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Chicago : quand t'es mineur, tes parents paient pour ton tag

Publié le

par Tomas Statius

Graffiti has been carved into the post at the Thorndale red line station on Thursday January 27, 2011. (William DeShazer/… Lire la suite

La Chicago Transit Authority (sorte de RATP local) entend taxer les parents dont les enfants mineurs seraient coupables de graffiti. On appelle ça le progrès. 

Crédit image William DeShazer / Chicago Tribune

Chaque année le graffiti coûte à peu près un million de dollars à la CTA (pour Chicago Transit Authority), société de transport de la capitale de l'Illinois. Et il faut croire que l'entreprise en a assez.

Dans un communiqué de presse assez virulent publié il y a un peu moins d'une semaine, elle mettait en garde ceux qui oseraient s'attaquer au quelques 1190 trains formant son parc :

Les taggueurs et les vandales devraient à présent y réfléchir à deux fois avant de laisser leurs marques sur les trains, bus ou en station.

Outre le développement d'outils de surveillance assez classiques (caméras, vigiles etc.), c'est un arsenal législatif qui donne à cette campagne son originalité. Ainsi pour des mineurs, les parents pourront être tenus responsables des agissements de leurs enfants. Jusqu'à s'acquitter de la note.

À Chicago : les enfants tagguent, les parents paient

De fait, en vertu de la loi sur la responsabilité parentale promulguée par l'État de l'Illinois, tout parent peut être tenu pour responsable des délits de sa progéniture et payer "des dommages-intérêt ou la remise en état" de biens par exemple.

Un arsenal législatif assez commun de ce côté de l'Atlantique (et même en France, dans une moindre mesure) où la plupart des états sont dotés d'une législation similaire, certains même mentionnant spécifiquement le graffiti (Hawaï, le Wisconsin et la Californie selon la journaliste Beth Greenfield).

BH et EDEM attaquent le métro de Chicago - Source <a href="http://www.egowarmagazine.com/chicago-transit-authority-hit/" target="_blank">EGOWAR</a>

L'application systématique de cette règle de droit, qui découle d'une volonté politique dans le cas de Chicago, serait une première au pays de l'Oncle Sam et du graffiti writing. 

Une orientation qui pose des questions pour Gary Wickert, avocat interrogé par la journaliste de Yahoo! Canada :

Poursuivre les gens pour dédommagements de vandalisme n'est pas quelque chose de nouveau. Néanmoins affirmer que cette poursuite fera l'objet d'une politique est quelque chose de rare.  Cela pose des questions (...) La plupart des gens sont assez mal à l'aise avec l'idée que quelqu'un puisse être tenu pour responsable d'actions délictueuses d'un tiers sans avoir causé quelques dommages que ce soit.

Et si une efficacité redoutable est avancée par la société de transport (plus de 13.000 dollars récoltés en une semaine), Eve Brank professeur de droit à l'université du Nebraska elle s'inquiète de la superficialité de pareille politique :

C'est une manière facile et sans coût d'afficher sa sévérité sur la délinquance juvénile sans pour autant s'attaquer véritablement au problème.

On aurait pas mieux dit.

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