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Captain Fantastic : un formidable voyage entre Little Miss Sunshine et Into the Wild

Publié le

par Louis Lepron

Présenté dans la sélection Un certain regard à Cannes, Captain Fantastic est un petit bijou à ne pas rater.

"Captain Fantastic". N'y voyez là aucun sequel Marvel ou reboot DC Comics porté par un acteur renforcé par 12 mois d'entraînement et de gainage à la salle de gym du coin. S'il y a un super-héros (extraordinaire) dans Captain Fantastic, on le retrouve en la personne de Viggo Mortensen, aka Ben. Ben se réveille le matin aux aurores, en pleine forêt. Ben se lave dans la rivière. Ben a une maison en pleine nature, chasse des cerfs et ne consomme pas d'aliments manufacturés. Ben possède aussi une particularité : il n'est pas un homme solitaire comme le héros d'Into the Wild : Ben a six enfants.

Ils ont entre 5 et 20 ans, et ont été éduqués à la manière de Ben : avec beaucoup de livres, aucun écran, une critique de la société de la consommation dans le cerveau, un anticonformisme américain qui ferait passer Bernie Sanders pour un mec d'extrême droite, et une volonté, appuyée, d'être les meilleurs, intellectuellement et physiquement. Avec sa petite famille, Ben joue le despote éclairé. Mais la belle histoire ne pouvait pas se poursuivre comme ça. Ben a une femme, Leslie, qui est bipolaire.

Après un retour à la ville, il apprend qu'elle vient de se suicider en se taillant les veines. Cette famille nombreuse prend alors un nouveau chemin : celui de l'église où sera enterrée Leslie. Encore une fois, après Tour de France à la Quinzaine, Loving en sélection officielle, voilà que Captain Fantastic propose un nouveau voyage, cette fois-ci à travers la côte Ouest des États-Unis.

La société sous un autre angle

Et c'est ce qu'il y a de plus intéressant dans Captain Fantastic : le rapport d'une famille sauvagement intellectuelle, soi-disant saine, politiquement anticapitaliste, qui en vient à forcer le destin pour revenir parmi la civilisation occidentale.

Les rapports sont alors cocasses, à travers la description d'une Amérique moyenne et ordinaire, et plus largement d'une société de consommation occidentale, parée d'attributs franchement peu attirants : les gens sont gros, les enfants passent leur temps sur leur smartphone, trouvent l'école chiante, ne connaissent rien à la Constitution américaine et jouent à des jeux vidéo violents. Si les clichés sont de mise, le regard de cette famille peu ordinaire permet de voir ces choses, basiques, sous un nouvel angle.

Les hippies n'ont pas gagné

À mesure que le road trip progresse, la carte postale de la famille parfaite s'effrite. Pourquoi la mère a-t-elle disparu ? Quelles sont les implications pour une flopée de gosses surentraînés ? En quoi le manque de connexion entre les enfants et le monde "réel" peut-il être à la fois un avantage comme une erreur ?

Car si les enfants de Ben sont brillants, ils n'en sont pas moins à la ramasse. Oui, ils connaissent tout du traité Émile ou De l'éducation de Rousseau, préfèrent fêter l'anniversaire de la naissance de Noam Chomsky plutôt que Noël, mais ne connaissent, finalement, que peu de choses de l'environnement qui les entoure, si ce n'est que l'homme est un loup pour l'homme.

Et c'est cette critique sur les deux fronts qui fait de Captain Fantastic une épopée poétique sans tomber dans une naïveté bien pensante. Non, personne n'a raison. Mais la finalité du film permet de percevoir notre société et nos habitudes sous un nouveau jour.

Entre Into the Wild et Little Miss Sunshine

Captain Fantastic a ainsi à peu près tout pour plaire. Un Viggo Mortensen émouvant, des situations (un peu binaires parfois) qui laissent entendre que la société de consommation occidentale est avant tout superficielle, dénuée de profondeur, une bande-son soignée (parfois un peu trop émotive) et des comiques de situation soignés.

On peut facilement y voir l'héritier d'un mélange savoureux entre Little Miss Sunhine, pour l'aspect voyage familial, et Into the Wild pour la dimension "naturelle". Car s'il y a bien une chose qu'apprennent les personnages, qu'ils soient éloignés de toute civilisation ou partie prenante d'un système abject, c'est que la nature a toujours le dernier mot.

Enfin, la mise en scène et le jeu des comédiens, parfaitement en place pour des acteurs parfois très jeunes, permettent à ce Captain Fantastic d'être à la fois un vecteur cinématographique de voyage, et une mise en abyme original de ce que nous sommes.

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