Par Lucille Bion

Révélée par Sean Baker dans The Florida Project, Bria Vinaite était la queen des réseaux sociaux, avant de se découvrir une passion pour le jeu. Portrait sans filtre.

(© Le Pacte)

À Cannes, Bria Vinaite a toujours son smartphone accroché à sa main tatouée. En pleine interview, ironiquement, elle n’hésite même pas à prendre une photo d’elle, exposant fièrement les deux roses dessinées sur son torse. Elle vient du monde de la mode, des réseaux sociaux et s’habitue très bien aux paillettes, aux flashes des photographes, aux interviews télé et aux shootings sur la plage de la Quinzaine des Réalisateurs.

À seulement 24 ans et un film à son actif, la jeune blonde aux jolis tatouages excentriques pourrait déjà prendre rendez-vous avec Hollywood le 4 mars 2018, pour la cérémonie des Oscars qui récompensera - on croise les doigts - le dernier film de Sean Baker.

Dans The Florida Project, elle incarne Halley, une très jeune mère de famille aux cheveux verts, installée dans un motel coloré. Elle peine à louer, à la journée, une chambre minuscule avec sa petite fille (Brooklyn Prince, incroyable !) et va peu à peu s’enfoncer dans des situations extrêmes pour survivre, et faire vivre sa petite famille.

( © Le Pacte )

Le réalisateur, réputé pour avoir des méthodes de castings peu conventionnelles, l’a dénichée sur Instagram. L’humour et la folie de Bria Vinaite lui ont tapé dans l’œil. À cette époque, lorsqu’elle ne roulait pas des joints, elle confectionnait des fringues, à New York, où elle a atterri à six ans, après avoir quitté sa Lituanie natale :

"Sean Baker m’a trouvée sur Instagram, il m’a envoyé un message et comme je ne regarde pas trop la télévision, ni même des films, je ne le connaissais pas. Je l’ai donc googlé et j’ai pris un avion pour la Floride. J’ai passé l’audition et j’ai eu le rôle. J’étais très surprise au début, quand j’ai lu son message qui me disait que j’avais le rôle, car jusque-là je croyais que c’était quelqu’un qui se moquait de moi. Ce genre de choses n’arrive pas d’habitude."

"J’avais peur d’oublier mon texte, comme je fume beaucoup de weed"

On ne peut imaginer combien de carrières vont être lancées avec les réseaux sociaux. Pour se préparer à cette nouvelle expérience de jeu, l’ex-designeuse de mode a été entourée par des professeurs de théâtre tout au long du film :

"J'étais très nerveuse, parce qu'il y avait beaucoup de dialogues. J'avais peur d'oublier mon texte, comme je fume beaucoup de weed, mais ça a été (rires). Je suis très reconnaissante car je ne savais pas que je voulais jouer avant, et il m'a ouvert une nouvelle voie professionnelle que je n'aurais jamais emprunté toute seule."

@chronicflowers et ses tattoos #thefloridaproject #quinzainedesrealisateurs

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Pour comprendre et défendre l’aspect sociologique du film, l’équipe est allée à la rencontre de beaucoup de femmes en situation précaire, installées dans ces motels. Les témoignages et les combats de ces clandestins les ont inspirés pour dépeindre ce spot américain isolé, aux abords de Disney World. Bria Vinaite confie avoir été touchée en plein cœur par les résistantes qu’elle a côtoyées :

"Il y a beaucoup de personnes géniales qui se battent là-bas, et j’étais très énervée car personne ne mérite de vivre comme ça. Ils travaillent vraiment durs, ils essayent vraiment."

Ressortie plus riche de cette rencontre avec le cinéma, celle qui se fait appeler chronicflowers sur Instagram compte bien, après sa première conquête virtuelle, séduire le milieu et décrocher de nouveaux rôles. Sortie de nulle part, la petite protégée talentueuse de Sean Baker a clairement une place à prendre. Si différente des actrices américaines de son âge, la queen d’Instagram pourrait être l’ambassadrice d’un nouvel empire.

Si vous l’avez manquée, voici l’interview de Sean Baker, réalisée sur le sable fin de Cannes :