Quand John Lennon était ciblé par le FBI

Le 9 octobre aurait marqué le 74ème anniversaire de John Lennon. Retour sur un épisode marquant de la vie de la rock star, alors cible du FBI sous l'administration Nixon.

John Lennon et Yoko Ono, activistes pacifistes, et épine dans le pied de l'administration Nixon.

John Lennon et Yoko Ono, activistes pacifistes, et épines dans le pied de l'administration Nixon.

En 1972, John Lennon et Yoko Ono habitent New York depuis un an désormais. Leurs amis sont les activistes Timothy Leary, Jerry Rubin et Abbie Hoffman, engagés contre la guerre, militant parfois à l'extrême gauche et consommateurs de substances illicites. Des chansons comme "Give Peace A Chance" ou "Instant Karma !", leur engagement pour la libération du poète John Sinclair (arrêté pour avoir vendu deux joints) ou celle d'Angela Davis, proche des Black Panthers... Tout cela attire vite des ennuis au couple star d'alors.

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De gros ennuis, même. C'est précisément à cause de la défense de Sinclair que le FBI s'est intéressé de plus près au musicien. Lennon et Yoko Ono, ainsi que leurs amis Bob Ochs, Stevie Wonder, Bob Seger, etc. ont donné un concert (à voir ici) en faveur de sa libération le 10 décembre 1971. Ce qu'ils ne savaient sans doute pas, c'est que dans l'assistance de joyeux hippies et pacifistes se cachaient des agents du bureau d'investigation.


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John Lennon - Instant karma (live madison... par TheBeatles-Channel

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Les prises de position publiques du couple Ono/Lennon pour le démocrate John McGovern (opposé à la guerre au Viêtnam) contre Nixon à l'élection présidentielle américaine de 1972 n'arrangent rien. Le gouvernement américain décide alors l'expulsion du territoire pour l'ex-Beatles et sa compagne. L'argument principal est le suivant : en 1968, John était arrêté à Londres pour possession de cannabis. Or, avec la "War on drugs" sévissant alors, les lois d'immigration des Etats-Unis empêchaient l'admission de toute personne condamnée à cause de substances illicites.

En mars 1972, l'administration passe à l'acte. Le 16 de ce mois, le chanteur à binocles reçoit son avis d'expulsion du territoire. Il avait beau être dans de beaux draps, il avait le bras nettement plus long que le consommateur de weed lambda. Des personnalités de référence signent une pétition pour le défendre.

Il faut préciser que ce soutien n'était pas toujours spontané : selon le LA Times, c'était plus une riposte organisée contre la politique de Nixon qu'un véritable mouvement d'aide au couple d'artistes. Même s'il y eut de belles déclarations, égratignant au passage la société américaine, telle la lettre ouverte envoyée par le collègue et ami Bob Dylan :

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John et Yoko inspirent, transcendent et stimulent. [...] Aidez à mettre fin à ce goût terne et mercantile qui fait passer l'art des artistes par les écrasants médias de masse. Que John et Yoko restent !

Joan Baez, l'écrivain Oates, Leonard Bernstein, Tony Curtis et d'autres célébrités du monde de la culture (et de la contre-culture) américaine ont alors dégainé leur plume pour défendre le couple. Mais le plus marquant reste la présence parmi les soutiens d'un autre John, Lindsay celui-là, maire de New York : "une grave injustice est en train d'être perpétuée", explique-t-il.

"Activités révolutionnaires"

Le site Mother Jones exhume un document des limbes d'Internet signifiant clairement que le FBI voyait en John & Yoko une véritable menace. Un mémo interne du FBI daté du 16 mai 1972 accuse John Lennon et Yoko Ono de se rendre coupable "d'activités révolutionnaires"et détaille de nouveaux arguments pour les faire expulser.

Il évoque la garde du premier enfant de Yoko, Kyoko Chan Cox, qu'elle a obtenu avec son deuxième mari, Anthony David Cox, avec lequel elle fût liée jusqu'au 2 février 1969.

Reproduction du mémo du FBI accusant Lennon et One d'activités révolutionnaires, annoté.

Reproduction du mémo du FBI accusant Lennon et One d'activités révolutionnaires, annoté.

Selon Pierre Merle, qui lui a consacré une biographie, Lennon confiait alors à son entourage être filé en permanence par des agents qui ne cherchent pas même à se cacher :

J'ouvrais ma porte, et hop ! Il y avait un gars en faction de l'autre côté de la rue. Ils me suivaient partout, tout le temps ! Et surtout, ils tenaient à ce que je m'en rende compte !

Prié de quitter le pays à nouveau en 1973, le couple tient bon et reste sur le sol des USA. Lennon finit par obtenir sa carte de résident permanent en juillet 1976, avec possibilité de devenir citoyen américain à part entière cinq années plus tard. Le tragique événement du 8 décembre 1980 empêchera le Britannique d'obtenir la double nationalité.

Quoi qu'il en soit, cette période de pression amènera Lennon à composer l'un de ses disques les plus engagés politiquement en 1972, Some Time In New York City.

Par Théo Chapuis, publié le 10/10/2014

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