Chilly Gonzales : un concert fou à emporter

Se décider à payer une place pour aller voir Chilly Gonzales, c'est presque un acte politique. On sait qu'on trouvera là une manière de revitaliser et de reprendre confiance en la musique.
chilly gonzales

En ce début de printemps hésitant, avait lieu à Gaillac, dans le midi toulousain, un petit festival comme il en fleurit chaque année dans le Sud-Ouest. Pour sa deuxième édition, Les Ptits Bouchons accueillaient dans le vignoble Gaillacois une dizaine d’artistes, dont Jacques Higelin, Juliette Greco, Wax Tailor (et son album concept The Dusty Rainbow Experience), le talentueux Manu Katché avec sa formation jazz, et le virtuose Chilly Gonzales pour un solo de piano.

Publicité

Le One Man Show de Gonzo !

Publicité

Un grand homme à la longue chevelure frisée entre discrètement sur scène, étrangement vêtu d’une robe de chambre et chaussé de charentaises. Il salue solennellement son public avant de prendre place devant son piano.

Ce bonhomme, c’est Chilly Gonzales, de son vrai nom Jason Beck, la quarantaine, né à Montréal. Il a fait parler de lui après avoir battu le record mondial du plus long concert de l’histoire, 27 heures de solo et de reprises. Rien que ça. Ah oui, petit détail : il fait aussi parti des nombreux guests du prochain album des Daft Punk, Random Access Memories.

Je fais de la musique pour ceux qui l’écoutent avec leur cœur… et leurs couilles !

Publicité

Très concentré, notre prodige joue ses premières notes. C’est beau, c’est construit et c’est puissant. Le Canadien nous impressionne par son aisance. Pas de doute, il vit sa musique jusqu’au bout des doigts.

A la fin de son premier morceau, il se plaint gentiment des clics et flashs d’appareils photos. On ne dérange pas un « génie musical », comme il se considère avec une amusante arrogance. Un pianiste bourré de talents certes, mais aussi très drôle et très pédagogue. Entre chacune de ses compositions, il partage sa science avec son public, cours d’histoire, cours de musicologie : l’homme est un puit de culture et c’est un plaisir de l’écouter. Il nous raconte même ses débuts aux percussions, accompagnant son grand frère au piano. Chilly se confie, sans complexe, devant un public qui en redemande.

Publicité

Il nous dévoile les secrets de fabrication de son album Solo Piano II : de « White Keys » chanson construite uniquement avec les « touches blanches », à « Train of Though », basée essentiellement sur des arpèges. Et toujours animé par la bonne humeur et l’humour décalé qui le caractérise, Chilly Gonzales précise :

Train of Thought c’est un peu comme une partouze d’arpèges.

Enchaînant par un cours sur les origines instrumentales de la musique électronique, maître Gonzo fait une nouvelle fois rire son oratoire en évoquant un certain duo parisien :

Daft Punk, c’est des arpèges, sauf qu’eux ont simplement à appuyer sur le bouton « arpèges »!

Par la suite, il n’hésite pas à faire allusion aux scandales politiques actuels en corrélation avec des compositions en majeures ou mineures : il ironise sur les accents monarchiques des accords majeurs, joués « à droite », et se moque gentiment des accords mineurs, joués « à gauche ». Selon lui, c'est «la fin du monde ».

"Le rap, c’est la vitrine de notre époque !"

Toujours avec passion et humour, le génie musical nous assène de son flow déroutant et accrocheur. En pleine promo de son album rap The unspeakable Chilly Gonzales, il prouve une nouvelle fois son éclectisme au public, qui reste bouche bée devant tant d’ouverture musicale. Car oui,le piano n’est pas réservé à une élite cultivée et on n’apprend pas que Mozart, Bethoveen ou Chopin. Progressiste dans l’âme, le Canadien veut donner une autre image du pianiste, plus humaine, plus moderne et avant tout plus libre !

De la pop à l’électro, du classique au rap, Gonzo traverse les genres comme ses mains arpentent son instrument, explorant tous les registres. Il franchit les frontières et défie les règles d’une industrie musicale en berne. Un homme bien dans son temps et dans ses pantoufles, qui saura vous faire rire, vous faire pleurer et qui, à coup sûr, vous éblouira par son talent et sa créativité.

On vous conseille également : 

Article écrit par Kévin Osmont, initialement paru sur Across The DaysChaque semaine Konbini s’associe à des blogs qu’on aime bien afin de publier des interviews et des chroniques.

Par Konbini Staff, publié le 22/04/2013

Copié

Pour vous :