Au Rock Dans Tous Ses États, la surprise Interpol

Pour son 31ème anniversaire, le Rock Dans Tous Ses États a encore fait le plein avec, au compteur, quelque 23.000 spectateurs, pour majorité fidèles au rendez-vous annuel de la cité ébroïcienne. Interpol a régné en maître.

Pour voir ce à quoi ressemble le Rock Dans Tous Ses États, plus vieux festival rock de Normandie, Konbini s’est rendu à l’hippodrome de Navarre, le temps d’un week-end pluvieux et plein de surprises.

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À commencer par les grosses prestations de Girls In Hawaï et Interpol, venues sauver celle, sans âme, des Américains MGMT, bien trop timides dans l’engagement pour rendre leur rock tribal attractif. Retour sur deux jours passés dans la capitale de l’Eure.

Première journée : à quelques heures du coup d’envoi

Débarqués à Evreux en provenance de Rouen, on s’aperçoit vite de l’engouement autour du RDTSE, bloqués par des bouchons interminables à l’approche du site. Ici, le nombre de voitures floquées d’un "A" impressionne, quasiment toutes blindées à l’arrière de tentes Quechua, et remplies de passagers à peine majeurs. Les mêmes qui se dirigent, comme nous, vers l’hippodrome.

Dans les allées menant au site, d’autres festivaliers, piétons cette fois, se dirigent vers l’entrée pour récupérer leur pass camping, glacières et duvets à la main. Et malgré la pluie, tout ce petit monde arbore des sourires radieux, peu préoccupé par la pluie intermittente et un ciel toujours plus menaçant à quelques minutes de l’ouverture des portes.

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De notre côté et après un bref passage à l’accueil médias pour récupérer notre sésame, on va saluer et remercier Nadine Simoni, chef de presse historique du RDTSE, sous la tente où elle officie chaque année. Un accueil chaleureux, comme celui que reçoivent les Two Bunnies in Love sur la scène Gonzo en ouverture du festival.

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Two Bunnies in Love sur la Scène G (© Sarah Bastin / Ricard SA Live Music)

Lauréats du prix Ricard S.A Live Music, les Normands honorent dignement leur trophée et ne semblent pas décontenancés par l’effusion de bruit émanant de la scène A, où joue Kuroma, groupe de Hank Sullivant (ex-MGMT). Malgré des conditions de live assez précaires, les frères Monsailler et Valero s’en sortent haut-la-main devant un public charmé ("Suzy", "Milk", "Cotton Hammer").

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Au cœur de l’hippodrome, les plus curieux se dirigent déjà vers les stands de body-painting et de photos à effets lumineux, tandis que d’autres prennent la pose, recouverts de poudres colorées. C'est donc provisoirement tatoués et repoudrés que les spectateurs découvrent les Hollandais de Birth of Joy, venus chauffer la scène B avant la violente attaque de The Dillinger Escape Plan.

Apocalypse Now

Amplis montés à fond, guitares saturées, cris de révolte, sauts de cabri. Voilà ce que propose DEP sur les planches, soucieux de représenter l’apocalypse en musique ("Prancer", "43% Burnt"). Mais si le tour de force des Américains est indéniable, il semble diviser la fosse. D’un côté les aficionados, de l’autre les sceptiques, soucieux de leurs tympans, mis à mal par un volume sonore difficilement supportable.

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The Dillinger Escape Plan (© Sarah Bastin / Ricard SA Live Music)

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Raison suffisante pour organiser un premier exode que les MGMT peuvent aussi constater dès la fin de "Flash Delirium", troisième titre d’une prestation en demi-teinte. Parce que oui, les New-Yorkais déçoivent, la faute à un show dépourvu de saveurs. Auteurs d’un premier album surestimé (Oracular Spectacular) et deux autres discutables, ils traversent l’heure allouée en mode pilote automatique, pas vraiment concernés par leur statut de tête d’affiche.

Une traversée du désert qui n’a rien de nouvelle, sur scène, pour Andrew VanWyngarden et sa bande, aussi bien montrés du doigt pour la compression maximale du son ("Time To Pretend") que pour leur manque évident de charisme. Après le concert, un chargé de presse du festival nous demande même, sourire en coin: "alors, vous vous êtes bien ennuyés ?". On répond par l'affirmative, l'air presque gêné.

Quelques bémols donc, qui viennent ternir de (rares) bons moments ("Weekend Wars") à la tombée de la nuit. Pas suffisant cependant pour décourager le public qui vote à l’unanimité pour Deluxe et Kasabian, programmés coup sur coup. 

Deuxième journée : only Happy When It Rains

Débuté plus tôt aujourd’hui, le RDTSE bat son plein et enregistre une affluence impressionnante malgré une pluie diluvienne. Une météo chagrine qui n’a pas eu l’air de déranger les habitants provisoires du camping, comme en témoigne Claire, une festivalière rencontrée sur le site : "t’aurais dû rester, la nuit a été courte dans l’Hippodrome !".  Voilà pour l’ambiance.

Côté presse, on croise Paul Banks d’Interpol, qui demande poliment à ses intervieweurs s’il "peut rentrer à l’intérieur avec sa cigarette". Requête acceptée, contrairement à celle du chanteur de Trampolene, qui se voit provisoirement refuser l’accès backstage à cause d’un oubli de son pass artiste. Une péripétie qui n’empêche pas le Gallois de livrer un bon concert indie-rock, quelques minutes après sur la scène A.

Programmés bien plus tard sur la Gonzomobile, les Dorian’s Grace remplacent au pied levé Hundreds et s’offrent deux concerts dans la journée. Deux prestations plus attractives que celle de Peter Von Poehl, dont les titres intimistes ("The Archaeologist", "The Story of the Impossible") ne prennent pas vraiment. Pour la première surprise, il faut attendre le quatuor For the Hackers.

Prémices d'un show exceptionnel

Jeunes pousses de la scène rock française, les Dieppois ont de l’énergie à revendre et font danser le public à l’heure où Dub Inc finit son set. En début de soirée, l’ambiance atteint son zénith et ne descend (surtout) pas pendant le concert des Girls In Hawaii, rodés comme jamais. Dans un registre pop au début ("Sun of the Sons"), les Belges prennent progressivement leur envol ("Birthday Call") avant d’exploser sur "Flavor".

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Girls in Hawaii (© Sarah Bastin / Ricard SA Live Music)

La quintessence selon Interpol

Un bon concert, prémices de ce qui restera la meilleure attraction du Rock Dans Tous Ses États, et de loin. Celle d’Interpol, incroyable d'intensité de bout en bout. Une heure dix de plaisir, couronnée par un nouveau titre prometteur ("My Desire") et une grosse représentation des deux premiers albums. Au programme, que des tubes, ou plutôt des chansons de stade célébrées religieusement par le public ("Obstacle 1", "Narc").


Interpol - Full Live - Le Rock dans tous ses...
par sourdoreille

Après avoir brièvement salué la foule, Paul Banks lance les premières mesures de l'impeccable "Say Hello to the Angels", conclu par un furtif "merci" que le chanteur répétera sur tous les titres, et de s'excuser d'avoir "perdu son français". Guidé par le beat métronomique de Sam Fogarino, Interpol joue juste et fait prendre de l'ampleur à des chansons habituellement lentes ("NYC", "Hands Away"), sous des lumières rouges intermittentes.

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Daniel Kessler du groupe Interpol (© Sarah Bastin / Ricard SA Live Music)

Du côté de la régie, les festivaliers restent bouches bées devant ce spectacle, et ne changeront pas d'avis sur la "poignée d'autres chansons" annoncée par Banks. Amusé par l'intro ratée de "PDA",  le quintet remporte définitivement les faveurs de l'immense fosse sur  "Slow Hands", joué en dernier. Il n'en fallait pas plus pour rendre cette journée inoubliable. Si la quintessence existe, Interpol lui aura donné un sens. Le rendez-vous est pris pour 2015.

Retrouvez toutes les photos de Sarah Bastin sur Facebook.

Par Olive Cougot, publié le 03/07/2014