Aline : "Quand tu fais de la pop française, on te chie dessus"

Après Martine à la plage et Martine à la ferme, on a décidé de changer de scénario et de rameuter un groupe de Marseille : Aline. On vous présente aujourd'hui deux nouveaux épisodes pour le prix d'un : Aline en Interview et Aline en session acoustique.  Ils n'ont pas bu, mais ils ont chanté.

La légende veut que le groupe ait trouvé son premier nom, Young Michelin, grâce à un vulgaire captcha virtuel. Mais il y a un an, la multinationale française de pneus leur demande "gentiment" de changer. Ce sera Aline. Ça sonne français, années 60 et Christophe. Pour autant, on en sait très peu sur eux lorsqu'ils arrivent, fatigués, le temps d'un entretien.

L'une des premières références qu'ils citent, c'est la pop anglaise, une "porte ouverte" avec, tout en haut, du Beatles, du Kinks. Ils ont amené "autre chose au rock, de la musique européenne, des harmonies, du Bach".  A ma gauche, Romain, anciennement Dondolo puis créateur du groupe Aline. A ma droite, Arnaud, le guitariste qui l'accompagne depuis des années. Au milieu, dehors, et pour arranger les choses, la pluie.

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Konbini | La pop, c'est "superficiel"

Romain : C'est superficiel oui, mais dans le bon sens du terme. C’est surtout d'une apparence légère. Ça ne rentre pas en profondeur : c’est quelque chose qui accompagne la vie, les voyages en voiture. En somme, une espèce de bande-son. Pour autant, on ne se rattache pas à une naïveté premier degré lorsqu'on compose. On ne va pas raconter les fleurs au printemps ou la plage avec la petite copine. Notre musique est beaucoup plus noire, même si nos morceaux sont enlevés et que les textes coulent facilement. Car le propos est mélancolique, triste. Les chansons racontent des choses sur moi et sur plein des gens. Pour qu’ils puissent s’imprégner des paroles.

K | Romain, il y a une évolution depuis Dondolo ? 

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Romain : Dondolo, c’était beaucoup plus éclaté musicalement. J'essayais des choses sans me censurer, c'était même parfois très chargé. Avec Aline, l’esthétique est définie dès le départ. Le fil rouge, c’est une recherche de mélodies.

Arnaud : Le cahier des charges avec Aline est plus épuré, restreint. On ne navigue pas à vu.

Session acoustique : Je bois et puis je danse - Aline

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K | Le chant en français, c’était quelque chose d’automatique ?

Romain : Oui, parce que je parle très mal anglais. Même si le deuxième album de Dondolo était quasiment chanté en anglais, ça me faisait chier : avoir un dictionnaire près de soi quand tu travailles les paroles, je vois pas l'intérêt. Pour Aline, la question du français ne s'est même pas posée.

K | Pourtant, des groupes français avancent l'argument que changer en anglais, ça sonne mieux...

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Arnaud : C'est une solution de facilité. Tu fais "onenaguen" dans le micro et ça sonne.

Romain : En français c’est beaucoup plus difficile. La langue en elle-même, la façon de former les phrases, c’est pas fait pour la pop. On est dans un pays littéraire, dans le pays de Proust et de Baudelaire. On a une très belle langue, très riche, peut être trop, pour faire de la pop.

K | Il y a une façon de faire ? 

Romain : Il faut laisser tomber l’écriture littéraire, les figures de style, épurer au maximum. Ensuite, essayer que ça sonne. Et plein de groupes français ont réussi à le faire, comme Gamine ou Étienne Daho. En France, il y a beaucoup de gens qui écoutent de la musique anglaise. Mais quand tu vas leur proposer la même chose en français, on va te chier dessus parce qu'ils vont te traiter d'Indochine. Il y  a un espèce de malentendu complet.

Arnaud : Les Français sont des suiveurs dans la musique. Ils vont suivre les anglais, les groupes américains. C'est cette démarche là qui est un peu dérangeante.

Session acoustique : Elle m'oubliera - Aline

K | Vous l'expliquez comment ce retour de la langue française dans le monde de la pop ? 

C’est un retour à la normal. Les gens sont stupéfaits que des groupes chantent en français alors que ce n’est qu’un retour à la normal. Il n’y a que depuis Phoenix que des formations françaises ont utilisé la langue de Shakespeare. Mais ça fait seulement douze ans. Ce qui n'était pas normal, enfin, ce qui est plutôt extraordinaire, c’est que des Français se sont mis à chanter en anglais.

K | Phoenix, chantre de la French Touch, ça vous inspire quoi dans ce cas ?

Romain : Il y a une patte, un côté post-french Touch, une rythmique et un côté dansant qui leur est propre. Ils ont apporté une couleur même si ça ne me fait pas vibrer. Je préfère Lescop : ça me touche, je comprends ce qu'ils me disent.

K | Vous avez des références "chanson française"

Romain : Il y a des choses qu'on adore comme Barbara, Joe Dassin, George Brassens ou Alain Souchon. Lui, il écrit super bien. Son écriture est très pop, ça reste simple et il raconte quelque chose. Et t'es pas obligé d'écouter les paroles : tu peux te concentrer sur la mélodie si tu veux. Pour moi, la chanson doit faire un tout : je veux que les gens écoutent la musique et les paroles. Ou alors qu'ils s'intéressent à la mélodie, sans se soucier des paroles. Tu vas pas écouter Aline pour te concentrer sur les textes : tu dois danser.

K | Et si je vous parle de François de Roubaix ?

Romain : François de Roubaix c'est un très grand mélodiste qui a un côté pop et mélancolique. Dans les années 60, il était à l'avant-garde, il faisait tout tout seul. C'est de la musique de film qui n'est pas orchestrale donc qui n'est pas pénible et qui peut s'apprécier en dehors d'un film. Le thème de La Scoumoune ou Chapi Chapo : il n'y a pas grand chose à jeter de lui.

K | Vous aimeriez écrire pour une bande-originale ?

Romain : Ce serait génial. Et tu peux tout faire, même un film d'action bourrin : c'est infini. Mais je n'aimerais pas faire de musique orchestrale façon Danny Elfman ou Hans Zimmer, ça me fait chier. Je voudrais quelque chose de beaucoup plus minimal. J'adore Ennio Morricone, Vladimir Cosma ou un John Brion qui a réalisé la bande-originale de Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry.

ALINE sortira son premier album le 7 janvier prochain chez accelera son/IDOL/Pias et sera en concert au Café de la Danse le 21 février 2013 !

Par Louis Lepron, publié le 18/12/2012

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