Americlap : le jeu vidéo qui fait dans le french-bashing

Il s'appelle Chris Bulch, il est Anglais et a mis en ligne Americlap, un jeu vidéo pour le moins gênant. Voire même insultant. Enfin, ça dépend de quel côté de l'Atlantique on se place. Si on est Américain, il y a moyen de se marrer. En revanche, si on est Français, on peut mal le prendre. 

L'objectif de ce jeu : faire flotter le drapeau américain le plus longtemps possible en applaudissant, sinon... (Crédits : capture d'écran d'Americlap)

L'objectif de ce jeu : faire flotter le drapeau américain le plus longtemps possible en applaudissant, sinon... (Crédits : capture d'écran d'Americlap)

Le principe de ce jeu vidéo gratuit est simple au possible : applaudir devant le micro de son ordinateur aussi fort et aussi régulièrement que l'on peut. L'objectif : parvenir à faire flotter le plus longtemps possible le drapeau américain. Jusqu'ici, tout va bien. Mais comme dans tout jeu, il y a un game over. Et c'est là que le bât blesse.

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Si par malheur vous n'arrivez pas à maintenir une certaine régularité dans vos "clap" de mains, la bannière étoilée redescend progressivement. Un message apparaît alors :"vous détestez la liberté" - "you hate freedom".

Il fallait en plus qu'un drapeau français envahisse l'écran. En d'autres termes, si vous n'aimez pas les États-Unis, donc la liberté, vous êtes Français. Le gentil d'un côté, le méchant de l'autre.

Game over, un drapeau français se hisse, vous n'aimez pas la liberté (Crédits : capture d'écran d'Americlap)

Game over, un drapeau français se hisse, vous n'aimez pas la liberté (Crédits : capture d'écran d'Americlap)

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Avec la création Americlap, Chris Bulch a ses raisons, que la raison ignore. Dans une interview accordée au magazine Vice, il explique ce qui l'a poussé à faire ce jeu.

C'était surtout une excuse pour pouvoir applaudir d'une manière nouvelle. Je m'intéresse vraiment aux nouveaux systèmes de contrôle des jeux vidéo.

En fait, Americlap s'intéresse surtout aux clichés que les gens véhiculent par rapport aux États-Unis, de la même manière que le monde entier pense que les Britanniques sont un peuple consommateur de thé et de fish & chips, et qu'ils vénèrent tous la reine. Mon jeu est fondée sur ces stéréotypes.

Le créateur d'Americlap a un bon alibi : il est Anglais. De quoi le dédouaner. Il ne pourra pas être insulté de patriote américain écervelé, même s'il a provoqué la colère des Français.

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J'ai regardé certains articles français, ils n'ont pas l'air ravis. J'ai l'impression de les avoir vraiment mis en colère [...]. J'ai voulu me mettre à la place d'un Américain. Je me suis demandé quel était le peuple le plus opposé. Et je sais que le French bashing est toujours à la mode.

Le french-bashing, une pratique en vogue

Mieux vaut ne pas être Français en 2014. À la mode, le french-bashing - dénigrement français - est là pour nous le rappeler. Se moquer de la France et de ses Français est une pratique bien connue et les Américains et les Anglais s'y prêtent avec joie, notamment à travers leurs médias.

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Les exemples sont nombreux. Récemment, le constructeur américain Cadillac proposait dans un spot publicitaire une vision caricaturale du Français, forcément paresseux.

Le magazine Vanity Fair US (qui a pourtant une déclinaison française) n'y est pas allé de main morte non plus, avec un article intitulé "Liberté! Egalité! Fatigué!". Son journaliste décrit une France perdant sa puissance culturelle et son savoir-faire.

Des piques lancées avec l'appui de cette illustration, montrant une tour Eiffel affalée sur le sol, et affirmant dans le texte :

Quelle est la dernière fois où vous avez apprécié, disons, un film français contemporain ? Combien y a-t-il d’acteurs français qui comptent ? Leur plus grand acteur est désormais un citoyen russe (et s’est installé en Belgique). Donnez-moi un peintre français vivant qui vaut le coup. Donnez-moi un grand musicien français.

Un écrivain, mis à part Michel Houellebecq – que les Français détestent. Leur cuisine si renommée est devenue une attraction touristique moribonde. Incapable de changer, terrifiée par l’innovation, la France s’est transformée en la dynastie des Bourbons, qui n’oubliaient rien mais n’apprenaient rien.

La France, Paris et sa tour Eiffel, cibles des railleries anglaises (Crédits : Barry Blitt)

La France, Paris et sa tour Eiffel, cibles des railleries anglo-saxonnes (Crédits : Barry Blitt)

Le très respecté The New York Times, avec un sujet intitulé "Can anyone save French food?" - comprenez : "Quelqu'un peut-il sauver la cuisine française ?" - tacle également la France dont la tradition culinaire "dépérit depuis des décennies".

Plus violent encore, le magazine britannique libéral The Economist, avec son article sobrement titré "La bombe à retardement au cœur de l'Europe. Pourquoi la France pourrait devenir le plus grand danger pour la monnaie unique européenne" soulignait le désastre économique dans l'Hexagone. Rien que ça. Comme le jeu dont on vous parlait, mis en ligne par son créateur pour la malicieuse raison qu'il "adore titiller les gens".

Mi-avril, Télérama publiait une tribune d'une journaliste britannique. Elle réagissait notamment à un article de The Guardian qui avait fait polémique. Intitulé "Quand les Français quittent le travail à 18h, ils s'arrêtent vraiment", il insinuait que les employés français devaient se déconnecter de tous "outils de communication à distance" dès 18 heures.

La journaliste affirmait alors :

L'article du Guardian était exagéré – certes – mais ne perdons pas notre sens de la mesure ici. Mon avis ? Oui, il y a eu beaucoup de « french bashing » ces derniers temps. Mais dans le cas de ce dernier article, prenez le comme un compliment.

Et je vais vous confier un secret : nous nous moquons de vous parce que nous pensons que vous êtes cools.

Par Rachid Majdoub, publié le 30/05/2014

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