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Avec Death Note, Netflix veut son Destination finale

Publié le

par Marion Olité

Lakeith Stanfield and Nat Wolff in the Netflix Original Film « Death Note »

Honnie par les puristes du manga Death Note, l’adaptation américaine homonyme d’Adam Wingard lorgne clairement du côté de la franchise horrifique Destination finale. Pour le meilleur ou pour le pire ?

Lakeith Stanfield et Nat Wolff. (©️ Netflix)

En s’embarquant dans le projet d’adaptation en live action du manga Death Note − écrit par Tsugumi Ōba et illustré par Takeshi Obata −, Adam Wingard avait-il conscience où il mettait les pieds ? L’homme sympathique qui nous fait face, au look de métalleux propret, ne semble pas impressionné plus que ça par la horde de fans mécontents qu’il se traîne derrière lui. Nostalgique des films adolescents "Rated R" (une classification américaine qui équivaut à une obligation pour les spectateurs de moins de 17 ans d’être accompagnés d’un adulte) des années 1980, et bien informé par un frère designer de jeux vidéo de la puissance d’une franchise comme Death Note, le cinéaste s’est lancé dans le projet.

Une version américanisée

Les compromis avec Hollywood, Adam Wingard en a déjà fait : on lui doit en effet le remake de Blair Witch en 2016. On lui propose une version américanisée de Death Note qui ne se déroule pas à Tokyo, mais à Seattle ? Il est partant. Cela lui permet de "partir d’une page blanche". Il nous explique :

"J’ai pas mal lutté au début, je voulais rester lu plus proche possible du matériau d’origine, mais plus je tentais de faire ça, moins ça fonctionnait. On a évolué naturellement finalement, et on a exploré des directions différentes. […] L’idée avec cette adaptation était de reprendre les thèmes principaux : le bien contre le mal et ce que l’on peut y trouver au milieu, cette fameuse zone grise, le jeu du chat et de la souris entre les protagonistes… Mais nous voulions en tirer une expérience nouvelle."

Dans la version américanisée donc, Light Turner (incarné par Nat Wolff) est un ado qui va tomber par hasard sur un cahier de notes un peu spécial. Il comprend rapidement qu’il peut se faire justice lui-même et tuer quiconque l’emmerde en inscrivant simplement un nom dessus. Bon, et puis au cas où vous n’auriez pas compris, Ryuk, le dieu de la mort, vient lui expliquer toutes les règles. Dans le même temps, Light va tomber amoureux de Mia (l’excellente Margaret Qualley, vue dans The Leftovers et cette pub Kenzo qui a tant fait parler d’elle), avec laquelle il partage ce secret. Tous deux décident alors de rendre une justice bien arbitraire. Sévissant sous le nom de Kira, ils vont finir par attirer l’attention des médias et d’un certain L, détective privé de génie (Lakeith Stanfield), qui commence à les traquer.

Quand Destination finale rencontre Death Note

L’intrigue reste donc assez proche, dans les grandes lignes, du manga et de l’anime. Dans l’esprit en revanche, le film, plutôt divertissant, prend les airs d’un Destination finale − qui rencontrerait Fatal Games (pour le couple dark formé par Christian Slater et Winona Ryder). Adam Wingard confirme : "Destination finale a définitivement été une inspiration dans la façon dont nous avons abordé les scènes qui se terminaient par la mort d’un personnage."

Les deux films visent d’ailleurs un public jeune avide de sensations fortes, et misent sur la fascination, quasi universelle, pour la mort. Une fois que le nom d’une personne est inscrit dans le cahier, on assiste à la fatale séquence, qui ressemble à s’y méprendre au procédé qui avait lieu dans celles de Destination finale. Si les scènes funestes de Death Note sont plutôt bien gérées, avec ce qu’il faut de gore et de surprises, c’est du côté du héros que le bât blesse, puisqu’il manque cruellement d’aspérités. La faute à une caractérisation des personnages simplifiée à outrance. Sur le thème "peut-on se faire justice soi-même ?", des œuvres comme Mystic River ou la série Daredevil (avec le personnage du Punisher en saison 2) ont apporté autrement plus de grain à moudre.

Nat Wolf et le réalisateur Adam Wingard. (©️ Netflix)

Ce Death Note prend le chemin du pur divertissement qui refuse de se prendre la tête. Pourquoi pas, après tout. Précisons qu’un soin particulier a été apporté aux scènes d’action et à la représentation en live action du dieu de la mort. Ryuk a en effet nécessité de la motion capture, des CGI et pas moins de deux acteurs, comme l’explique Adam Wingard :

"Willem Dafoe a fait le doublage voix et nous avons capturé son visage avec la technique de motion capture. Pour moi, c’était très important de donner naissance à ce personnage de façon inédite. Les versions japonaises utilisaient beaucoup les CGI. Mais je voulais que l’on puisse avoir l’impression de pouvoir le toucher. […] Sur le plateau, on a eu un acteur, Jason Liles, qui mesure un peu plus de 2 mètres et qui l’incarnait. Il portait son costume, et seul son visage a été modifié avec des CGI.

Le personnage est beaucoup dans l’ombre, donc il fallait qu’on le sente se mouvoir et que l’on ait envie de l’attraper. Pour bien faire ressentir cela, on lui a mis une paire de lunettes avec des faux yeux qui brillent dans la nuit. Rien que cet effet m’a rassuré, car ça fonctionnait très bien."

Prêt à consommer

Fruit de son époque, Death Note séduira un public jeune et avide de nouveaux divertissements. Il risque en revanche de décevoir les puristes. Mais au-delà de cette querelle de fans, ne nous voilons pas la face, il s’agit d’une œuvre prête à consommer, au concept très séduisant pour une éventuelle franchise. Une suite est d’ailleurs déjà dans les tuyaux. Avec des séries comme Riverdale ou 13 Reasons Why, Netflix poursuit donc clairement son entreprise de séduction à l’égard du public adolescent.

On peut tout de même regretter que la plateforme à visée mondiale ne se soit pas lancée dans une adaptation plus fidèle, qui se serait déroulée à Tokyo, avec des acteurs japonais. Elle s’est en effet distinguée plusieurs fois en mettant en scène la culture spécifique des nombreux pays dans lesquels elle s’est implantée − on pense à Okja, Narcos ou encore The Crown. En somme, ce Death Note américanisé et uniformisé manque de saveur, mais il fera sûrement plusieurs bébés.

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