GUIYANG, CHINA – JULY 31: A group of dancing grannies dances to music playing in wireless headphones on July 31, 2014 in Guiyang, Guizhou Province of China. Yunyan District Central East Community distributed « Silent Messengers » to more than 30 women who dance in the plaza. The « Silent Messenger » is a wireless audio transmitting device with an FM headphone. The device sends signals to connected MP3s or mobile phones, enabling the women to dance and listen to the same song through their individual headphones.

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On vous explique pourquoi les vieilles dames chinoises ont l’air de plus s’éclater que les jeunes

Les seniors chinois ont l’air de s’amuser davantage que leurs congénères occidentaux, preuve en sont les nombreuses vidéos dont regorge le Web chinois montrant des mamies réunies en hordes dansantes dans les parcs ou sous les spotlights d’émissions de variétés. Comment se fait-il que les vieux chinois s’éclatent autant ?

(© Getty)

Le cliché du vieil homme chinois qui déambule avec un oiseau en cage le long des avenues pourpres a vécu. Avec le développement éclair du pays, une partie du troisième âge chinois s’est payé une nouvelle jeunesse. Voyage en groupe, cours de tango, karaoké, certains "vieux" profitent pleinement de ce que propose la société de consommation et de loisirs qui en trente ans semble s’être largement substituée aux valeurs communistes.

Dans les grandes villes de Chine, impossible de ne pas voir des mamies (grands-tantes en chinois) groovant sur de l’EDM diffusée à plein volume sur de mauvaises enceintes au milieu de la place publique.

En chinois, on parle de "danse de place" plutôt que de danse de rue pour qualifier ce phénomène omniprésent et très bruyant. Tellement bruyant que les jeunes générations se sont à plusieurs reprises mobilisées pour mettre un terme à ces "surprises-parties" géantes.

"Ces vieilles troublent l’ordre public, elles n’ont aucune conscience des autres, elles empêchent nos enfants de faire leur devoir", argumentent les détracteurs de ces vieux épicuriens.

Plus d’une fois les échanges ont tourné au vinaigre entre riverains et "gangs de vieilles" qui se sont vues jetées des bonbonnes d’eau et d’ordures sur la tête et sur leur sono. Il faut dire que ce n’est pas agréable de se faire réveiller à 6 heures du matin par 65 décibels de "mandopop" (pop en mandarin).

En 2015 alors que ces petits conflits prenaient de l’ampleur, le bureau national du sport a émis des réglementations pour apaiser les plaignants tout en garantissant le droit inaliénable de danser à ces mémés prêtes à en découdre. Des standards ont été fixés, des chorégraphies (en vingt pas) approuvées et le volume sonore limité à 45 décibels.

La danse, c’est la vie

Pourquoi la danse est-elle si vitale pour ces vieilles dames ? La réponse est dans le passé de ces femmes, qui, nées bien souvent entre les années 1940 et 1960 ont grandi au rythme des mobilisations politiques, des rassemblements massifs où l’on chantait et dansait à la gloire de Mao. Le groupe a toujours prévalu sur la vie individuelle.

Or depuis la libéralisation du pays, la société s’est atomisée au profit de la carrière et de la réussite personnelle. À cela s’est ajoutée l’angoisse du "nid vide" lors du départ de l’enfant unique du domicile familial ainsi qu’une piètre allocation retraite.

Dans ce contexte, ces rassemblements apparaissent comme une soupape de décompression pour les personnes âgées. Ils offrent à la fois un moment de socialisation et une occasion de faire de l’exercice, gratis, en plus.

Un vieil héritage

En Chine, la recherche de la longévité via une alimentation saine et de l’exercice physique remonte à des millénaires. Ce n’est pas une mode comme la zumba ou le fitness, c’est une tradition. Fin 2015, la Chine comptait 222 millions de personnes âgées de plus de 60 ans (soit 16 % de la population) selon le Ministère des Affaires civiles, et on estime qu’en 2050, la proportion atteindra 30 %. Avec ce genre de chiffres, impossible de négliger la place des seniors dans la vie du pays.

D’autant plus que le respect des aînés est toujours de mise dans la Chine moderne, pour le meilleur et pour le pire. Tour à tour bourreaux et victimes du jeu de la piété filiale, les jeunes et les vieux s’aiment et se détestent à la fois.

Dame aux bichons. (© Paca Lee)

Beaucoup de jeunes vivent sous la pression des vieux, parents et grands-parents qui les pressent à acheter appartement et voiture à des prix de moins en moins accessibles en Chine. Outre la pression économique, il y a la pression sociale liée au mariage, là aussi largement renforcée par les personnes âgées qui n’hésitent pas à faire du "chantage" pour obtenir une descendance.

Dans ce contexte, certains jeunes couples enfantent pour faire plaisir à leurs parents et leur confient ensuite la garde quasi complète. Beaucoup de personnes âgées s’accommodent bien de leur vie de seconds parents tandis que d’autres encore, grisées par le vent de liberté qui souffle sur la Chine, passent par ce qu’on qualifierait en Europe "d’adolescents en crise tardive".

Le look, c’est la liberté, et l’âge ne compte pas

Un stand de chapeaux dans les rues de Pékin. (© Paca Lee)

Ce qui saute aux yeux, c’est avant tout une grande liberté vestimentaire chez les vieux chinois. Les fringues sont en effet tellement peu chères et variées en Chine (notamment via les sites de vente en ligne) qu’il est possible de s’offrir un style ébouriffant pour quelques centaines de yuans.

Leggings fluo, T-shirts à slogans douteux, casquettes à clous, pantalons à fleurs et autres imprimés extravagants, dentelles, baskets ou talons hauts, ce n’est pas leur grand âge qui va les empêcher de se payer un look. Leur candeur, voire leur absence totale de peur du ridicule, contraste largement avec les manières de nos grands-mères françaises, dont l’habillement est souvent régi par les règles implicites du bon goût.

Dans l’Hexagone, passé 60 ans, on ne porte plus trop de minijupes et encore moins de cuissardes en Skaï, ça fait mauvais genre. En Chine, certains ne s’embarrassent pas de ce genre de convenances. Après trente ans d’uniforme bleu et kaki, porter ce qu’on aime, c’est une vraie façon de se libérer et de s’affirmer. Si les jeunes chinois ont plutôt la passion des grandes marques internationales, les vieux ne manquent pas d’options, récemment, ils ont participé à rendre virale la mode du "face-kini" par exemple.

Un trio affriolant. (© MrModern)

En somme, le troisième âge pèse lourd en Chine, les personnes âgées consomment, s’amusent, voyagent à tel point qu’on parle de "silver economy". Décomplexés, désinhibés, ceux qui ont suffisamment d’argent pour le faire profitent de tout et découvrent une nouvelle vie au-delà des devoirs familiaux, et ils donnent plutôt envie !

Par Léo de Boisgisson, publié le 23/10/2017

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