Burka Avenger : la première super-héroïne pakistanaise

En ce moment, la télévision pakistanaise diffuse Burka Avenger, un dessin animé qui raconte l'histoire de Jiya, une institutrice qui se transforme en super-héroïne pour protéger son école de l'extrémisme religieux. C'est une première. 

Depuis le 28 juillet dernier, la télévision pakistanaise diffuse Burka Avenger, la toute première série télévisée d'animation produite au Pakistan. Créée par le chanteur pop pakistanais Aaron Haroon Rashid, Burka Avenger est un dessin animé pédagogique destiné aux enfants qui raconte les aventures de Jiya, une institutrice non-voilée qui ne se couvre que pour se transformer en Burka Avenger. La première femme super-héroïne jamais façonnée au Pakistan.

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Une burka vengeresse sous les traits d'une série qui constitue une avancée réjouissante pour la condition de la femme dans les cultures enserrées par les extrêmes. Le créateur de la série a compris que les schémas de pensée et de différenciation entre les hommes et les femmes s'imprégnaient en nous dès l'enfance et que c'était au sein même de l'enfance qu'il fallait opérer. Burka Avenger est en ce sens un joli modèle à suivre, une initiative à répandre comme une rumeur.

Burka vengeresse

La saveur de cette série lie avec finesse la saveur orientale à celle des contes initiatiques. L'histoire se situe à notre époque dans une ville fictive nommée Halwapur située au nord du Pakistan. C'est ici que vit et enseigne Jiya, jeune institutrice dont l'école est menacée de fermeture par Bandook, magicien maléfique opposé à l'instruction des femmes. Il bénéficie du soutien de politiques corrompus.

Le parallèle avec des cadres déjà existants est sans équivoque, évoquant un schéma tristement classique. Ce qui l'est moins, en revanche, c'est le destin de Jiya.

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Adepte d'un art martial ancien enseigné par son père adoptif, le Takht Kabaddi, elle en applique les rudiments sous son identité secrète de Burka Avenger. La particularité de sa technique de combat ? Le Takht Kabaddi est un art qui rappelle celui des ninjas à l'exception près qu'ici ce sont les livres et les stylos qui font office d'armes. Des armes de papier et d'encre que Burka Avenger lance aussi habilement que des shuriken.

Voici pour les curieux le premier des 13 épisodes de cette première saison :

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Une série éducative

Ce qui fait la particularité de ce dessin animé, c'est l'inversion des codes : Burka Avenger révèle une visée éducative. Un enseignement basé sur l'identification et la valorisation de modèles. Parce qu'on le sait : un gosse qui suit les aventures du héros de son dessin animé préféré, c'est un gosse charmé par celui qu'il a érigé en modèle à suivre. Gageons donc que cette série donnera la possibilité aux enfants pakistanais d'aller à contre-courant de l'approche manichéenne enseignée par les extrémistes religieux.

Les polémiques qui ont enflé autour de la burka ces cinq dernières années ont fini de définir celles qui la portent comme des femmes soumises. Il est donc d'autant plus croustillant de voir que dans Burka Avenger, une série qui reprend la thématique des super-héros, le tissu de la soumission se retourne contre ceux qui l'ont instauré.

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Si Jiya refuse de porter le voile dans la vie civile, lorsqu'elle se transforme pour se battre, c'est la burka qu'elle porte : une burka réappropriée en tenue de combat et de camouflage. Cette inversion des valeurs, ces retournements de situation et d'identités font de Burka Avenger l'une des plus réalistes et des plus concrètes super-héroïnes. La comparaison avec les comics américains qui n'hésitent pas, comme Marvel, à s'inspirer des évolution de la société, est pertinente.

Le champ de bataille de Burka Avengers, en fait, c'est aujourd'hui.

Par Afifia B, publié le 30/10/2013

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