauts, voire aux mulets. Oui, en fait, les gabbers ressemblent à Die Antwoord. D'ailleurs, ils ne nient pas l'utilisation massive de drogues tels speed, ecstasy, GHB et font même de ces prises une des clés d'identification de leur mouvement.

Le gabber a aussi eu sa part de parodie. En témoigne la bande-annonce de New Kids Turbo, un road-movie à propos de quelques fans de gabber désoeuvrés en Hollande. Nul besoin de vous préciser que ce film défie tous critères de bon goût en matière de cinéma. À voir absolument.

Plus récemment la culture gabber connait une nouvelle vie. Du 1er au 3 mai dernier, le Point Ephémère accueillait une exposition autour de ce genre musical à cheval entre la Belgique, la Suisse, l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie. En France, même si le mouvement n'a jamais été aussi populaire, sa dimension culturelle est désormais réévaluée.

-> À voir : Une expo sur la culture gabber s’installe au Point Éphémère

Article écrit le 5 juillet 2013, mis à jour le 9 mai 2014

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