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Le gouvernement français veut s'attaquer au sexisme dans les jeux vidéo

Publié le

par Thibault Prévost

Life Is Strange, une réussite française. Crédit: Polygon

La secrétaire d'État chargée du Numérique, Axelle Lemaire, a réuni les acteurs du jeu vidéo français pour réfléchir à des mesures pour promouvoir une image positive de la femme.

<em>Life Is Strange</em>, une réussite française, met des personnages féminins en vedette. (© Dontnod/Square Enix).

Et si la France se plaçait aux avant-postes de la lutte pour l'égalité des sexes dans le jeu vidéo ? En mai dernier, la secrétaire d'État chargée du Numérique, Axelle Lemaire, s'est entretenue avec plusieurs responsables du secteur pour évoquer avec eux la mise en place d'une stratégie gouvernementale de promotion de la femme dans l'économie vidéoludique. Selon les informations du Figaro, le plan imaginé par la secrétaire d'État se diviserait en plusieurs volets : des aides financières accordées aux jeux "donnant une image positive" de la femme, la création d'un label de qualité, la modification du classement européen PEGI pour classer un jeu sexiste dans la catégorie "discrimination", l'incitation à ouvrir le monde professionnel aux femmes et une campagne de sensibilisation des joueurs à la tolérance.

"Le jeu vidéo connaît depuis quelques années un mouvement de fond en faveur de la place des femmes dans les studios [...] et au sein même des jeux vidéo, en réaction notamment à des polémiques violentes sur le sujet sur les réseaux sociaux", a déclaré mardi 31 mai Axelle Lemaire. Durant les débats sur le vote du projet de loi pour une République numérique (qui prévoit, entre autres, la création d'une fédération française d'e-sport), que le Sénat a adopté le 3 mai dernier, la députée Catherine Coutelle (PS) avait déposé un amendement prévoyant l'interdiction du crédit d'impôt aux éditeurs de jeux "dégradants pour les femmes". Si l'amendement n'a finalement pas été accepté, l'initiative a néanmoins fait réagir Axelle Lemaire, qui prévoirait donc de s'attaquer frontalement au problème.

Promotion, sanction, tolérance

Alors que les vagues du Gamergate n'ont pas encore tout à fait fini de s'écraser sur les forums de discussion spécialisés et que la réussite française Life Is Strange (Dontnod/Square Enix) est saluée pour ses personnages féminins (alors que les éditeurs précédents voulaient les changer en hommes), le plan de la secrétaire d'État est pour le moins ambitieux. Premier volet, donc, la promotion, avec la distribution d'aides financières aux bons élèves du jeu vidéo français, via le fonds d'aide aux jeux vidéo (FAJV)du CNC, parallèlement à la création d'un label pour identifier  les initiatives menées en faveur de l'égalité et au déploiement de bourses d'études pour, enfin, ouvrir aux femmes les portes de l'industrie du jeu vidéo. En effet, celles-ci jouent autant que les hommes, mais sont encore largement sous-représentées dans les studios.

Second aspect du plan : la sanction. En modifiant le système européen de classification des jeux PEGI pour faire entrer le sexisme dans la catégorie "discrimination", au même titre que les motifs ethniques ou religieux, la France rendrait plus difficile la commercialisation des jeux reconnus comme sexistes puisqu'ils seraient alors automatiquement déconseillés aux moins de 18 ans et interdits de publicité télévisée. Dernier volet, enfin, la sensibilisation, avec le déploiement de campagnes de tolérance directement dans les communautés de joueurs, qui "pourrait passer par des partenariats avec des youtubeurs populaires" (imaginer Le Joueur du grenier donner un cours sur la tolérance est assez marrant en soi), selon Le Figaro.

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