Entretien avec Fat White Family : "nous sommes dans une mauvaise génération"

Nous avons rencontré le chanteur de The Fat White Family autour d'un entretien qui brasse le rock, l'industrie du disque, Franz Ferdinand et le socialisme.

(Crédits image : Toutpartout.be)

Lias Saoudi (quatrième en partant de la gauche) et sa meut de porcs enragés (Crédits image : Toutpartout.be)

Irrévérencieuse, la gifle gratos de l’année, sèche et donnée sans prévenir, nous vient tout droit du Sud de Londres. Héritier des Cramps, de The Fall et de Sex Pistols, le groupe The Fat White Family vous fera chanter à tue-tête dans le métro leur hit "Touch the leather" ou pogoter en plein concert sur tout le reste.

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Tel le rescapé hagard d'un tsunami, le chanteur, véritable showman, trouve plus souvent refuge dans la fosse que sur scène – où il finira à coup sûr complètement nu, comme ce fut le cas lors du festival The Great Escape. Rencontre sans langue de bois mais avec gueule de bois avec Lias Saoudi, sale gosse timbré mais passionnant chanteur des Fat White Family.

Konbini | Peux-tu nous parler de la pochette de l’album Champagne Holocaust, avec le cochon crucifié, le marteau et la faucille ?

Lias SaoudiLa pochette de l'album a été réalisée par un artiste, Robert Rubbish, qui était un ami auparavant. Maintenant c’est un connard complet, parce qu’il croit que s’habiller en tweed et traîner dans des bars pourris de Soho à Londres lui donne un côté un peu bohème-cool. Par rapport au signe communiste, c’est plus pour poser des questions que pour y répondre.

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Nous ne sommes pas communistes, mais socialistes. Au final, nous sommes plutôt des alcooliques et des drogués, et c’était plus pour faire une blague, à ne pas prendre tout ça au sérieux donc.

La chaste pochette de Champagne Holocaust

La chaste pochette de l'album Champagne Holocaust

K Pourquoi ce nom de groupe ("la grosse famille blanche") à forte connotation ?

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Il concentre l’essence de l’humanité à laquelle nous avons à faire face en ce moment. On voit tellement de choses horribles, comme par exemple les conditions de travail dans les usines d'assemblage Apple où des filets empêchent désormais les salariés de se jeter du haut des toits... Ça me répugne, tout ça. J’ai honte de moi, et je pense que tout le monde a honte de soi-même. C’est triste, nous sommes dans une mauvaise génération, et désormais, tout sera de pire en pire.

K | Vous avez essuyé l’interdiction d’ouvrir pour Franz Ferdinand lors d’un concert devant se dérouler à la Somerset House à Londres, que s’est-il passé ?

Ils ont tapé notre nom sur Google et jugé qu’on ne collait pas trop avec leur éthique. Londres est en train de muter très rapidement en un Manhattan, une aire de jeux pour riches. Rien de bien n’a vu le jour à Paris depuis pas mal de temps, c'est la même chose pour Londres. Je ne pense pas qu’on puisse se permettre l’espoir d’un changement positif.

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Les cinq dernières années ont été assez sinistres dans le sud de Londres, où on habite. Tu dois avoir un job de merde si tu es dans un groupe, pour essayer de payer le loyer, et à côté tu as ces connards de riches dans des groupes qui réussissent.

K Quel est ton point de vue sur l’industrie musicale actuelle ?

Ce milieu de l’industrie musicale, que je ne connais bien que depuis six mois, est vraiment particulier. Dans les yeux des gens, c’est une industrie du glamour. Pourtant, être dans un groupe, c'est tout sauf glamour. Tu partages ta vie avec cinq personnes avec qui tu as passé déjà trop de temps, tu dors dans de sales hôtels...

Les autres, les dirigeants de labels, dorment dans des hôtels luxueux, ont de belles opinions sur tout, mais te vendraient des tongs en utilisant les mêmes mots. En bref, c’est un monde déstabilisant parce que tout à coup tu te retrouves avec douze personnes essayant de te convaincre de signer chez eux et pas avec l’autre con d’à côté. Il faut seulement y aller par instinct, finalement.

K Qu’aimerais-tu véhiculer au public avec tes chansons, lors des lives ?

J’aimerai que le public se sente aussi honteux que moi. Je n’ai plus confiance en moi. Je ne sais que penser face à ce que je fais en ce moment avec le groupe, mais c’est la chose la plus saine parce que cela reste spontané. Tu ne peux pas avoir de plans précis, parce que ça, c’est ennuyeux.

Par Solenn Cordroc'h, publié le 11/06/2014

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