Que cherche Booba en créant OKLM.com, son site dénicheur de talents ?

Booba vient de lancer OKLM.com, une plateforme pour découvrir de nouveaux artistes. Ce nouvel investissement du rappeur-businessman pourrait en cacher bien d'autres.

booba

Booba dans la vidéo de présentation du site OKLM.com.

Vous êtes un rappeur de génie et vous rêvez d'en mettre plein la vue à Booba ? Cela est désormais possible grâce à OKLM.com, le site de découvertes artistiques que le rappeur lance bientôt. Alors que sa marque de vêtements Ünkut se porte déjà comme un charme (un article de Libération souffle un chiffre d'affaires annuel de 10 millions d'euros), le Duc de Boulogne a trouvé un nouveau moyen de capitaliser sur sa personne.

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Annoncé fin octobre via le compte Instagram de Booba, OKLM est une plateforme sur laquelle les internautes postent leurs vidéos dans l'espoir d'être révélés au grand public et de percer dans leurs disciplines respectives. Dans le clip de teasing (où l'on aperçoit le judoka Teddy Riner), B2O détaillait brièvement son projet :

[OKLM] ça va être un gros média qui va réunir toutes les nouveautés musicales mais aussi culturelles [...]. Que ce soit un humoriste de théâtre, un humoriste des halls, un sportif, un rappeur, un danseur, un cuistot, un jardinier, tant qu'il a du talent, le plus méritant sera mis en avant. Ce que personne ne fait, on va le faire à notre sauce comme il se doit. Izi !

On peut d'ores et déjà parier que cette nouvelle casquette d'agent artistique pourrait se révéler bien utile à Booba.

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Business tout-terrain

En lançant son propre média, Booba diversifie ses champs d'activité et développe sa marque personnelle. Une stratégie que peu de rappeurs français ont réussi à développer (à part dans le streetwear) mais courante aux États-Unis : depuis une vingtaine d'années déjà les rappeurs les plus bankables se lancent systématiquement dans des affaires parallèles. On peut citer Jay Z, qui vient de se lancer dans le management sportif, Diddy et son média Revolt TV, Nicki Minaj et son alcool Myx...

Avec un partenariat avec DC Comics fraîchement signé, du sponsoring de sportifs (le rider Alex Jumelin, le golfeur Pierrick Peracino, le tennisman Hugo Nys) ou de jeux vidéo (Saints Row), Booba a déjà commencé à s'inscrire dans cette lignée. Mais la création d'OKLM constitue une étape supérieure.

Capture d'écran du site OKLM.com.

Capture d'écran du site OKLM.com.

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Pour OKLM.com, on peut imaginer quelque chose de similaire au géant World Star Hip Hop. Lancé en 2005, ce fourre-tout ultra populaire outre-Atlantique qui mêle clips viraux, actualité et morceaux de rappeurs émergents a notamment contribué à faire connaître le jeune Chief Keef.

Dans le même esprit, This Is 50, le site communautaire lancé en 2012 par 50 Cent, rencontre un succès considérable avec plus de 200 000 abonnés et une appli téléchargée près de 100 000 fois rien que sur Android. Il s'agit aussi et surtout d'un outil de communication non négligeable pour le rappeur multimillionnaire. Vu le rapport difficile que Booba entretient avec les grands médias (Skyrock par exemple), il n'est pas si étonnant qu'il se soit mis en tête de créer le sien.

Un pari risqué

À la lumière de ces exemples américains, OKLM semble un investissement malin pour Booba. Mais le créneau qu'il entend occuper – la découverte de talents – est également un pari très risqué selon Virginie Berger, spécialiste du marketing digital. Interrogée par Konbini, elle rappelle les tentatives de NRJ, avec NRJ Studio, ou de Patrick Bruel avec AlloMusic, toutes deux soldées par un échec cuisant.

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Sans compter la difficulté d'affronter le géant YouTube, souligne la communicante : pourquoi un jeune artiste posterait-il sa vidéo sur OKLM lorsqu'il peut le faire sur la plus grosse plateforme mondiale de découvertes musicales ? Idem pour l'humour et le sport, que B2O évoque aussi dans le teasing. Il n'y a qu'à voir le nombre de vues cumulées par le comique Cyprien ou la chaîne BeIN Sports pour comprendre que Booba aura du mal à concurrencer le titan rouge et blanc.

Alors quel intérêt, pour le rappeur de Boulbi, de miser sur ce créneau casse-gueule ? OKLM est avant tout un moyen pour Booba de soigner son image, analyse Virginie Berger :

Il se positionne en grand frère du rap. OKLM lui permet de mettre en avant une démarche positive : "J'aide les autres, je partage", en opposition avec son image plutôt sulfureuse. C'est aussi un moyen de développer sa productivité.

"Il va falloir qu'il y ait une vraie promesse"

On se doute bien que le rappeur ne lance pas ce site dans un but purement philanthropique. On imagine que les artistes les plus talentueux pourront potentiellement se voir offrir un contrat sur une structure créée à cet effet. Pour les humoristes par exemple, Virginie Berger verrait bien Booba "partir dans la création d'un label de comiques style Jamel Comedy Club". Avec, évidemment, des retombées financières pour un Booba devenu agent artistique. Les potentialités sont nombreuses.

Malgré la star power de Saddam Hauts-de-Seine, Virginie Berger soutient que le succès d'OKLM est soumis à conditions :

Je pense qu'au début ça va marcher. Booba a un discours anti-médias qui plaît et il se repose sur une base de fans très importante. Imaginez les gamins dans les quartiers, quand on leur dit que Booba lance son propre site ! Mais il va falloir qu'il y ait un tri entre les contenus intéressants et les déchets, une vraie promesse, une possibilité de partager sur les réseaux sociaux...

Tout cela reste à voir. En tout cas, un paquet de paramètres seront à réunir avant de pouvoir affirmer que Booba est notre Jay Z national.

Article publié le 3 décembre et mis à jour le 8 décembre 2014.

Par François Oulac, publié le 08/12/2014

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