Par Théo Chapuis

Oui, le dernier clip d'Action Bronson est bon, très bon, et même barré. Et il y a une raison à cela : il illustre à lui tout seul 50 années de pop culture sous acides.

Boum. "Easy Rider", le dernier clip d'Action Bronson est cool, frais et gavé de références dont la rédaction raffole. De quoi les lister pour en savoir un peu plus sur cette vidéo aux multiples inspirations. Entre Guns N'Roses, Kill Bill, Las Vegas Parano et les autres, l'ex-chef cuisinier devenu rappeur s'est probablement beaucoup amusé à compiler 50 ans de pop culture américaine.

Easy Rider

Évidemment, la référence est obligatoire. Le titre de la chanson en lui-même est une référence au chef-d'œuvre de Dennis Hopper du même nom, sorti en 1969. Objet cinématographique pionnier de la contre-culture américaine, Easy Rider est l'un des road movies les plus marquants du cinéma.

Tout comme dans le clip d'Action Bronson, on se délecte des personnages de Peter Fonda et Dennis Hopper, chevaliers sans maître des temps (plus vraiment) modernes, juchés sur leur destrier métallique et franchissant de larges distances. Ride...

Easy Rider est un point d'entrée dans ce qu'on appelait alors le Nouvel Hollywood, équivalent américain aux souffles de la Nouvelle Vague en France et du néoréalisme de l'autre côté des Alpes. De Palma, Scorcese et Coppola seront issus de cette "movida" à la sauce burger.

Mais le clip d'Action Bronson est-il une critique de la société conservatrice américaine au même titre que le film de Dennis Hopper ? Probablement pas, mais le refrain de la chanson d'Action Bronson a saisi l'essentiel :

Ride the Harley into the sunset

Jimi Hendrix rencontre Las Vegas Parano

Ce riff de guitare, vous l'entendez ? Si vous avez une culture musicale qui a un jour frôlé les rivages de la Mer Noire, vous reconnaîtrez cette guitare lancinante (à partir de 2:12) de la chanson "Adımız miskindir bizim" des Turques Mazhar ve Fuat. Elle vient parfaitement s'imbriquer dans une imagerie que n'aurait pas renié Terry Gilliam, lui qui a filmé Johnny Depp et Benicio del Toro dans les méandres du Nevada.

On retiendra surtout la propension du cinéaste britannique à déformer les visions de Hunter S. Thompson dès lors qu'un acide venait percuter ses neurones :

Vous aurez aussi noté un petit détail : Action Bronson qui glisse sous son bandana un acide. La référence à un grand de la musique se cache derrière ce geste qui paraît anodin : Jimi Hendrix. Pourquoi ? À cause d'une légende. Elle disait que le génial compositeur se droguait sur scène de la même manière en diffusant la substance à travers ses pores.

Sons of Anarchy

Eh oui, Action Bronson nous rappelle forcément la série de Kurt Sutter. Après avoir miraculeusement réussi à garder le contrôle de sa moto, le rappeur s'arrête au bord de la route dans un troquet peuplé de bikers aux cuirs siglés de couleurs de gangs. Soudain furieux, il entre avec fracas et commence à méthodiquement refaire le portrait de chacun. Pourquoi ? Aucune idée.

Un peu comme dans la série Sons of Anarchy, où les motivations de SAMCRO, le terrible motorcycle club du village de Charming, finissent par sombrer peu à peu dans le pathos. Tout ça sur fond de misogynie, de rock'n'roll bien catchy, de qui-c'est-qu'a-la-plus-grande et de câlins virils entre blousons noirs. Heureusement qu'ils se foutent quelques peignées entre-temps, sinon ce ne serait même plus rigolo au bout de la septième saison.

Ci-dessous, une compilation de vidéos de motards de Sons of Anarchy qui se battent pour aucune raison :

Wayne's World

Pour nombre d'entre nous, Wayne's World est une référence ultime de film rock. Mais c'est surtout un film très con. Après avoir fait manger leurs dents à une escadrille entière de Hell's Angels dans le bar, Bronson reprend la route, et plus fonce-dé que jamais, il commence à avoir des visions. Frappé de délire mystique, il développe une hallucination en forme d'Indien américain, sorte de guide et d'ange gardien à la fois.

Pas d'Indien dans Wayne's World ? Peut-être pas, mais en revanche, il y en a bien un dans Wayne's World 2. Alors qu'il est en quête existentielle, Wayne est mené par la pensée auprès de l'esprit de Jim Morrison – dépeint en hippie-alpha mégalo et maniéré. Celui qui l'emmène est "un indien zarbi à moitié à poil" (sic), qualification qui devient un running gag tout au long du film. Faites sa rencontre dans l'extrait ci-dessous.

Kill Bill

Non, c'est vrai, la référence n'est pas compliquée non plus. Mais cette église blanche bâtie dans le désert et bordée de rien d'autre que de sable brûlant nous rappelle forcément celle par où commence l'intrigue de Kill Bill, le film au rôle le plus badass d'Uma Thurman. Sauf qu'au lieu d'une guitare Les Paul auréolée de lumière comme Action Bronson, c'est la mort (... ou presque) que "Black Mamba" va trouver.

Et lorsqu'on cherche un petit peu sur Internet la fameuse scène dans Kill Bill 2, on se rend compte que c'est exactement la même église, qui se situe dans les faits sur une route de Californie :

La scène de la mariée dans Kill Bill 2 (en haut), une capture d'écran du clip "Easy" Rider d'Action Bronson (en bas)

La scène de la mariée dans Kill Bill 2 (en haut), une capture d'écran du clip "Easy" Rider d'Action Bronson (en bas)

Il faut garder à l'esprit que Kill Bill est également une référence, puisque le diptyque de Tarantino (comme le reste de sa filmographie) n'est qu'un gigantesque hommage à la blaxploitation, aux films d'arts martiaux et... aux westerns spaghetti. Cette petite chapelle en pierre blanche n'est par exemple pas sans évoquer les films de Sergio Leone, où abondent les références mystiques et la crainte mêlée d'espérance qui caractérisait la dévotion des fous qui peuplaient le désert américain.

Guns N'Roses

Ultime référence, Action Bronson trace un pont entre le hip-hop des années 2010 et la grandiloquence du glam rock de la fin des années 80. Comment ? Avec son arme secrète : une Les Paul Gibson Sunburst, qu'il s'agit de gratter avec rage au milieu du désert. Tout comme Slash de Guns N'Roses, autre guitariste légendaire auquel il fait hommage dans ce clip.

À la fin de la vidéo du hit de l'année 1992 "November Rain", le six-cordiste à l'éternel haut-de-forme se fend d'un solo épique, qui conduira des milliers de guitaristes à contorsionner leurs doigts dans tous les sens sur leur manche jusqu'à ce que tendinite s'ensuive.

D'ailleurs, vous l'avez sans doute remarqué... mais il joue devant une petite chapelle plantée au milieu du désert.

Co-écrit par Théo Chapuis et Louis Lepron