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Dalton Trumbo vu par Bryan Cranston : "Ils voulaient que les gens dénoncent leur voisin"

Publié le

par Marion Olité

TR_01117.dng PHOTO: Hilary Bronwyn Gail / Bleecker Street

À l'affiche du biopic Dalton Trumbo, en salles cette semaine, Bryan Cranston revient sur son premier grand rôle depuis la fin de Breaking Bad

Nommé à l'Oscar du meilleur acteur pour ce rôle (pas de chance, c'était l'année DiCaprio), Cranston prête ses traits à Dalton Trumboscénariste de génie emprisonné et blacklisté à Hollywood à la fin des années 1940 pour ses sympathies communistes. L'homme a connu une trajectoire très particulière, que ce biopic comme Hollywood sait encore (bien) les faire a le bon goût de nous rappeler. Les cinéphiles devraient se régaler de cette reconstitution soignée, signée Jay Roach. 

Plume montante du Hollywood des années 1940, Trumbo voit sa vie basculer quand débute une chasse aux sorcières à Hollywood. Il fera partie des restés célèbres "Dix de Hollywood", convoqués en 1947 par la Commission sur les activités anti-américaines. Accusé d'être un communiste, il refuse de répondre. Après un passage par la case prison, le téméraire scénariste est "blacklisté".

Pour comprendre la psychologie de cet homme hors du commun, Bryan Cranston a effectué un gros travail de recherche, rencontrant la fille encore vivante de Trumbo, Nikola (incarnée par Elle Fanning), des biographes du scénariste et écoutant des bandes audio et vidéo de l'époque.

"Je voulais mettre le doigt sur sa sensibilité, sa façon de voir la vie. Il me fallait aussi me replonger dans l’état d’esprit de l’Amérique de l’époque. Cette période a été très particulière : nos alliés d’hier devenaient nos ennemis, avec cette grande 'peur des rouges'. Cette peur a contaminé toute la société. Le gouvernement a pris sur lui de décider quel comportement était alors acceptable ou non.

C’est une période sombre de notre histoire, voir ces dix hommes aller en prison tout en sachant qu’ils n’ont commis aucun crime. Être accusé à tort d’un crime, c'est une chose, c’en est une autre d’être reconnu coupable d’un crime qui n’existe pas."

Joue-là comme la Gestapo

Le film met en scène la tristement célèbre "Commission sur les activités anti-américaines", dont les interrogatoires commençaient généralement par : "Êtes-vous ou avez-vous été membre du Parti communiste ?" Si la réponse était oui et que vous tourniez le dos à vos anciennes sympathies, le calvaire ne s'arrêtait pas là. Il fallait donner des noms.

"Cette tactique ne ressemble-t-elle pas à celle de la Gestapo ?, s'interroge Bryan Cranston. Aller de porte en porte, demander qui tient des propos anti-gouvernement, qui est communiste… Je ne dis pas que l’époque de la liste noire à Hollywood a été aussi horrible que celle de la Gestapo, mais les méthodes utilisées résonnent malheureusement trop familièrement.

Ils voulaient que les gens dénoncent leur voisin : 'Je ne suis pas communiste, mais lui l’est, prenez-le, piétinez sa dignité et retirez-lui sa liberté, mais ne prenez pas la mienne.' C’est une période très sombre et très triste quand une société soi-disant éclairée en arrive à ce genre de comportement. C’est arrivé, et avec un peu de chance, cela n’arrivera plus jamais."

Ironie suprême, Hollywood ne pourra se passer longtemps de Dalton Trumbo, qui écrit de nombreux scripts pendant sa période "paria", sous des faux noms, dont Vacances romaines (1953), avec Audrey Hepburn, et Les clameurs se sont tues (1957), d'Irving Rapper.

Ces deux films remporteront des Oscars, que Trumbo ne peut savourer au grand jour. Le scénariste devra son salut à Kirk Douglas, qui exige en 1960 que son nom soit crédité au générique de Spartacus. La même année, Otto Preminger fait de même Exodus. C'est la fin d'un cauchemar de plus d'une décennie pour Dalton Trumbo et sa famille. 

S'il est très bien entouré – Helen Mirren, Louie C. K. ou encore John Goodman lui prêtent main forte – Bryan Cranston porte logiquement ce biopic à bout de bras. Il y apparaît tour à tour drôle, excentrique, touchant, têtu... Bref, à la fois humain et extraordinaire.

Que peut-on retenir aujourd'hui de l'histoire des "Dix de Hollywood" ? Là encore, l'acteur a sa petite idée.

"Les 'Dix de Hollywood' ont inculqué dans les esprits américains que si quelqu’un n’est pas d’accord avec vous, ce n’est pas pour autant qu'il faut le voir comme un ennemi. Nous devons toujours veiller à être respectueux et ouverts d’esprit envers ceux qui ne pensent pas comme nous."

Dalton Trumbo est à découvrir en salles depuis ce mercredi 27 avril. 

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