Captain Murphy : comment un producteur s'est joué de la Toile

Quand un rappeur surgit de nulle part et explose la toile, ça ne passe pas inaperçu. Quand son identité reste secrète et qu’il feature aux côtés de Earl Sweatshirt ou de Flying Lotus, le monde du hip-hop se transforme en une gigantesque partie de Cluedo. Maintenant, on peut vous dire qui se cache derrière Captain Murphy.


L’histoire de Captain Murphy commence en juillet 2012 lorsqu’une track, intitulée Mighty Morphin Foreskin, surgit sur les internettes. Peu visionnée pendant ses premiers jours de publication, le compteur s’enflammera quelques jours plus tard quand le petit rebelle d’Earl Sweatshirt, tout juste revenu de son exil à Samoa, apparaît sur la bien-nommée track Between Friends avec Flying Lotus.

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Alors qu’on ne présente plus ces deux-là, un troisième nom apparaît dans cette collaboration. Je vous le donne en mille : Captain Murphy. Dès lors, le mystère devient vite insoutenable et tout le monde cherche à savoir qui peut bien être ce mystérieux capitaine au flow beaucoup trop ravageur pour sortir de nulle part. Il ne peut pas rester de cette façon dans l’ombre.

Les hypothèses partent dans tous les sens, de Tyler the Creator à DOOM en passant par Rejjie Snow, l’outsider irlandais qui déconne allègrement avec ce phénomène, ou encore Flying Lotus lui-même qui pourait ne pas être que le producteur. Pour résumer : personne n’est épargné dans cette chasse musicale au sorcier.

Août 2012 : le buzz s'alimente

Le buzz sera alimenté chaque fois avec de nouvelles tracks, comme Shake Weight en août, qui n’est autre qu’une reprise de Bugg’n de TNGHT. La communication autour des compositions est trop parfaite pour être amatrice. Captain Murphy est certes signé chez Brainfeeder (le label de Flying Lotus), mais celà ne suffit pas à justifier un buzz si bien maîtrisé.

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Au contraire, on cherche à savoir comment un artiste sorti de nulle part a si vite signé chez FlyLo. Le mystère reste entier et s’amplifie. Et si Captain Murphy n’était pas qu’une seule personne ? Les internettes entrent dans un pétage de câble collectif qui n’a de cesse de se répandre. Les gens veulent savoir, mais rien ne filtre. Pire, la brûme s’intensifie.

20 novembre 2012 : une vidéo de 35 minutes

La derniere folie du capitaine, c’est une vidéo de 35 minutes. Elle présente l'album de Captain Murphy, intitulé Duality, dans ses grandes lignes. En guise de maître de cérémonie : ce bon vieux Marshall Applewhite, ex-gourou de la secte Heaven's Gate (la porte du Paradis si tu es nul en anglais). Une ex-secte qui se pensait comme  un « nouveau mouvement religieux ufologique sectaire » selon Wikipedia.

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« Ex » car tous ses membres sont morts suite à un apéro un peu trop poussé, à base de vodka + barbiturique. Cette triste histoire est restée dans les mémoires pour son nombre record de morts (39). Elle est restée dans la mienne à cause des Nike que portaient les 39 membres lorsqu'ils ont trouvé la mort. Just dit it. Une façon de faire parler encore et encore de Captain Murphy.

Toute la vidéo, qui est d’ailleurs vivement déconseillée aux mineurs, tourne autour de ce principe de sectarisme : de la création jusqu’àu « grand final ». Dans l’ensemble, Duality ne surprend pas. N’y voyez là aucune connotation négative. Juste que la galette fait son travail : elle nous en met plein les oreilles. Le flow est excellent, la production est en adéquation parfaite avec l’atmosphère générale et un côté intemporel donne un charme supplémentaire à ce cauchemar auditif. Bref c’est un réel sans faute.

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Sortie de l'album : Captain Murphy dévoile son visage

Le soir de la sortie de Duality, le 28 novembre (soit hier soir), Captain Murphy doit réaliser un concert au Low End Theory, une salle de concert à Los Angeles. C'est sa première apparition. Et ce n'est autre que l'un des producteurs et compositeurs le plus en vu du moment (******suspense******roulements de tambour****) qui apparaît sur scène : Flying Lotus !

Habillé d'une capuche pailletée et d'une capuche, Captain Murphy, aka Flying Lotus, dévoile son identité, son vrai visage. Et Flying Lotus de tweeter dans la soirée :

Du buzz au "HahAhHAHaaha" de Flying Lotus, voilà comment on chauffe la Toile. Voilà comment on réussit à faire parler d'un artiste sans antécédents, sans histoires, sans albums. Bravo.

Article écrit par Ken B. en collaboration avec Louis Lepron

Par Louis Lepron, publié le 29/11/2012

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