Capture d’écran YouTube du clip « Blizzard » de Fauve

Fauve : Blizzard, un EP salvateur

À la rédaction, l’écoute du premier EP de Fauve, Blizzard, a provoqué des réactions contrastées. Histoire de ne flouer personne et de faire le tour du sujet, on vous propose une critique en deux temps, histoire de saisir toutes les nuances du groupe. Après la chronique à charge, place à la critique qui approuve.

fauve

Capture d'écran YouTube du clip "Blizzard" de Fauve

Un son strident retentit, comme première note de cet EP, Blizzard. C'est à la fois froid et inquiétant. C'est le cri d'appel d'une génération perdue, une génération née dans un monde illogique et intemporel. Une génération noyée dans un blizzard oppressant qui ne cesse d'effacer les repères et de capturer les espoirs. "C'est tellement plus facile de sourire plutôt que d'être heureux !"clame une voix. "Blizzard", deuxième du nom, résonne dans nos têtes comme un cri de rage, loin des revendications sociétales actuelles. Les textes de Fauve sont une ode à la vie, une quête perpétuelle de l'amour, un souffle hédoniste qui fait fuir le brouillard.

L'EP dépeint à la fois un état des lieux et un avenir paradoxalement rêvé et accessible. La clé ? La parole, en témoigne "Cock Music Smart Music". Souillée par les réseaux sociaux, elle a perdu de son pouvoir transcendental. Il faut alors mettre en avant le "verbe qui cristallise la pensée" pour que les mots deviennent un exutoire et que les maux laissent place à l'espoir.

La troupe rejette délibérément la fatalité du quotidien, la morosité de leur vie trop banales. Les membres entretiennent une relation étroite avec leur public, et cultivent ce côté addictif en donnant des concerts gratuits et en dressant le portrait de la soirée idéale dans "Nuits Fauves".

Guitare, piano et chœurs : l'équation Fauve

Musicalement, la recette est sensiblement la même à chaque morceau : un riff de guitare lancinant et accrocheur, un piano envoûtant, des chœurs d'une douceur innocente et des percussions aériennes qui viennent accompagner cette voix tantôt suave tantôt agressive, parfois mélancolique mais toujours vivifiante.

On est tout de même un peu déçu de ne pas pouvoir entendre sur cet EP le titre "4000 îles", cette invitation au voyage, son solo d'harmonica qui nous laisse sans voix, et ses balades oniriques... dommage. On se délecte tout de même de ces six compositions qui, réalisées de manière artisanale, gardent le charme originel de cette jeunesse amoureuse.


FAUVE ≠ 4.000 ÎLES par FAUVEcorp

Une EP comme une invitation

Outre la production mélangeant pop et rap français accompagnée de paroles lâchées avec rage ; outre le son des gros mots qui les entoure (buzz, hype, bourgeois, parisiens) ; outre leur visage cachés dans la pénombre, il y a l'urgence. Une urgence palpable dans le fond et la forme de ces six titres qui semblent avoir été écrits et enregistrés au couteau.

Qu'on aime ou qu'on déteste, on ne peut être que happé par cette vitesse, ce flux de paroles quelque peu naïves, parfois énervantes, souvent intimes qui collent pourtant à un imaginaire aisément accessible à nous, à tous. Pas de questions, pas de réponses, juste un flot de pensées.

Le pire dans tout ça ? La notion de "groupe phénomène" qui navigue autour de Fauve. Comme si tout le monde avait oublié ce que signifiaient "collectif" et "premier EP" : une sincérité qui n'a pas valeur d'illustrer, comme on peut le lire partout, une génération ou une jeunesse perdue. Rien de tout cela sinon six mecs qui essaient de casser quelques codes, quelques barrières, sans arrogance. L'instantanéité comme règle, la logique comme bête noire et la volonté d'illustrer une certaine envie de vivre. C'est toujours mieux qu'Indochine, non ?

Au final, Blizzard est avant tout une invitation à aller voir Fauve en concert, là où l'énergie du collectif se ressent pleinement. Et une question en suspens : comme le blizzard n'est que de passage, le corps saura-t-il s'inscrire dans la durée sans laisser pointer une seule ride ? L'engouement que suscite le groupe semble justifié, mais après avoir collé une claque à la scène rock française, le collectif saura-t-il assumer son coté DIY comme il l'affiche aujourd'hui fièrement ?

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Article écrit par Kévin Osmont du blog Across The Days et Louis Lepron.

Par Konbini Staff, publié le 29/05/2013

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