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On écoute DAMN., le quatrième album (monstrueux) de Kendrick Lamar

Première écoute et analyse, à chaud, du digne successeur de To Pimp a Butterfly.

damnnnn

"So I was taking a walk the other day."

Retenez bien cette phrase... par laquelle commence le premier titre de l'album.

Un projet de 14 titres qui se veut plus incisif, plus direct. D'abord par sa pochette, son titre qui claque et ceux de ses morceaux en un seul terme. Ensuite, au niveau des sujets traités et de la manière dont ils sont rappés. Même sur une prod' jazzy comme celle de "Feel", Kendrick Lamar arrive à cracher de toutes ses forces la noirceur de ce monde pour en libérer sa communauté.

Car il ne s'agit plus de se morfondre, mais bien de rêver à un renouveau, à une vie meilleure, dans la tête d'un rappeur aussi tourmenté que révolté.

Black vs. America

On rembobine : après une épique introduction, "Blood", dans laquelle K-Dot est abattu par une vieille femme aveugle (si c'est pas une jolie parabole, ça), le kid de Compton éclabousse tout avec le déchaîné "DNA", davantage tourné en une forme de célébration de son héritage noir.

Soit les thèmes principaux de l'album : l'excellence noire face au racisme institutionnel et aux brutalités policières.

K-Dot vs. Fox News

Cerise sur le gâteau : sur ces deux premiers morceaux, Kendrick Lamar envoie une droite à Fox News en samplant la chaîne d'infos américaine et son journaliste Geraldo Rivera, qui avait dit du rappeur, auteur de "Alright", qu'il avait "causé plus de dommages aux jeunes afro-américains que le racisme lui-même, ces dernières années". Premières claques, on poursuit l'écoute...

... pour retrouver du classique chez le Californien : varier les ambiances entre chaque titre et en chaque titre, tout en harmonisant les couleurs et sonorités pour obtenir ce genre de cocktail parfaitement... explosif, comme le génial "Element" ; ou plus doux, sur le langoureux "Pride" et son esprit gospel. Arrive ensuite l'énergique et critique "Humble".

Rihanna, U2, Zacari et Kaytranada

Rihanna, annoncée en featuring, apporte une respiration plus pop et douce à l'album, sur "Loyalty". Quant à U2, surprise : le groupe arrive sur "XXX", un très bon morceau, tantôt posé, tantôt énervé, donnant une toute petite touche de chant assez sombre et agréablement noyée dans le flow et les paroles abrasifs de Kendrick Lamar, qui met ici l'accent sur un pays, les États-Unis, en déperdition.

Enfin, le jeune chanteur Zacari, que l'on retrouve par ailleurs sur l'intro du dernier album d'Ab-Soul, du même label TDE, contribue par surprise au projet en posant sa voix charnelle sur une prod' qui l'est tout autant pour parler de "Love". L'amour est l'élément essentiel de l'album, une sorte de liant entre les morceaux.

Un autre artiste inattendu sur l'album, Kaytranada. Le Canadien s'offre une première : il ne s'occupe pas de produire "Lust" (Sounwave, DJ Dahi et BadBadNotGood le font à la perfection), mais il y pose des voix, pour un titre plein de groove.

Amour et foi d'un conDAMNé noir

Produit par le génie The Alchemist, "Fear" nous emmène tendrement vers la fin du projet, avant un dernier sursaut d'humeur de la part de Kendrick Lamar pour clore l'album en trombe. En deux temps : d'abord depuis le ciel, avec "God", avant de revenir sur Terre dans "Duckworth", l'histoire d'un père qui a failli se faire shooter par le manager de son fils.

Le livre se ferme sur un coup de gun. Et la boucle est bouclée avec cette phrase :

"So I was taking a walk the other day."

Finalement, c'est un album poétique, dans les paroles comme dans les riches productions, que l'on retrouve. Un poème à la fois dur et souple, dont les lettres planent des rues de Compton aux allées du Paradis, et dont le flow coule dans les veines d'un Noir américain comme sur la matraque d'un policier. DAMN., Kendrick Lamar en a fait son recueil, dans lequel lettres et flow noircissent des pages blanches et pures dont la matière est un mélange de foi et d'amour.

DAMNation

Et... la rumeur dit que King Kendrick pourrait lâcher un deuxième album dans la foulée, ce dimanche. Ou une version améliorée du (déjà) monstrueux DAMN., qu'on se réécoute en attendant les jours encore plus beaux d'une NATION et de tout un monde.

Tous les crédits de production de l'album :

1. “BLOOD” (prod. by Bekon & Anthony “Top Dawg” Tiffith)
2. “DNA” (prod. by Mike WiLL Made-It)
3. “YAH” (prod. by Anthony “Top Dawg” Tiffith, DJ Dahi, Bekon & Sounwave)
4. “ELEMENT” (prod. by Bekon, James Blake, Ricci Riera, Sounwave & Tae Beast)
5. “FEEL” (prod. by Sounwave)
6. “LOYALTY” (prod. by Terrace Martin, Sounwave, Anthony “Top Dawg” Tiffith & DJ Dahi)
7. “PRIDE” (prod. by Bekon, Anthony “Top Dawg” Tiffith & Steve Lacy)
8. “HUMBLE” (prod. by Mike WiLL Made-It & Pluss)
9. “LUST” (prod. by Sounwave, DJ Dahi, & BADBADNOTGOOD)
10. “LOVE” Feat. Zacari (prod. by Sounwave, Teddy Walton, Greg Kurstin & Anthony “Top Dawg” Tiffith)
11. “XXX” Feat. U2 (prod. by Mike WiLL Made-It, Anthony “Top Dawg” Tiffith, Bekon, DJ Dahi & Sounwave)
12. “FEAR” (prod. by The Alchemist)
13. “GOD” (prod. by Cardo, Ricci Riera, Sounwave, DJ Dahi, Anthony “Top Dawg” Tiffith & Bekon)
14. “DUCKWORTH” (prod. by 9th Wonder & Bekon)

À voir -> À la redécouverte du "To Pimp a Butterfly" de Kendrick Lamar en 16 photos

Par Rachid Majdoub, publié le 14/04/2017

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