En écoute : entre amour et violence, "Gun Love Fiction", le nouvel EP brûlant de Makala

Ambassadeur d’une nouvelle génération rap aussi talentueuse que décomplexée, Makala, déjà fort de trois bons EP, présente aujourd’hui son nouveau projet schizophrène Gun Love Fiction.

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La Suisse, la Suisse, la Suisse. On va encore vous parler de cette partie de l’Europe, qu’on n’a pas vu venir mais qui, aujourd’hui, inonde l’Hexagone d’un rap fiévreux et énergique dont Makala est l’un des plus fervents ambassadeurs. Le jeune rappeur de Genève qui s’est déjà illustré sur trois EP : La Clef (2013), Varaignée 1 (2014) et Varaignée 2 (2015), a d’ailleurs mis le feu à La Maroquinerie, à Paris, il y a une semaine lors du XTRM Tour. Entouré de ses deux potes de la Superwak Clique, Di-Meh et Slimka, il a livré un concert d’une rare intensité communiquant sa transe et son énergie à un public déchaîné. Durant le show, Makala en a profité pour annoncer son nouveau projet et jouer un inédit qui n’a eu aucune peine à séduire la foule. Aujourd’hui, il sort officiellement ce projet de six morceaux nommé Gun Love Fiction, qui, à l’image du titre oscille entre amour et violence.

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Makala a une ligne de conduite : la clique avant tout. Ainsi, concernant la production de ce projet de six titres, le Genevois a fait appel au beatmaker Pink Flamingo, membre éminent de la Superwak Clique qui avait déjà produit ses trois premiers EP : La Clef, Varaignée 1, et Varaignée 2. Aussi connu sous le nom de Varnish La Piscine (nom de rappeur qu’il utilise sur le morceau "Wes Anderson", son featuring avec Slimka), il apparaît aussi sur la pochette du projet et interprète le morceau "Algenubi". Dans cet EP qui se décline comme une fiction, Varnish incarne le double maléfique de Makala. Ainsi, si le rappeur genevois incarne Love, un personnage qui protège son ambition et son humanité du monde violent auquel il appartient, Varnish tient lui, le rôle de son frère Gun, criminel hors de contrôle qui l’accompagne dans ses aventures. Cette association de malfaiteurs au cœur d’or donne donc Gun Love Fiction.

Gun et Love.

Gun et Love.

Les six morceaux qui composent le projet brillent et résonnent de productions aux atmosphères assez différentes illustrant les allers-retours émotionnels entre Love et Gun. Pour commencer en douceur, c’est Love qui prend la main avec "Piscine Privée", un morceau des plus rafraîchissants en ces temps de chaleur étouffante. Complètement chill, le titre détend l’atmosphère des soirées d’été avec ses basses groovy, ses synthés à l’esprit assez nineties et son flow planant. Incarnant l’état d’esprit de Love, le titre trouve d’ailleurs une suite dansante plus loin dans l’EP (à la piste 5 sous le nom "Algenubi") comme pour éteindre l’incendie provoqué par Gun sur la suite du projet.

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Love.

Love.

Après le beau temps et la détente, vient la tempête et la violence. On passe des années 1990 à une époque plus actuelle. L’influence américaine est bien présente chez Gun qui sonne parfois comme Young Thug. Le jeune Suisse use ainsi de flows découpés, ralentis voire chantés et vocodés sur des productions à la fois planantes et saturées, sombres et inquiétantes à l’image du personnage de Gun. L’egotrip se fait lui de plus en plus présent à mesure que les morceaux défilent ("Je suis fan de nous" ou "Je regarde le game comme mon fils, il baisse les yeux car il sait que c’est mieux" sur "Gun Love Fiction"). Par moments cependant, Gun malgré sa fureur, laisse de la place à Love et il arrive que les deux personnages s’associent et prennent vie en un seul morceau. Ce morceau, c’est la piste 3, au nom évident de "Gun Love Fiction", qui partage équitablement les caractères et donne lieu à un mélange étonnant d’obscurité et de lumière.

Gun.

Gun.

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Comme d’habitude dans l’œuvre de Makala mais aussi dans celle de ses potes rappeurs de la Superwak Clique, l’idée de la scène n’est jamais loin et occupe pas mal l’esprit du Suisse. Ainsi, on entend les références aux concerts plusieurs fois dans cet EP. "À nos concerts, X en l’air, vous, à vos concerts ils s’emmerdent", scande Makala dans "Lazer Malvo", un morceau calibré pour la scène. On imagine déjà très bien les pogos que des sons comme celui-ci, avec ses basses qui ont l’effet d’un tremblement de terre, vont déclencher. L’EP est donc à peine disponible qu’on a hâte de retrouver Makala sur scène.

L’EP Gun Love Fiction est désormais disponible. Si le Genevois reste encore peu connu en France, on est désormais sûr que ça ne durera pas.

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Par Sophie Laroche, publié le 23/06/2017

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