Christian Estrosi porte plainte contre un rappeur

Maire de Nice et ancien ministre de l'Industrie, Christian Estrosi est depuis le 1er juillet le sujet principal de la dernière chanson du rappeur français Infinit'. Un hommage pas au goût de l'homme politique qui a décidé de porter plainte.  

Infinit X Christian Estrosi - (Crédit Image)

Une photo originale de Christian Estrosi avec un drapeau de l'Algérie brodé sur l'épaule gauche. C'est la pochette du titre "Christian Estrosi" publié par le rappeur Infinit' il y a deux jours sur YouTube - (Crédit Image)

Cette polémique, Christian Estrosi ne l'a pas provoquée. Après les vagues suite à l'interdiction d'afficher des drapeaux étrangers aux fenêtres de sa ville (arrêté suspendu suite à une décision du Tribunal Administratif de Nice ce matin), l'ancien ministre de l'industrie s'est vu tirer le portrait dans une chanson du rappeur Infinit'.

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Dans le titre "Christian Estrosi", sur une instrumentation presque "g-funk" signée DJ Weedim, le natif d'Antibes rend hommage au parcours de "self-made man"  de l'ancien motard ("J'ai aucun diplôme comme Christian Estrosi") et en fait une figure de la politique "bling-bling". Dans ces phases, il associe le nom du maire de Nice à des signes de richesses ostentatoires (Louboutin, Monte-Carlo) et fantasme même son rôle de "parrain" local ainsi que ses liens avec la pègre.

Un essai qui n'a pas beaucoup plu au maire de Nice. On apprenait dans la soirée qu'il avait porté plainte et demandé que la chanson soit retirée au plus vite de YouTube.

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Estrosi et Egotrip

Résultat, le rappeur a reçu des messages de soutien en provenance d'un milieu hip-hop uni. Et du côté de D'en Bas Fondation (le label qui représente le jeune artiste), on se frotte les mains.

Suite à la plainte déposée par l'homme politique, les demandes d'interviews se multiplient et les vues enflent (plus de 15.000 à présent).  Les médias s'empressent de recueillir le témoignage du rappeur et son management ne cache pas que son agenda est déjà bien rempli.

Une publicité bienvenue pour un artiste indé avant la sortie de son EP #Plusss (toujours avec DJ Weedim) en septembre prochain.

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Pour se défendre des retombées de ce qui a tout l'air d'être un coup de buzz savamment préparé (on apprend qu'un clip est en cours de tournage), c'est à l'excuse de "l'égotrip" qu'a recours Infinit'. Christian Estrosi ne serait qu'un artifice de sa prose, une figure de style autant qu'une source d'inspiration. Loin, bien loin de ce qu'on lui reproche. 

Le rap au banc des accusés

Si l'on n'est pas sûr que l'argument tienne, l'affaire est un nouvel exemple des réactions politiques aux créations sulfureuses d'artistes "hip-hop". Après la saga La Rumeur (le groupe avait subi les foudres de Nicolas Sarkozy après la publication d'un texte critique lors de la sortie de leur deuxième album), ou les déclarations de Manuel Valls en février dernier, le rap est encore une fois sous le coup d'une condamnation judiciaire.

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Et la même question de revenir sans cesse : où s'arrête la licence poétique ? Où commence l'outrage ?

Anna Wintour, Carine Roitfeld, Christian Estrosi et de la fourrure - (Créditi Image)

Anna Wintour, Carine Roitfeld, Christian Estrosi et de la fourrure - (Crédit Image)

Sans répondre, la polémique Infinit' offre un nouveau cas dans cette longue histoire de groupes de rap mis au banc des accusés. Contrairement aux affaires La Rumeur et Sniper où une personnalité politique s'attaquait à un artiste pour affermir sa place dans le "champ politique", ici l'indignation du maire de Nice semble être emprisonnée dans un plan média huilé construit par l'artiste.

Christian Estrosi est, à ses dépens, le rouage d'une stratégie de communication. Il est la "cible" autant que le relai du phénomène. Il est comme pris au piège par sa propre indignation et ne semble pas avoir la main sur l'agenda médiatique. On attend à présent le match retour. Au tribunal.

Par Tomas Statius, publié le 04/07/2014