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En images : un projet entre photographie et graffiti

Publié le

par Tomas Statius

Arnaud Montagard, jeune photographe dont on a déjà parlé sur Konbini, a posé ses bagages, une fois n'est pas coutume, dans la capitale. Pour un projet entre graffiti et photographie en compagnie de l'artiste Anthony Lemer. 

"What's up Paris ?" - Crédit Image Arnaud Montagard

Au cours de l'année dernière, Arnaud Montagard s'est fait connaître de la rédaction de Konbini. Dans sa poche : de nombreuses (et magnifiques) photos de New York et la ferme volonté de documenter la vie urbaine dans tous ces interstices. Un adage qui semble se vérifier dans les clichés qu'il a pris de Cuba ou lors de son itinérance dans l'empire du Milieu par la suite.

Une démarche qui a évolué depuis.

Un projet entre graffiti et photographie

En compagnie du graffeur Anthony Lemer, rencontré sur un terrain en 2007, Arnaud Montagard semble avoir troqué son habit de photographe pour celui de street-artist. Les deux hommes collaborent depuis quelques mois sur un projet inspiré par le graffiti et qui met à contribution leur talent.

Si Arnaud livre ses clichés les plus iconiques (on retrouve par exemple le magnifique portrait de cet inconnu posant au garde-à-vous devant l'objectif du jeune homme à La Havane), Anthony use de ses talents calligraphiques sur une impression grand format desdits clichés.

La suite est une exposition dans la rue.

"J’ai rencontré cet homme à La Havane. Ne parlant pas espagnol, je lui fais signe de loin pour lui montrer mon appareil photo. Il me répond par ce salut" - Crédit Image Arnaud Montagard

"La lutte continue" - Crédit Image Arnaud Montagard

Une orientation compréhensible pour deux individus qui partagent l'amour de la belle lettre. Mais également une exposition urbaine assez logique.

Arnaud Montagard s'explique :

Les clichés sont bien évidemment plus vivants dans la rue, c’est d’ailleurs là que ces photos ont été réalisées.

Pour le reste c'est une démarche en quatre temps que le deux hommes mettent en oeuvre : le choix d'une photo donc (étape qui semble primer sur les autres), d'un lieu d'exposition, d'une "phrase" (ainsi que d'une calligraphie, de couleurs et au final d'une composition), et enfin la photo finale, une mise en abyme.

Arnaud et Anthony commentent :

Le style et la couleur du lettrage varient en fonction du cliché. On choisit les endroits les plus fréquentés afin de toucher un maximum de personnes et on adapte la photo en fonction du spot. Quant aux lettrages en couleur, ils permettent de contraster l’image et d’interpeller les passants.

Un mouvement qu'ils détaillent plus précisément à propos de la première photo collée :

La première affiche collée à Paris est celle de Montmartre. Elle représente trois personnages photographiés à New York, sur laquelle figure la phrase What’s up Paris ?.

On a choisi un style d’écriture agressif pour marquer le début du projet et parce que cela correspond bien à l’image des trois New-Yorkais qui débarquent à Paris. On a décidé de la coller dans un cadre qui représente bien Paris, avec les escaliers et les lampadaires typiques, ainsi que la Tour Eiffel en arrière-plan.

Un accord entre le verbe et l'image

Et si le procédé a déjà été usé (JR a installé ses photos aux quatre coins du monde ; le graffeur KATRE, présent à la Tour Paris 13, peint depuis des années sur des photos de lieux abandonnés), l'originalité provient de cet élément écrit et "narratif".

Les phrases choisies subliment les clichés sans pour autant dénaturer leur sens. Un accord manifeste entre le verbe et l'image.

À quelques rues des quartiers riches de Shanghai, des enfants s’amusent dans un quartier rasé toujours habité - Crédit image : Arnaud Montagard

"It takes a very long time to become young" - Crédit Image Arnaud Montagard

À New York, par exemple, correspond l'énergie que le photographe évoquait ("What's up Paris ?"), à Cuba le poids des années et une sorte de nostalgie ("La lucha sigue" - la lutte continue),  en Chine un contraste indéniable entre mouvement et inertie ("It takes a very long time to become young") subsiste.

À ce sujet Arnaud souligne :

La première est vraiment là pour mettre en avant l'énergie du projet. On a choisi la seconde citation véritablement en fonction de l'image ["It takes a very long time to become young", NDLR], c'est une citation de Picasso à la base. La troisième a également été suscitée par le ton de la photo puisque c'était un portrait que j'avais fait au cours de mon voyage à Cuba. D'où "La lutte continue".

Un des sièges de l'originalité d'un projet dont on sait qu'il va poursuivre. Mais pas forcément comment.

De nouvelles affiches devraient apparaître dans plusieurs grandes villes dans les mois à venir. Au niveau du style et du format, on préfère garder ça pour nous pour le moment

Anthony Lemer x Arnaud Montagard from Vairon Collectif on Vimeo.

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