Win Butler et Régine Chassagne ? Ou bien Orphée et Eurydice ?

Arcade Fire : Reflektor piste par piste

Trois années se sont écoulées depuis The Suburbs, le dernier album en date signé Arcade Fire. Et comme tous les trois ans depuis la sortie de Funeral en 2004, un nouvel opus de la formation canadienne pointe le bout de son nez. Konbini a pu écouter l'album en avant-première. À chaud, nos réactions.

Arcade Fire

Win Butler et Régine Chassagne ? Ou bien Orphée et Eurydice ?

  • Reflektor

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On connaissait déjà le single tout en groove sorti début septembre. Il avait fait l'objet d'un clip interactif. Tout en groove, "Reflektor" ouvre le disque avec les ingrédients qu'on souhaitait retrouver dans un disque d'Arcade Fire : la complémentarité vocale du couple Win Butler/Régine Chassagne, des percussions sautillantes, une vraie progression dans la chanson (qui dure plus de 7min30) et quelques surprises... notamment la patte experte de James Murphy, reconnaissable entre toutes, ou ces touches d'inspiration africaine. D'ores et déjà, la qualité sonore de Reflektor est irréprochable.
  • We Exist

Après les faux airs de Talking Heads que se donnent "Reflektor", place à une ligne de basse synthé rampante et à des arrangements foisonnants pour "We Exist". Arcade Fire retrouve quelques instants la mélancolie qui a fait son art pour ouvrir la chanson vers des leads lumineux, de quoi porter la piste vers un final tout en douceur.

  • Flashbulb Eyes

Plus qu'une véritable chanson, "Flashbulb Eyes" est plutôt une interlude. Et elle est bienvenue dans ce disque dense et compliqué où cette récréation dub fait la part belle aux voix embrumées par la reverb et aux basses omniprésentes.

  • Here Comes The Night
À travers cette composition dansante, Arcade Fire évoque sa lubie : l'univers de la nuit. Illustrée par le court métrage de Roman Coppola, "Here Comes The Night Time" commence doucement pour mieux partir en vrille et revenir à la normale dans un troisième temps. Comme le chemin sinueux d'une soirée arrosée, finalement.
  • Normal Person
Prenez Arcade Fire. Faites-leur rencontrer Josh Homme des Queens of The Stone Age. Le rock, quoi. Attendez. Attendez encore. Mélangez. Branchez vos écouteurs. Appuyez "play" sur la chanson "Normal Person". C'est bon : vous avez un refrain rock ravageur, une rythmique lourde et une mélodie aigüe qui envahit votre cerveau en un rien de temps. On ne s'attendait pas à une telle rage à l'unison de la part d'Arcade Fire. Ça surprend, dans le bon sens du terme.
  • You Already Know
À côté de cette avalanche de classiques en puissance, juste après l'étrangement burnée "Normal Person", la gentillette "You Already Know" déçoit. Encore une fois, Arcade Fire tente une ambiance nouvelle mais sombre dans une chanson trop éclatée pour l'auditeur. Dommage.
  • Joan Of Arc
 Un coup de coeur. Si "Joan Of Arc" fait honneur à un personnage mythique de l'Histoire de France, c'est pourtant auprès des Clash et d'un punk rock séminal - et profondément britannique - qu'Arcade Fire vient racoler. Régine Chassagne égrène quelques paroles dans la langue de Molière (cocorico !) pendant que la basse vrombit d'un walking qui rappelle forcément celui de "London Calling". Pourquoi pas le prochain single de Reflektor.
  • Here Comes The Night II

Comme un écho à la première version sur le volume I, "Here Comes The Night II" développe une intro à la basse profonde pour continuer sa course parmi les cordes, quelques guitares réverbérées et la douceur vocale de Win Butler, toujours. Atmosphère.

  • Awful Sound (Oh Eurydice)

"Awful Sound" se veut la première chanson du diptyque formé avec la chanson suivante, autour du tragique mythe grec d'Orphée et d'Eurydice. Après une intro toute en polyrythmie rock/tribale où les percussions se heurtent à la batterie de Jeremy Gara, on comprend aisément que le deuxième volume de Reflektor se veut plus retenu que le premier.

Tant et si bien qu'on entend Pink Floyd ou encore les Beatles dans leur période la plus flower power dans ces touches de synthétiseurs et ces harmonies vocales. Pour finir la chanson, on a même droit à un solo de guitare que George Harrison n'aurait guère renié. Seules les percussions, la voix de crooner désenchanté de Butler et les couches musicales successives qui s'amoncellent rappellent que c'est bien Arcade Fire qui joue.

  • It's Never Over (Oh Orpheus)

Exit les fleurs dans les cheveux. "It's Never Over (Oh Orpheus)", si elle est le pendant testostéroné de la piste précédente, se fait d'emblée plus menaçante. Les basses martèlent la descente aux Enfers progressive de l'amoureux transi, la progression se fait plus durement, malgré les nuances, pour finir par un decrescendo où les dialogues de voix, de premier ordre, semblent chuchoter la sentence. La fin, intimiste, clôt un chapitre.

  • Porno

Ça devait finir par arriver : "Porno" se révèle être une chanson plus plate que ses concurrentes des deux disques. Sans doute la richesse des autres pistes occulte-t-elle les plus minimales d'entre elles à la première écoute. Sans doute aussi la longueur du disque, plus d'une heure et quart. Si elle semble la moins personnelle, elle développe pourtant son tempo à coups d'effets "spray", comme ceux qu'on peut entendre dans "She's Lost Control" de Joy Division. Ce qui n'est pas pour nous déplaire.

  • Afterlife

Afterlife s'ouvre comme une chanson typiquement arcadienne : foisonnement de percus, envolées de guitares dans les aigus, valse des vocaux masculin/féminin... "Afterlife" confronte le sextet à ce côté festif - et presque traditionnel - qu'on entendait dans leurs premiers disques, charley joué en contretemps à l'appui rythmique. Les synthés ont seulement remplacé la basse électrique dans le mix, assurant encore une fois de l'influence de James Murphy sur Reflektor.

  • Supersymmetry

Quoi de plus normal pour terminer un double album aussi dense qu'une ballade brandissant le flambeau de la pop comme étendard ? "Supersymmetry" se veut sans doute un final conventionnel, comme un retour progressif au réel après une épopée aussi colorée. La chanson terminée, Arcade Fire vous laisse gentiment contempler six minutes de sons qui meurent, avec descente finale de l'orchestre à cordes, un peu comme l'inverse de "A Day In The Life" des Beatles.

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Par Théo Chapuis, publié le 04/10/2013

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