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Vu à Cannes : Folles de joie, la (très) bonne surprise de la Quinzaine

Publié le

par Louis Lepron

Le film de Paolo Virzi est la bonne surprise de la sélection de la Quinzaine des réalisateurs.

La Quinzaine cache toujours un bijou. Un film de genre ayant lieu dans un bar pourri de skinheads (Green Room) comme le portrait d’un pays à la dérive (la Turquie, à travers le destin de quatre jeunes filles dans Mustang). Cette année, la surprise est venue de la Toscane.

Il y a deux semaines, Edouard Waintrop me parlait justement d'un film italien passé entre les mailles du filet de la compétition officielle. En somme, une potentielle Palme d’or attrapée discrètement en vol par une sélection concurrente. Est-ce qu’il pourrait s’agir de Folles de joies, aka La Piazza Gioia ? Trois raisons pour avancer un petit "oui".

Un duo fabuleux

À ma droite Beatrice (Valéria Bruni-Tedeschi), à ma gauche Donatella (Micaela Ramazzotti). La première, on la retrouve dans un institut pour femmes atteintes de troubles mentaux. Elle parle, elle s’emporte, elle s’incruste dans toutes les discussions, prenant partie, fouinant dans des dossiers qui ne la regardent pas, rappelant à qui veut bien l’entendre qu’elle existe, bordel.

La deuxième, elle débarque, la jambe complètement allumée, le regard éteint, une fatigue psychologique visible, dans le même institut. On ne sait rien de plus. Seulement qu’elle arrive dans un endroit champêtre qu’elle ne peut quitter. Les deux sont folles. Pas forcément à lier, mais elles ont assez de casseroles pour être brisées en deux, et pour se rencontrer.

La métaphore de la casserole : vous l'avez ?

Un air de Thelma et Louise

Et voilà que Beatrice et Donatella s’échappent de leur asile. Les deux actrices, parfaitement guidées par la caméra de Paolo Virzi, chamboulent le monde qui les entoure. Leur famille, leur ex, leur ancienne vie ratée, comme des inconnus qu’elles croisent et qui regrettent assez vite, entre une voiture volée et un grand restaurant malmenée. Leur décisions, souvent irrationnelles, les guident là où veulent bien les amener leurs envies profondes, leurs antécédents douloureux : un ex attiré par la beauté, un autre par l'argent ou un fils qu’on a dû laisser. La caméra emporte le spectateur dans une fuite en avant, comme pour mieux retourner vers le passé de ces deux âmes fragiles.

Sans pathos ni violons

De hasards en accidents, Paolo Virzi étend la connaissance des deux fugueuses. Sans pathos, sans violons, peignant un environnement rempli de personnes lâches, vénales, égoïstes, têtues mais aussi atypiques. Aucun n’est parfait, à l’image de ce duo qui virevolte comme une tornade incontrôlable, essayant tant bien que mal de se rapprocher pour oublier, pour exister.

Une folie dynamique qui booste une mise en scène efficace, parfois moqueuse par rapport au cinéma italien. Un film qui fait dire à la vie qu’elle est peut être aussi folle que Donatella et Beatrice. Et on se demande bien si on n’aimerait pas qu’elles le restent pour partir, à nouveau, dans une aventure débridée et forte.

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