Dollars, filles, dancehall : Major Lazer au Bataclan

Le live livré par la bande de Diplo via Major Lazer au Bataclan ne peut être raconté chronologiquement. Une mise en perspective semble seule à même de retranscrire fidèlement l'ambiance surchauffée et les secousses qu'ont vécu quelques milles spectateurs ce jeudi soir.

Diplo, dans toute sa splendeur (Crédit Image : Louis Lepron)

Il est 20h30 quand nous arrivons aux abords du Bataclan. Devant la salle, les spectateurs commencent à se masser, poussés par la même attente. C'est à une messe que l'on va assister ce soir-là dans la salle du onzième arrondissement. Sauf qu'à ce moment de l'histoire, on ne perçoit pas encore la ferveur qui entoure le frontman de Major Lazer, Diplo.

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À l'intérieur une salle remplie mais encore parsemée, Cashmere Cat fait office de chauffeur de salle grand luxe pour le natif de Philadelphie. Sur scène, un amas de baffles comme scénographie ce qui donne à l'ensemble la teneur d'un soundsystem.

Le Norvégien parti, la machine Major Lazer peut se mettre en route. Et la magie opère.

Diplo, l'escroc

Car à défaut de proposer une performance artistique solide, Diplo se contente de provoquer la foule à coup de "Jump up !", de danses endiablées, de vuvuzelas lancés dans le public, de matelas pneumatiques et d'animations en tous genres.

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Lui, aux platines ? De temps en temps. Des chanteurs ? Ses deux compères Jillionaire et Walshy Fire sont plus là pour haranguer la foule que pour livrer une véritable performance vocale. Ne restent que les danseuses qui habillent la scène d'une volupté un peu provocante.

Une danseuse de Major Lazer (Crédit Image : Louis Lepron)

Le pire c'est que le tout fonctionne. Et même la coquetterie du producteur d'apparaître irrémédiablement en costume cravate à toutes ses apparitions ou les mises en scène de mauvais goût (Diplo jetant des billets sur ses danseuses, Diplo grimpant sur les enceintes tel le messie, Diplo appelant des filles du public à monter sur scène puis offrant à un spectateur une danse sexy avec l'une de ses twerkeuses), tout passe. Crème.

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Le Carnaval Major Lazer

Et la vérité, c'est qu'il s'en tape. La réussite du combo tient tant à la qualité artistique de ses productions qu'à son charisme intrinsèque. Diplo peut à présent se permettre de faire ce qu'il veut sur scène, comme il veut, de laisser libre court à n'importe quels caprices ou fantaisies.

(Crédit Image : Louis Lepron)

Le concert de Major Lazer (Crédit Image : Louis Lepron)

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Comme voguer sur la foule dans une balle de plastique, tourner le dos à la foule goguenard pour prendre une photo. Et tout cela en étant assuré de la réponse en choeur d'une foule conquise.

Plus que ça, Major Lazer en live c'est un amas de trucs épars, un carnaval bigarré, éclectique et cathartique. Et Thomas Wesley Pentz, de son vrai nom, semble lui aussi contaminé par cette humeur positive, par cet espace particulier où tout semble permis et tout se mélange. Car plus que la démonstration de son magnétisme, c'est un show qui fonctionne à l'énergie. Et la sélection des chansons jouées ce soir-là s'en ressent.

United Colors of Major Lazer

Pas de temps mort. Pas d'arrêt ou de ruptures dans le rythme effréné donné par les trois comparses du groupe. Mais si l'on s'en souvient bien malgré la teneur "dancehall" du projet à la base, Major Lazer ne possède pas en rayon assez de chansons puissantes pour tenir pareil tempo pendant un concert entier. Même en deux albums.

Alors un show de Major Lazer, c'est un show où l'on entend en fait assez peu de productions du groupe. Alors oui, Bumaye, Get Free (à toutes les sauces pour plusieurs remix), Pod de Floor rageur, Jump Up, Bubble Butt ou Original Don ont probablement ravi les fans du groupe.

(Crédit Image : Louis Lepron)

Pour le reste c'est une ambiance musicale qui passe du hip-hop au dancehall, de la techno à la dubstep, de la trap au reggae roots où l'on croise pèle-mêle Baauer, Drake, Dismantle, House of Pain, Nirvana et puis finalement le Grand Bob et Toots and The Maytals pour faire un dernier hommage aux pionniers du genre dont le groupe se revendique.

Et tant dans la sélection que dans le show, Diplo a pioché parmi les éléments de ces cultures éparses pour rendre une copie étonnante : entre énergie techno, spontanéité des soundsystem, demesure du dancehall, puissance du mouvement bass music. Par un son métissé, un show coloré, lui et ses copains réinventent les standards et la cases. United Colors of Major Lazer.

Coquille vide ?

Mais le live ça ne ment pas. Et ce qu'on a également constaté, derrière les apparences, les jolies pochettes de disques aux featurings alléchants, pléthores de musiciens, et de nombreux artistes en collaboration, c'est que Major Lazer reste un combo réduit in fine.

Une danseuse de Major Lazer (Crédit Image : Louis Lepron)

Alors oui il était hypothétique d'attendre Ms. Dynamite, VYBZ KARTEL (surtout qu'il est en prison), Ezra Koenig ou d'autres sur scène. Au final, ce qu'ils ont fait hier c'est donner le change, ni plus ni moins, faire de la partie émergée de l'iceberg quelque chose de coloré pour cacher l'essentiel : Major Lazer n'existe pas en tant que groupe. Et Diplo de se montrer tel qu'il est : un escroc génial qui arrive à faire sauter les foules alors que son live est probablement l'un des plus pauvres artistiquement qu'il nous a été donné de voir.

Par Tomas Statius, publié le 26/04/2013

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