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Le festival pop de Monterey fête son 50e anniversaire, retour sur la première manifestation hippie

Publié le

par Chayma Mehenna

Le festival international de musique pop de Monterey, qui a inspiré Woodstock, prenait d’assaut les terres californiennes il y a 50 ans. L’occasion de revenir sur trois des grands moments de ce week-end d’amour, de paix, de révolte, de drogues et de musique.

16 au 18 juin 1967. L’Amérique connaît ses derniers instants d’insouciance. Le vernis brillant de l’American Way Of Life, ses ménagères, sa surconsommation et ses mœurs puritaines s’écaille doucement avec les revendications d’une jeunesse qui désire ardemment l’exaltation. Déjà quelques années que le rock a débarqué. Il gronde dans l’esprit débordant d’une jeune génération qui aspire à de nouvelles expériences. Celle-là même qui foule, par dizaines et dizaines de milliers, les terres de Monterey sur la côte ensoleillée de la Californie. Au programme de ces deux jours, ni le jazz du fameux Monterey Jazz Festival ni la folk du Monterey Folk Festival, d’autres rendez-vous annuels.

Les producteurs Lou Adler et Alan Pariser, John Phillips membre du groupe The Mama & The Papas ainsi que le publicitaire Derek Taylor veulent offrir au rock, alors loin d’être pris au sérieux, une légitimité. 7 courtes semaines d’organisation et c’était décidé, le rassemblement s’appellerait le festival international de musique pop de Monterey. La plupart des artistes, dont Janis Joplin et le groupe Simon & Garfunkel, montent sur scène gratuitement pour le bonheur d’œuvres caritatives. Leurs concerts s’enchaînent sans temps mort. Et ensemble, ils deviennent le miroir de changements sociaux et politiques, d’un grondement sourd qui laissait présager une explosion. Les valeurs et idées d’une contre-culture bourgeonnante tournoient dans l’air tandis que la fin du week-end annonce le point de départ de ce que l’on appelle désormais le "Summer of Love". Retour sur trois temps fort de ce premier festival hippie.

Otis Redding devant un public blanc en Amérique


Otis Redding n'est pas un pilier de la scène rock, pas de riffs de guitares électriques ou de solos de batterie acérée dans ses compositions d'une extrême délicatesse. Ce qu'Otis Redding sait le mieux faire, c'est redonner à l'origine du mot "soul" ("âme") une signification. Avec une voix qui ne connaîtra jamais d'égal, il officie dans une musique viscérale et incarnée qui hérisse les poils du corps entier. Pourtant, l'Amérique blanche n'a à cette époque pas encore eu la chance de vivre l'expérience en concert. Si aujourd'hui il nous semble évident qu'Otis Redding est la crème de la crème de la musique, cette date représentait beaucoup d'espoirs car elle lui promettait de toucher un public devant qui il n'avait jamais pu jouer auparavant. Un public majoritairement blanc dans son pays, pour la première fois. Ce soir-là, accompagné de Booker T. & the MG's, il clame : "Voici donc la foule de l'amour", touchant du doigt avec justesse l'esprit du public devant lequel il se produit. Un public acquis qu'il n'aura pas l'occasion d'apprécier longtemps puisqu'il meurt six mois plus tard au jeune âge de 26 ans dans un accident d'avion.

Le saccage de la scène par The Who

The Who font leurs premiers pas trois ans plus tôt. Si Pete Townshend et ses acolytes britanniques explosent déjà sur leur terre natale grâce à leurs titres incisifs, les États-Unis n’en entendent pas parler comme d’un mythe. S’ils jouent déjà partout en Europe, l’Amérique n’a pas encore eu la chance d’assister à leurs live mouvementés. Monterey marque leur première date d’importance aux États-Unis, un concert qui expose leur rock tenace à une foule qui s’y reconnaîtra. Sur le morceau "My Generation" empreint des angoisses d’une vie d’adulte qui se profile et d’une certaine difficulté à trouver sa place dans la société, Pete Townshend espère mourir avant de devenir vieux. Un message assez cru pour l’époque. Sa prestation scénique est marquée par la fin du concert où l’équipement entier est démoli par la hargne de cette bande de jeunes Britanniques survoltés. L’hédonisme et l’expressivité du punk avant son explosion.

La guitare sacrifiée de Jimi Hendrix

À l’époque où les distorsions et les excentricités sont des exceptions, où le nombre de solos de guitares électriques à la pédale wah-wah peut encore se compter sur les doigts d’une main, les improvisations âpres de James Marshall Hendrix détonnent. Alors qu’il est surpris par son père en train de jouer avec un balai à l’âge de 15 ans, celui que l’on appelle désormais Jimi se voit offrir une guitare achetée 5 dollars par son père. Il apprend en autodidacte, en fait une obsession. Dès lors, dans toutes les formations qu’il intègre, il ne peut s’empêcher de se laisser aller totalement, de vomir ses tripes grâce à son alliée, sa guitare, qui parfois lui vole la vedette. Lorsqu’il foule la scène de Monterey, il est au sommet de sa popularité en Angleterre mais n’a jamais joué seul et sous ce nom aux États-Unis. Cette performance devenue emblématique connaît un final aussi, et si ce n’est plus, grandiose que celui des Who puisqu’il immole sa guitare par le feu avant de la fracasser au sol. Un moment d’anthologie qui marque le début d’un rite entamé quelques mois plus tôt à Londres.

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