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Benoît Poelvoorde : "Je pense qu'en chacun de nous, on est Dieu"

Publié le

par Théo Chapuis

Même s'il interprète Dieu dans le nouveau film de Jaco Van Dormael, Benoît Poelvoorde a condescendu à répondre à nos questions à propos du Tout Nouveau Testament, de son rapport à la religion et de ses rôles préférés : les salauds.

Dieu le père a un paquet de noms. Adonaï. Elohim. Yahvé. Allah... désormais, il faudra aussi compter sur celui de Benoît Poelvoorde, qui interprète le Créateur dans le nouveau film de Jaco van Dormael sorti ce mercredi 2 septembre, Le Tout Nouveau Testament. Dans ce film aux évocations bibliques évidentes, l'interprète inoubliable du tueur Ben dans C'est arrivé près de chez vous ne desserre pas les mâchoires : avec un tel Dieu, pas besoin de Satan. Grossier, alcoolo, égoïste, prompt à battre les plus faibles que lui, Benoît Poelvoorde incarne un Saint-Père aux allures de parfait gros beauf.

Mais ce film est aussi l'histoire d'Ea, sa fille (Pili Groyne), qui révèle à tous les humains la date de leur mort avant de fuguer sur Terre afin de réécrire une religion et de reconstruire une société plus égale et plus douce. La propre fille de Dieu cherche alors à réparer les erreurs de son crétin de paternel en s'entourant d'une troupe hétéroclite de disciples : François le tueur, Martine la bourgeoise esseulée, Aurélie dont tout le monde tombe amoureux... tout cela servi par un casting, comme on dit, de grand talent (Catherine Deneuve, François Damiens, Serge Larivière...).

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Afin d'en savoir plus sur ce film multi-facettes, tour à tour hilarant et délicat, ainsi que ce rôle assez gonflé, nous avons rencontré le succulent Benoît Poelvoorde. Très en forme ce matin-là, c'est par un sifflotement enjoué et franchement musical (reconnaissons qu'il est doué) que le comédien annonce sa venue avant de discuter du film, mais aussi de jusqu'où on peut aller en religion, du concept de Dieu, de sa crainte des réseaux sociaux et de son amour pour ses rôles de "connards absolus" dans lesquels il s'auto-décerne "un doctorat".

K | Dieu interprété par Benoît Poelvoorde, il était obligé d'être si méchant ?

Benoît Poelvoorde | Ça permet aux gens de rigoler, mais c'est vrai que je me suis posé la question. J'ai d'ailleurs questionné Jaco [van Dormael, ndlr], hein, à coups de "Oh, pfoulalaaa, mais quelle image as-tu du Seigneur ?" Et puis lui m'a simplement répondu "Parce que". Moi je ne lis pas mes interviews mais je lirai les siennes et je serai curieux d'avoir une autre explication.

Après ça fait rire le public que j'interprète Dieu comme tel, les gens sont très contents que j'en prenne plein la gueule. Parce que je suis méchant, mais j'en prends PLEIN la gueule tout de même ! Si je n'étais que méchant et que je n'étais jamais puni, bon... Mais là faut quand même imaginer que j'en prends PLEIN la gueule – au propre comme au figuré.

Donc Dieu lui-même subit les conséquences de son mauvais karma ?

Oui, en plus il est tellement con, tellement jamais descendu sur Terre... Il se rend alors compte qu'il ne sait même pas faire les choses les plus basiques. Il pense juste à bouffer ! Bouffer, puis retrouver sa fille, point ! Donc pour lui c'est absûûûûûûrde de discuter avec un être humain. Alors il est puni par son propre système. Mais par contre crois-moi, j'en ai bien pris PLEIN ma gueule.

Des scènes particulièrement violentes pour vous ?

Ah, toutes les scènes où je reçois des coups de pied, des coups de poings, des coups de parapluie... À un moment, le curé m'attrape dans l'église parce que je lui dis [prend un air sournois, puis :] "Je connais ta vie, je vais te raconter ta vie parce que je suis Dieu, idiot", le curé, là [interprété par l'excellent Johan Heldenbergh, ndlr]. Bah là, tu vois, il m'a vraiment arraché la tête. Je l'adore, hein ! Mais je lui ai dit "ne te ménage pas, sinon ça rendra pas bien". Et il m'a vraiment fait mal.

Les gens donnent tout et Jaco fait quand même beaucoup de prises. Tiens, j'ai même failli devenir aveugle lors de la scène où je sors de la machine à laver ! L'accessoiriste avait mis trop de savon, des litres de shampooing pour que ça mousse et ce n'était pas un produit de très bonne qualité, alors j'ai eu les yeux brûlés. C'était mon dernier jour de tournage et pendant deux ou trois jours ensuite, je n'y voyais plus normalement.

Oui j'ai quand même pris, physiquement ! Et puis pas mal de gens qui me donnaient des coups n'étaient pas de vrais acteurs et ne ménageaient pas leur énergie...

Un exemple ?

Quand j'arrive à la poubelle et que j'attrape un vieux hamburger pour le manger, des types viennent me voir et me crient : "Hey clodo, on bouffe pas dans les poubelles !" Bah là, ils m'ont frappé à coups de pied, puis tu tombes jamais au bon endroit, tu vois. Ils me tapent à terre – et là aussi on a fait une quinzaine de prises – alors j'avais mis une protection sur un côté pour les côtes, mais je ne tombe évidemment pas dans le bon sens et ils ne freinent pas leurs coups, ils ne me voient pas, il fait noir... ils m'ont tapé, quoi.

Le Tout Nouveau Testament n'est pas qu'une comédie à gags : comment avez-vous fait pour jouer juste ?

C'est pas moi, c'est Jaco... Même à moi ça a paru dur au début : d'après la lecture du scénario, est-ce que ça n'allait pas être trop gros ? Tu vois, Dieu porte quand même des claquettes avec ses chaussettes, un peignoir... du coup c'est Jaco, je te dis, qui a réussi tout ça : moi, il ne me trouvait pas assez méchant ! "Nan, on voit bien que tu aimes encore la petite fille", il me disait sur le tournage. "Mais attends, je lui hurle dessus..." Faut dire que je la frappe quand même avec une ceinture à un moment... Et toujours il me disait "Nan, nan, plus méchant !" Donc je me suis adapté à sa direction : il avait besoin de voir un Dieu gros-gros-gros méchant.

Vous êtes assez célèbre pour ce genre de rôle de méchant...

[Me coupe, visiblement fier de lui :] OUI ! Des connards absolus, hein ! J'ai mes lettres de noblesse. Ah, j'ai un doctorat là-dedans. Ouaip.

Ça a l'air de vous plaire...

Ouais, j'en suis fier. J'aime bien ça, j'ai toujours aimé les cons, après tout y'a autant de cons qu'il y a d'êtres humains sur Terre. Et puis on a tous un côté con, il n'y a pas besoin d'aller chercher bien loin. Des jours tu peux te dire "tiens, aujourd'hui j'ai été con". Après faut reconnaître qu'il y en a certains qui ont la faculté de le rester chaque jour, mais on les a tous connus hein : que ce soit les maîtres d'école, les p'tits profs de gym, le prof de natation, l'abruti qui a [brandit son index] UNE responsabilité...

N'importe quel type peut s'avérer être un fieffé connard, on le voit tous autour de nous. Et pourtant j'ai de l'indulgence et de l'amour : le nombre de fois où il m'est arrivé de me dire "j'ai été con, là"... Il faut le temps de faire son mea culpa !

Pourquoi les gens aiment-ils tant voir ça au cinéma ?

Il n'y a rien de plus amusant à jouer qu'un type qui se la pète et qui se prend les pieds dans le tapis : on aime tous ça parce que ça remet tout le monde à sa place. En tout cas je prends beaucoup de plaisir à le faire, c'est toujours ridicule. Je suis un peu comme l'Entarteur, mon ami Noël Godin : il ne supporte pas les gens qui se prennent au sérieux. Forcément, on en rigolera toujours, c'est humain, c'est ceux qui nous font rire. Et pourtant, nous ne sommes jamais à l'abri de trop nous prendre au sérieux nous-mêmes. Voilà pourquoi j'ai aussi beaucoup d'indulgence et que j'adore ces personnages.

Benoît Poelvoorde, vous croyez en Dieu ?

Oui, je suis croyant. Je crois en quelque chose de plus grand que la bête, trop courte et trop simpliste existence terrestre. Je crois en quelque chose de spirituel qui dépasse notre simple rapport terre-à-terre à la vie. Je pense qu'en chacun de nous, on est Dieu. Je ne crois pas en un au-delà où on serait au-dessus d'un nuage, le type qui gueule avec sa pipe "Qu'est-ce que c'est que ce comportement ?" en regardant en bas. Je crois en quelque chose qui est en nous, qui peut nous transformer et nous amener vers quelque chose de meilleur. Après, qu'il s'appelle Dieu, Yahvé, Bouddha et la manière qu'on a de le faire fructifier ou pas...

Quand on est petit on nous éduque avec des trucs très compliqués, de nous dire que Dieu est amour... quand tu es enfant, c'est impossible à saisir. Et puis tendre l'autre joue... comment veux-tu que je tende l'autre joue ? C'est débile comme phrase ! Bien sûr c'est une image, je pense que ça parle de la charité, mais quand t'y penses, c'est pas évident d'aimer ton voisin en fait.

"Aime ton prochain"... moi ça ne me vient pas naturellement à l'esprit. Déjà il me fait chier mon voisin ! Si ça pue, si j'aime pas son jardin, s'il se gare mal... Pareil dans un avion : si je suis le premier assis dans l'avion, hop, je mets vite mon coude ! Ça veut dire qu'on est naturellement pas conçus pour vivre avec les autres. Donc on doit tous faire un effort, ça s'apprend, exactement comme on apprend la musique, etc.

Donc on peut être bon sans principe religieux ?

Oui, c'est d'ailleurs ce que le film essaye de démontrer : la générosité, l'amour ne sont pas l'apanage des religions. Enfin moi je le vois comme ça. C'est un effort sur soi : si tu prends un enfant quand il est petit et si tu le laisses grandir tel qu'il est, il deviendra un monstre d'égoïsme, de méchanceté, d'égocentrisme, d'hypocrisie... donc on est obligé de lui apprendre des valeurs de vivre ensemble – et ça marche. Pas parce qu'on dit qu'on va culturellement le brimer, non, mais parce que c'est des choses sur lesquelles il faut faire un effort. C'est tout.

L'humain est fait pour ça, sinon on est des bêtes. Et parce qu'on a conscience de la mort, on a inventé la religion, on a inventé des dieux pour dire "ah oui mais attention hein, parce que bientôt la mort arrive alors vous avez intérêt à bien vous tenir toute la journée", et c'est pour ça qu'on est tous les jours troublés de voir à quel point l'humanité est un tas de merde : peut-être parce qu'on fait de moins en moins de travail pour que l'Homme soit plus civique. C'est pour ça que je pense que chaque être humain a une part de Dieu en lui. Appelle le Dieu, appelle-le comme tu veux, mais moi j'ai la foi.

À la place de Dieu, la veille de donner les dix commandements à Moïse... Vous les auriez écrits comme ça ou bien vous auriez changé quelques détails ?

  • Je suis le Seigneur ton Dieu qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte.

Euh, oui.

  • Tu n'auras pas d'autre Dieu que moi.

Euh... non, pas celui-là. Parce qu'en fait, "tu n'auras pas d'autre Dieu que moi", les gens l'ont un peu respecté. Mais en même temps il y a un dieu pour tout, ou une sainte, ou un saint... Saint-Christophe pour les voyageurs, Sainte-Rita pour les causes désespérées... Finalement, on a continué à pratiquer le paganisme même avec un seul dieu donc ça veut sans doute plutôt dire "vas-y mollo avec les saints et les saintes".

  • Tu ne prononceras pas le nom de Dieu en vain.

Ça, personnellement je l'aurais giclé...

  • Souviens-toi du sabbat.

Ah bah oui, bah oui, mon vieux, ça... Sans agenda électronique à l'époque – "merde, c'est le sabbat !"

  • Honore ton père et ta mère.

Ça je l'aurais mis en premier.

  • Tu ne tueras point.

Ça je l'aurais mis en dernier.

  • Tu ne commettras pas d'adultère.

Ah, ça ! Alors ça ! [Et dès à présent jusqu'à la fin de lecture des 10 commandements, Benoît Poelvoorde entre dans un sketch] Parmi la cour de Dieu, il y en a un qui mettait des trucs très terre-à-terre : "Tu ne tueras point", moi je comprends : on n'enlève pas à son prochain ce qu'il a de plus précieux. "Tu ne commettras pas l'adultère", là c'est le gars, il est déjà en train de dire derrière Dieu "dis : "tu ne commettras pas l'adultère !", mets-le !" Parce que le mec il est cocu ! "– Allez, mets-le !" "– Bon, d'accord..."

  • Tu ne voleras pas.

"Oui, c'est bien ça". Tout le monde est heureux.

  • Tu ne feras pas de faux témoignages.

"Ouais ouais, ça c'est vrai..." Puis le p'tit mec cocu revient encore à la charge :

  • Tu ne convoiteras ni la femme, ni la maison, ni rien de ce qui appartient à ton prochain.

"– Rajoute aussi tu ne convoiteras ni la femme ni la maison ni la voiture ni rien de ce qui appartient à ton voisin !", "– Au pire, on met pas la femme mais plutôt "ce qui appartient à ton voisin", "– NON RAJOUTE LA FEMME !!" "– Oh non ! Tu parles de ça tout le temps ! On s'en fout que tu sois cocu !" "– Je t'assure, ça va m'aider moi" "– Bon d'accord, j'te le rajoute".

Non vraiment, celui-là je ne l'ai jamais compris. Il est trop terre-à-terre, quoi. Mais dans l'ensemble je suis assez d'accord avec les 10 commandements.

Beaucoup de gens brandissent aujourd'hui leur prétendu amour d'un dieu pour commettre des massacres atroces. À votRe avis, Dieu, il est tolérant ?

Ah ça, ce n'est pas Dieu qui est condamnable, c'est l'usage que tu en fais. Je pense que tous les dieux sont tolérants pour peu que tu les visualises comme un dieu. Le problème, c'est quand la foi devient un club de rencontres pour blessés de la vie, pour esseulés.... L'Homme a naturellement besoin de se réunir. L'ennui c'est quand Dieu devient presque une sorte d'outil qui répond à une idée de frustration – qui n'a rien à voir avec Dieu. Mets-toi à la place de quelqu'un qui n'est jamais considéré, qui ne trouve pas sa place dans la société (société qui, on le sait tous, est absolument épouvantable !) tu vas trouver refuge ailleurs, alors c'est parfois pas pire qu'aller chez les scouts – bon on a encore rarement vu des scouts qui posent des bombes.

Mais voilà, pour ceux pour qui Dieu est une excuse pour se rassembler, il vaudrait mieux qu'ils échangent des bagnoles... Les mecs qui font du tuning, ils ont trouvé leur voie ! Quand t'es faché, malheureux, tu chercheras toutes les raisons de prendre la parole au nom de quelque chose qui dépasse ta frustration. Et comme on est dans une société où tout le monde s'exprime et trouve son fameux "quart d'heure de gloire", il y en a d'autres qui trouvent ça très injuste. Pour eux, Dieu est un prétexte. Surtout pour les gens qui souffrent beaucoup. Je pense que ce serait plus simple de résoudre le problème en s'occupant des gens qui ont du mal à vivre dans une société.

Interpréter Dieu le père et le décrire en beauf en pyjamas qui bat sa fille, ce n'est pas rien : est-ce que Jaco van Dormael et vous vous êtes peut-être inquiété de la réaction du public ?

Non ! Déjà parce que moi j'ai la foi, j'adore tout le décorum religieux – bon, lui pas du tout – mais on n'a jamais parlé de ça.

À aucun moment un producteur s'est inquiété ?

Non, de toute façon personne ne voulait faire le film... c'est un film qui s'est fait avec trois francs six sous parce que justement, les gens ont eu un peu peur de la question que tu poses. Mais entre nous, nous n'avions pas de problème là-dessus, dans la mesure où je savais que le film ne manque pas de respect. Même pour moi qui suis croyant, ça ne m'apparaît pas mal. C'est une vision, de l'iconographie, rien de plus.

J'ai lu un dessinateur, à propos de la question "Peut-on rire de tout ?", qui avait répondu "Ça dépend pourquoi on rit" : ça c'est extrêmement juste. Je pense que Jaco ne ferait jamais un film qui manque de respect et si ç'avait été le cas, je ne l'aurais pas fait. Aujourd'hui, il y a des bouquins qui s'appellent "Le droit au blasphème", bla-bla-bla, non : si c'était du manque de respect à quelqu'un, je ne l'aurais pas fait.

Vous trouvez la société un peu trop électrique sur ces questions-là ?

Oui, justement parce qu'on met ces problèmes en avant. Je crois qu'on exagère beaucoup et qu'en ce moment c'est très à la mode. On est obligé de prendre position sur tout ! Par exemple, est-ce que je suis Charlie ? Il y a forcément des gens comme moi qui disent "ce n'est pas que je le sois ou que je ne le sois pas, c'est simplement que je ne me suis jamais posé la question", mais la société fait tout pour qu'on ait à se positionner, ça a un côté très binaire en soi. Alors que personnellement je ne me pose pas la question. Moi je dis toujours "Je suis Louis", pour "George et Louis" du dessinateur Daniel Goosens [et on vous le conseille aussi, ndlr] : c'est un petit bonhomme qui essaye de trouver des solutions au monde.

Dans le film c'est un hack informatique qui contrecarre les plans de Dieu : quand sa fille fait fuiter les dates de décès. Quel regard vous portez sur le pouvoir des nouveaux moyens de communication ?

Bon déjà, moi je n'en ai plus. J'ai essayé à un moment d'avoir un ordinateur, un mail... mais ça m'a angoissé parce qu'il fallait répondre – ce qui est quand même la base ! Je n'ai pas de Facebook non plus... Ça m'emmerde de répondre et puis bon, je veux pas trop dire ça aux jeunes, mais ça me fout un peu les jetons. Parce que tu peux en très peu de temps propager des idées qui se multiplient et qui devraient selon moi mériter un peu plus réflexion. Je trouve qu'on n'évalue plus le poids des mots. À moins d'être un immense écrivain et de connaître la valeur de chaque mot, c'est très dangereux d'envoyer comme ça à qui veut le savoir n'importe quoi.

Je crois qu'on ne réfléchit plus beaucoup avant d'écrire et ça me fait très peur, parce que tu peux lever un peuple en six heures ! Je suis effrayé de voir que des gens répètent une phrase "buzz". Après j'ai bientôt 51 ans, je suis un vieux réac' hein, un vieux con, donc j'ai raté la fracture numérique – mais ça m'inquiète un peu : des fois, dans la vie, faut réfléchir avant de parler.

C'est la temporalité ou bien la propagation qui vous inquiète ?

Les deux, parce que la vie n'est pas comme ça. Et pour le peu que j'en vois quand je lis la presse, c'est quand même souvent assez pauvre, non ? Et pourtant ça prend une telle importance... Quand on est jeune on a tendance à prendre pour argent comptant un peu n'importe quoi, c'est ça qui m'inquiète un peu. Pris dans l'énergie du groupe, tu peux faire n'importe quoi, juste parce que des millions de gens ont déjà dit "oui" à une pétition en ligne... Moi ça me fout les jetons.

Dans le cadre des Printemps arabes, les réseaux sociaux ont pourtant permis aux manifestants de propager leur amour de la démocratie.

Oui, dans ce cas, ça a aidé des gens à se réunir au nom de la liberté, mais imagine toi que ce ne soit pas au nom de la démocratie... On ne sait pas, dans la mesure où on fait de plus en plus de raccourcis de sens. Si on peut rassembler des gens pour boire du pinard et bouffer du saucisson en emmerdant les gens, je crois qu'on peut faire encore pire, hein...

Merci à l'hôtel Marignan, au Pacte et à Benoît Poelvoorde.

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