Par Rachid Majdoub

Plongé dans les profondeurs translucides du Pacifique en 2017, Disiz sort aujourd’hui de l’eau avec son douzième album.

"J’ai tout perdu, ma femme mon gosse et mon job. J’ai plus rien à perdre alors…" : cette phrase, prononcée il y a près de 20 ans, n’épouse la réalité qu’aujourd’hui. Aussi bien professionnellement que personnellement, Disiz vit actuellement ce qu’il racontait jadis. De quoi nourrir une énergie nucléaire pour en tirer un albombe. Un album explosif, en somme.

Peu l’avaient vu venir, car Pacifique, sorti en 2017, était un très bon projet que pas mal ont ignoré. Pensant Disiz fini, dépassé, alors qu’il nageait à contre-courant de la tendance avec un objet unique. Dans la lignée qualitative de ce précédent album, Disizilla vient enfoncer les points sur les i à coups de poing cette fois-ci rocailleux, usés mais fermes : ceux d’un humain irradié, par son passé et son présent, et prêt à laisser imploser ses failles.

Boom boom boom. La fumée dissipée dans une atmosphère de colère, le cratère formé de 16 titres laisse apparaître un premier monstre en son centre : "Hiroshima". Deux autres créatures semblent bouger : un Sofiane inépuisable d’un côté et, de l’autre, un Niska jaillissant d’un "Cercle rouge" bouillant. "Kaïju", "Disizilla", "Mastodonte", "Hendek", "Fuck l’époque" font partie des morceaux de roche noircie par la lave : sombres et percutants, ils constituent le squelette de l’album. Une ossature au milieu de laquelle un cœur continue de battre au rythme de titres plus délicats comme "Terre Promise", "Owi" ou "Ulysse", sur lequel la fille de Disiz finit par complètement apaiser l’ambiance radioactive.

Myd, Dabeul, Guillaume Brière de The Shoes, Pepside, Shady, Ponko, Mim, Prinzly et Ryan Koffi n’ont pas composé les instrus du "meilleur album de la carrière" d’un des rappeurs les plus importants du paysage français, mais d’un album encore une fois unique, incomparable.