Daniel Darc

Éloge : Daniel Darc Side of the Moon

Daniel Darc, figure de la chanson rock à la française a été retrouvé mort hier dans son appartement du 11ème arrondissement. Médicaments et alcool pourraient être le mélange à l'origine de sa mort. Éloge de l'ex-chanteur de Taxi Girl. 

Daniel Darct.

« Je suis déjà parti » chantait Daniel Darc au sein de Taxi Girl en 1984. Comme pour s’excuser, déjà, de n’être pas vraiment d’ici, de n’être pas vraiment sûr de vouloir rester trop longtemps en ce bas monde. D’excès en excès, de démons en démons, alcool, sang et drogues auront beaucoup trop irrigué les veines de cet artiste à vif pour qu’il puisse faire un jour des projets au long cours.

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Mais qui, à chaque chute un peu plus bas, se relèvera des enfers, comme indestructible. Seule la maladie lui fait vraiment peur, lui qui brûle la vie par tous les bouts, héros magnifique d’un livre de Steinbeck ou de Kerouac. Fou de littérature et de cinéma, Darc se rapproche avant tout du révérend gothique de « La Nuit du Chasseur », Harry Powell ! Love and Hate gravés à jamais sur les poings.

Petit à petit son corps disparaissait d’ailleurs sous l’encre noire des tatouages, comme pour effacer une enveloppe charnelle qui comptait bien moins que la taille de son âme, que sa foi incommensurable en la Bible, guide spirituel qui irradiait toute la dernière partie de son œuvre, comme celle de Johnny Cash ou Nick Cave, ses héros, avant lui.

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Daniel Darc : un mec aux cicatrices

Revenu de tous les pièges, Darc est à nouveau bien vivant en 2004 lorsque parait Crève Cœur, album encensé par la critique et le public, qui le replace durablement sur la carte de la pop française. Porté par les mélodies et les arrangements graciles de Frédéric Lo, on se dit que cet enfant terrible, enfin assagi, est reparti pour 100 ans !

C’est à ce moment là que je le rencontre pour la première fois. Fasciné, apeuré par la bête, les rumeurs, la légende, les émotions adolescentes suscitées par son groupe. C’est un homme fragile, adorable, presque gêné avec qui je partage quelques heures avant un show-case Fnac.

Daniel Darc est affable, parle longtemps, jamais pour ne rien dire, cultivé, passionné, toujours passionnant. Lorsque je lui tends les pochettes de quelques maxis de l’époque, il regarde le jeune homme moderne qu’il était alors, loin de ce corps cabossé qu’il a du mal à trainer aujourd’hui. Sur la photo il me montre les traces de piqûres sur ses bras, en rigolant. Puis il veut une bière, la réclame comme un ado alors qu’il sait pertinemment qu’il ne doit plus boire d’alcool. Son manager veille. En permanence. Daniel est fragile, semble perdu sans lui, sans son prompteur. Il n’est sûr de rien, s’excuse de tout.

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A la fois rock star et enfant curieux

Mais lorsque débute l’interview, l’animal se mue soudain en rock n’roll star, répond sèchement, cabotine, perd son regard dans le vide, magnifique d’arrogance. Puis éclabousse tout de son talent dès qu’il saisit le micro. La voix, l’émotion bien présente, Darc habite chaque titre avec intensité. On voit alors le mythe, bien réel, et l’on comprend qu’il est sans nul doute la seule incarnation valable du Rock en France depuis 30 ans !

Avec tous ses excès, ses cicatrices, ses blessures et son humanité. Une fois sorti de scène, Daniel s’excuse, demande si tout a été comme il faut pour moi (!), redevient cet enfant curieux, disert, qui cherche les encouragements dans les regards amis. Il cite Christophe et Bashung qu’il vénère, mais avec qui il forme une espèce de sainte trilogie de la chanson française qui compte. Même si le grand public ne le sait pas encore.

Rarement rencontre n’aura été aussi touchante, avec la sensation étrange d’avoir parlé à quelqu’un de précieux, de vrai, sans faux semblants, pur et plein de vie parce que déjà mort 1000 fois. Ses trois derniers albums ne parlent d’ailleurs que de ça. D’amour et de mort, d’enfer et de paradis, de rédemption et d’espoir. Mais alors qu’on le pensait sauvé, Darc est enfin parti, sans prévenir, à sa manière. Pour sa légende, pour l’histoire du rock, il ne pouvait en être autrement.

Article écrit par Fabrice Bonnet.

Par Konbini Staff, publié le 01/03/2013

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