Chronique « Le Cul entre deux 16 » de Pand’Or

Le Cul entre deux 16 est le nouveau projet de la rappeuse française Pand'Or. En chronique sur Konbini.

Il est difficile d'introduire un nouvel artiste. Qui plus est quand il fait du rap français. Encore plus quand il s'agit d'une femme. Pour ceux qui suivent l’actualité rap sur notre site et qui ont regardé notre reportage en deux épisodes « Le rap au féminin », vous ne serez pas déboussolés. Pour les autres, on va tout récapituler.

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De 2011 à 2013, l'évolution de Pand'Or

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Camélia Pand’Or a 22 ans mais pour parler de ses débuts, il faut revenir en 2011. En avril de cette année, elle fait  une apparition lors d’un premier freestyle radio avec Nekfeu, Swift Guad, Alpha Wann ou encore Hugo du TSR Crew pour la Campus Radio. Deux mois plus tard (deux ans jour pour jour avant la sortie de son premier projet), les Rap Contenders diffusent la draft Meksa vs Pand’Or qui atteindra le million de vues en quelques semaines. La même année, elle sortira son premier clip officiel, "Twenty", et se retrouvera face à Jazzy Bazz lors de la saison 3 des Rap Contenders.

Pand'or lors de la draft

Ce n'est qu'en 2013 que ses projets sérieux et aboutis sortent. Son premier, il sera gratuit : Dans ma boîte volume 1, sorti en mars dernier. Et le 3 juin, elle a dévoilé son premier projet physique et digital nommé Le Cul entre deux 16.

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Neuf titres pour un résultat concis

Voilà près d’un an Pand’Or travaillait sur son premier projet en association avec le producteur Flev. Un an pour un EP de neuf titres qui a subit les galères de l’indépendance : exigences, retard, problèmes techniques ou rendez-vous annulés. Mais la voilà pour la première fois dans les bacs avec un premier opus. Un rêve pour une gamine de 22 ans qui ne cesse de voir le rap comme une passion et l’échappatoire « d’une vie qui ne la satisfait pas », loin d’elle l’idée de rédiger des textes pour remplir les poches de son portefeuille troué.

Depuis quelques années, on peut objectivement constater que le rap français a pris un nouveau virage. Dans ce tournant, deux aspects lui redonnent une certaine noblesse : le retour en force du projet court, l’EP. Un format remis au goût du jour qui permet aux artistes d'explorer leurs différentes palettes, tout en restant concis et efficaces, évitant de remplir le disque avec des morceaux dont ils ne sont pas fiers. Le second est la remise en valeur du producteur, l’homme aux commandes de l’instrumental.

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Ces deux caractéristiques sont à l'origine des ambitions de Le Cul entre deux 16. Le format court, en plus de sa forme intéressante et innovante, aide des artistes comme Pand’Or à prendre le temps d’écrire et à ne pas bâcler ses compositions. Et la collaboration avec un beatmaker comme Flev, présent sur les neuf titres, donne au projet une plus grande dimension inspirée des ambiances new yorkaises des années 90 comme le fait très bien, par exemple, un Joey Bada$$ aux Etats Unis.

"Une bonne bouffée d'air frais"

On retrouve alors des paroles censées et percutantes naviguant sur un beat puissant, travaillé à la quasi-perfection qui laisse parfois sa place, le temps de quelques secondes, à des scratchs qui commençaient à nous manquer dans le paysage du rap français. Le troisième aspect qui valorise ce projet, l’impact des mots choisis, est sans aucun doute le point fort de Pand’Or. On ressent lors des écoutes une certaine intelligence pour résumer de façon pertinente et poétique sa vie : ses déboires, sa solitude et ses moments de plaisir souvent éphémères qui ponctuent notre simple existence. Le poids des mots qui lui permet de garder son équilibre entre la chaise du fatalisme et celle du réalisme.

Sans faire une fixation sur un thème en particulier, pour chaque morceau, elle parvient à garder le cap pour nous emmener d’un point A à un point B sans jamais chavirer. Un exercice risqué, surtout lorsque l’on décide de faire parler fréquemment des techniques d’écritures diverses et variées. Une mission qu’elle accomplit avec une certaine aisance, ce qui pourrait faire naître des complexes chez pas mal de rappeurs...

Le Cul entre deux 16 est une bouffée d’air frais dans le rap français en parfaite corrélation avec la sorti il y a deux semaines du premier disque du collectif 5 majeur, Variations. Un album qui rejoint parfaitement le projet de Pand’Or au niveau de la qualité du travail fourni. En espérant que cela perdure...

Par , publié le 15/06/2013

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