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Dix pépites de rap anglais que la France doit absolument découvrir

Publié le

par Brice Miclet

© House of Pharaohs

La France semble être de plus en plus friande de rap venu d’outre-Manche. C’est une bonne chose. Alors si vous n’avez fait que survoler le phénomène, voici dix artistes représentatifs de l’immense forêt cachée par les quelques arbres qui trustent les scènes de toute l’Europe. Avec un poil de grime en prime, histoire de sonner plus local.

(© House of Pharaohs)

Le rap anglais a ses fers de lance : Skepta, Krept and Konan, AJ Tracey, les rappeuses qui carburent actuellement comme Lady Leshurr, Nadia Rose, Paigey Cakey, Little Simz et autres Mz Bratt… Tous sont parvenus à se faire un nom dans nos contrées. Mais un nombre incalculable d’entre eux n’ont pas ou très peu traversé la Manche. On pourrait écrire un bouquin sur eux, tant cette scène anglaise, et notamment londonienne, est foisonnante actuellement. En toute humilité et subjectivité, en voici dix qui font plus que valoir le détour.

House of Pharaohs, le collectif à suivre

L’un des collectifs les plus excitants se nomme House Of Pharaohs, et est composé des six rappeurs : Blaze, Bandanna, Sam Wise, Kev, Danny et AJ. À ne pas confondre avec Pharoah Sanders ou même Pharoahe Monch. Rien à voir. Échappés de l’underground de la capitale anglaise, ils ont pris une autre dimension chez nos voisins en 2017, notamment avec les titres "Run With Me" et "London’s Finest", issus de leur projet Real Faces. Une tuerie. Accompagnés de vidéastes, d’illustrateurs et de designers, ils parviennent à allier une trap très street (mais toujours à l’anglaise) à une esthétique très singulière. Il faut dire qu’ils sont tous issus de la même école d’art. Pour des types âgés de 18 à 22 ans, disons que les choses démarrent franchement bien, d’autant que leur tout nouvel EP, The Fix, sorti le 26 mars, fait largement honneur à leur réputation.

Plusieurs d’entre eux se sont d’ailleurs lancés en solo. Bandanna, AJ… Mais surtout Sam Wise. Certainement le plus talentueux du groupe. En plein milieu de l’été 2017, il sortait une petite bombe : le titre "Lizzie". Et en bon anglais pratiquant le rap en 2018, difficile de ne pas côtoyer la scène grime. Il sort plusieurs titres titillant ce genre, notamment l’excellent "Rack Up" paru en février 2018.

Northampton au nord de Londres, un lieu foisonnant

Autre délire, autre ville. Direction Northampton, au nord de Londres, à mi-chemin vers Birmingham. C’est depuis cette cité presque méconnue que Slowthai est en train de faire son trou, tout seul comme un grand, misant uniquement ou presque sur YouTube. Son premier EP, Slowitdown, tient la dragée haute aux grands noms du rap british. Et ce grâce à un côté punk, un mélange de trap et de grime avec des instrus ténébreuses et un flow effréné, parfois malaisant, dans le bon sens du terme. Le bonhomme ne paie pas de mine, mais attention, gros potentiel. Son titre le plus connu reste à ce jour "NT Biscuit", avec son introduction déchaînée, mais on adore aussi "North Nights", avec son clip aux références à Orange mécanique.

Les médias spécialisés anglais en ont beaucoup parlé, mais encore une fois, l’Hexagone ne considère pas son talent à sa juste valeur. Dommage, d’autant qu’Octavian est né en France, avant de grandir à Londres. Ça s’entend. Révélé grâce à son track "Party Here" en septembre dernier, il a étoffé son spectre musical depuis, en s’acoquinant lui aussi avec le grime, comme sur "Hands", sorti il y a à peine plus d’un mois. Pote de Sam Wise, avec qui il a par exemple sorti le très bon featuring "100 Degrees", il est de ceux qui montent fort outre-Manche. Rien d’étonnant, honnêtement.

On l’a évoqué plus haut, l’Angleterre est certainement le pays qui a la plus grosse concentration de rappeuses successful actuellement. Sans compter celles qui peuplent la nouvelle scène R’n’B comme IAMDDB, Mahalia, Ray BLK ou Princess Nokia. Les noms sont donc innombrables. Attardons-nous tout de même sur la méconnue Sampz. On trouve sa trace sur le titre "In This Bitch" en featuring avec un membre des House Of Pharaohs, Bandanna. Pas le titre de l’année, mieux vaut se tourner vers ses morceaux en solo. La plupart ne dépassent pas les 20 000 de vues sur YouTube. Mais quand la France aura découvert "Xtra", "No Competition" ou "#MoreTime", il est possible que cela change.

Influences expérimentales et électroniques

Il est parfois incompréhensible de voir des artistes talentueux avoir extrêmement peu d’écho. Tous les chineurs de musique ont leur panthéon dans le domaine. Jeshi est sans aucun doute une belle prise. Le jeune Londonien captivant, dont les titres "Pink Champagne", "Dancing In The Headlights", "Daydream" méritent tellement plus que cette mini-notoriété, est proche de l’expérimental, très lyrique, parfois psyché durant ses prestations en live. Il agit pour le moment dans l’ombre, mais son projet The Worlds Spinning Too Fast est un sans faute musicalement.

C’est l’instant honnêteté : on ne sait absolument rien du rappeur L3. En tombant sur son très bon (mais trop court) titre "Crash The Coupe", on s’est dit qu’il y aurait forcément d’autres choses à se mettre sous la dent. Et bien a priori non, rien. À quoi bon s’épancher, donc, il suffit d’écouter.

Bon, d’accord, les 808INK semblent nettement plus connus que les autres noms de cette liste. Mais il reste surprenant de constater l’hermétisme des médias français à cette musique démente. En Angleterre, les choses sont différentes pour ce duo londonien composé du rappeur Mumblez et du producteur 808Charmer, qui sévit depuis déjà pas mal d’années. Taillé pour ceux qui aiment Kaytranada et consorts. Le meilleur moyen d’entrer dans leur discographie de dingue est leur plus gros coup de force, le titre "Suede Jaw", sorti l’an dernier.

À l’ancienne

Les rappeurs comme Daniel OG ne courent pas les rues. Son flow sent presque les USA époque eighties, sonne carrément old school. Même certaines de ses prod', faites d’une rudimentaire TR-808 agrémentée de nappes, semblent anachroniques. Mais ça fait du bien. Le Londonien vient de l’excellent trio Neverland Clan, à côté duquel vous allez regretter d’être passé, et parvient à s’exhiber avec un maillot de Manchester United dans ses clips. Rien que pour cette audace, on valide, mais surtout pour ses titres "Plan", "I Wanna" ou son tout dernier en date, "When I (Dumpy)".

Faire les premières parties des grands noms, ça sert. En faisant celles de Princess Nokia et Mura Masa, la toute jeune Flohio parvient très lentement à trouver un public. Grosse hargne, grosse énergie, grosse technique… Ses morceaux "Bands" ou "New Model Friends" commencent à trouver un écho chez nous. La preuve, elle est programmée lors de la prochaine édition du festival Villette Sonique, à Paris, le dimanche 27 mai. À ne pas louper.

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