En écoute : Starboy, le nouvel album de The Weeknd

Heureusement qu'il était là pour sauver ma matinée dans le métro et m'emmener tranquillement vers le Weeknd.

starboy

"Et le prix du meilleur artiste pop R'n'B est décerné à..." Les visages de The Weeknd, Bryson Tiller, Future, PartyNextDoor sont tendus. Je les observe depuis la scène, Rihanna me regarde avec attention – "Hi Rihanna" –, je prends une inspiration, fin du suspense... Blackout. C'est là que je me réveille, naturellement. Je regarde mon téléphone. Bordel, je suis en retard pour le taf'.

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Starboy, le troisième et très attendu album de The Weeknd vient de sortir dans la nuit. Déprime matinale, anxiété, comme Kanye ou Kid Cudi, je me dis une énième fois que je suis "broken", cassé. Fuck : je commence par la dernière piste de l'album avec l'excellent single "I Feel It Coming", en featuring avec Daft Punk, pour me remonter le moral. Je saute de la douche au métro en deux-deux, en reprenant par le commencement : "Starboy", piste 1. Le morceau jaillit une énième fois des écouteurs, et mon affection pour lui est toujours aussi forte, malgré les divisions qu'il a créées.

S'enchaînent les très solides singles "Party Monster", coécrit avec Lana Del Rey, et "False Alarm" pour vraiment me réveiller au milieu de toute cette foule amassée dans la ligne 6. Pendant que je tente de me faire une place dans le wagon, les gens tirent la gueule, scrutent leur téléphone, checkent leur journal gratuit qu'on leur sert avec au menu : le récap' du débat de deuxième tour de la primaire de la droite (de la merde), et des pubs...

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L'actu pour moi, c'est le nouvel album de The Weeknd, que j'écoute pendant que je tente d'écrire ce texte mollement sur mon Xperia Z3. Dix-huit titres composent le projet (dont quatre produits par le surdoué Cashmere Cat) teasés en grande pompe jusqu'à cet impressionnant court-métrage de 12 minutes qui révélait tout récemment les contours du disque dématérialisé.

J'ai hâte d'entendre ce que donne la collaboration avec Kendrick Lamar, donc je triche et y passe direct. Plus de réseau, Spotify déconne. Ça revient, play, boom : "Sidewalks" se lance. L'intru' l'emporte d'entrée sur ma bad mood. The Weeknd ouvre le morceau en parfaite synergie avec les instruments, jusque sur le refrain. Très bon. Au tour de Kendrick Lamar : il n'est pas le meilleur rappeur de notre époque pour rien... son couplet est (une nouvelle fois) bien fou. Les deux hommes marchent sur l'eau, pour une association plus que réussie. Cool. Je regagne le sourire et reprends là où j'en étais.

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"Reminder", "Rockin", "Secrets", "True Colors" : le ventre de l'album est bien construit, avec "Rockin" et "Secrets" pour faire bouger la tête, entourés des très posés "Reminder" et "True Colors". Arrive ensuite le subtile interlude de Lana Del Rey. Puis de nouveau "Sidewalks", déjà entendu. Pour me rappeler que je suis dans le métro, je passe "Six Feet Under", soit tout simplement l'un des tout meilleurs morceaux de l'album – l'avenir proche et plusieurs écoutes diront si c'est le meilleur.

En tout cas, j'ai du mal à m'en remettre pendant que s'enchaînent "Love To Lay", "A Lonely Night" (que je me réserve pour ce soir), puis le langoureux "Attention" : ça tombe bien, je tombe nez à nez avec les contrôleurs en plein milieu du titre. Faut tracer. Journée de merde. Quoi de plus logique que de les quitter bien blasé avec "Ordinary Life" dans les oreilles, pendant que je traverse le long couloir du métro pour changer de ligne.

J'arrive au bureau sur "All I Know", boosté par Future, me pose et rêve de love avec "Nothing Without You" et "Die For You", et achève la boucle avec "I Feel It Coming", naturellement, signant la fin d'un projet parfois un chouia timide lyriquement, mais bien orchestré, produit et chanté. Un album qui installe définitivement The Weeknd, celui de House of Balloons (2011) ou Echoes of Silence (2011), sur le trône du R'n'B, trophée en main et allure évoluée en véritable Starboy.

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Par Rachid Majdoub, publié le 25/11/2016

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